‹ Le muséum d'histoire naturelleChapitre 44 sur 100 · IM. V · texte numérisé non relu

IM. V

'âAVéV^&is: li'M

ÉCOLK DE HOTANIQLIE. (>-')

ployaient que le suc qu’ils appelaient Miel de roseau. Los Cliinois connaissaient cependant depuis doux mille ans l’art de le faire cristalliser, lorsqu'à la fin du treizième siècle, la Canne à sucre fut portée, par des marchands, de l’Inde en Arabie; puis en Egypte, où elle réussit; puis dans l’Asie Mineure et les États Ilarbaresques ; ce fut en 1506 qu’elle fut introduite à Saint-Domingue, d’où elle s’est répandue dans r\méri(iue. C’est la tige qui fournit le Sucre : la sève abondante qu’elle renferme est exprimée au moyen de presses, épaissie ensuite sur le feu jusqu’à consistance de sirop épais ; ce sirop, abandonné à lui-même, cristallise confusément et forme ce qu’on nomme la Cassonade. C’est dans cet état qu’on le transporte en Europe. Là, on redissout cette Cassonade dans de l’eau, on y môle du sang de bœuf et des os de cheval réduits en charbon ; on fait bouillir cet horrible mélange, et voici ce qui an-ive ; le sang se coagule par la chaleur, et enveloppe, dans l’écume insoluble qu’il forme, toutes les matières teiTeuses do la Cassonade ; le charbon d’os , qui possède la faculté inexplicable de détruire la couleur des liquides sans altérer leur goût , décolore le sirop en même temps que le sang de bœuf le purifie; on sépare enfin le liquide, purifié et incolore, de toutes ses écumes ; on le fait évaporer, on le verse dans (les vases conkpies, où il se refroidit, puis se cristallise, et l’on a le Sucre en pain.

Je ne dois pas quitter la famille des Craminées sans vous faire comprendre comment les Céréales sont utiles à l’homme : si vous pressez entre les doigts une graine de Froment pres(iue mûre, ou si vous l’ouvrez en long, par le petit sillon qu’elle présente, vous en ferez sortir un très-petit corps vert qui en occupe la base ; ce petit corps est Va jeune plante : cotylédon, jeune racine, jeune tige , jeune bourgeon, tout est là. Quelle est donc cette matière blanche qui constitue la presque totalité de la graine? C’est ce dépôt de nourriture, cet aliment supplémeyitaire , dont je vous ai déjà parlé. Or, cette matière blanche, qui abonde dans les Graminées, est de nature farineuse; c’est elle qui doit suppléer à l’insuffisance du cotylédon pour alimenter la jeune plante, (piand il faudra qu’elle germe ; et c’est elle précisément que l’homme confisque à son profit pour en faire sa nouiTiturc.

Il y a , près des Graminées, une famille ([ui leur ressemble beaucoup par son port et par sa fleur : c’est la famille des Souchets ou Cypéracées ; mais cette ressemblance n’est pas complète : passez la main sur ce Carex, ne sentez-vous pas sa tige triangulaire? trouvez-vous les nœuds que vous avez vus dans le chaume des Graminées? Tâchez d’ouvrir la gaine que forme la feuille autour de la tige : vous ne le pourrez sans la déchirer, car elle n’est pas fendue sur toute sa longueur. En outre, les fleurs, au lieu d’être pourvues chacune de deux bractées, n’en ont qu’une, et la bâle extérieure manque toujours. Quant à la séparation des fleurs en fleurs à étamines et fleurs à pistil sur des épis différents , ce caractère existe dans quelques Graminées, telles que le Maïs. La famille des Souchets présente peu d’intérêt sous le rapport des services (qu’elle rend à l’homme, mais nous lui devons le Papyrus, que nous verrons dans les Serres.

Enfin nous arrivons à des plantes dont les fleurs non-seulement sont dépourvues de corolle

Ru A lARf.tS FF.1'11. tf.

i)i:r\ii-:ME pahîik.

ol lie calice, mais encore marKiueut de bradées. Ce sont les Descendons au bas du

Carré où nous en trouverons plusieurs espèces : rcmaniuez d’abord ces feuilles larges, taillées en llèche, vertes, luisantes en dessus, et dont plusieurs sont tacbetées de noir : observez maintenant cette autre feuille, d’un vert jaunâtre roulée en cornet. A l’orifice de ce cornet , vous apercevrez une espèce de pompon d’un rouge vineux ; si maintenant vous ouvrez ce cornet, vers sa iiase, il va laisser à découvert un appareil très-comi)liqué. Tout à fait en bas sont les pistils , formant plusieurs rangées autour de la lige ; au-dessus d’eux sont les étamines, dont les anthères manquent de blets et sont posées immédiatement sur la tige, comme les pistils, mais offrent des séries lieaucoup plus nombreuses. Au-dessus d’elles, vous voyez deux ou trois rangées de corps pointus dont les pointes se roulent sur elles-mêmes : ce sont des étamines non développées; enfin, tout à fait en haut, \g pompon que vous avez remarqué d’abord. En résumé, dans les Arums, le calice et la corolle manquent, les bractées parliculières à chaque fleur mamiuent aussi, et les Heurs seraient complètement nves, si elles n’étaient protégées par une grande bractée, qui forme autour d’elles une envelopfte commune.

Les Arums offrent une particularité bien curieuse, que vous allez [leut-être vérifier : à une certaine époque de la floraison, le pompon acquiert une chaleur considérable, sensible à la main ; cette chaleur commence d’ordinaire entre trois et quatre heures de l’après-midi ; son plus haut degré se fait sentir entre six et huit heures du soir, et elle cesse vers dix heures. Le pompon noircit pendant ce [ihénomène qui ne dure (juc quelques jours.

Outre les familles (jue nous venons de passer en revue dans ce Carré, et dont la graine est à un seul cotylédon , vous avez encore à connaître les Palmiers et les Bananiers. Nous en parlerons bientôt quand nous visiterons les serres.

Passons maintenant à une classe de plantes d’une organisation inférieure : ce sont les Fougères , les Mousses, les Lichens , les Champignons et les Algues. Ici ce ne sont plus seulement le calice, la corolle et les bractées protectrices qui manquent : on ne trouve plus d’étamines (si ce n’est peut-être dans les Fougères et dans les Mousses) ; on ne trouve plus ni stigmates ni ovaire ; les graines mêmes sont dépourvues de cotylédons et de tunûiues propres , et vous ne pourrez y distinguer ni une jeune racine , ni jeune lige , ni nn jeune bourgeon, comme dans les familles précédentes. Les corps reproducteurs (car on ne peut leur donner le nom de graines) sont des espèces de sacs qui se gonflent par l’Iiumidité ; ce sac, qui ne formait d’abord qu’une seule cavité ou cellule , s’allonge et se cloisonne, c’est-à-dire que, dans la cellule allongée, il s’établit des cloisons qui la subdivisent en plusieurs cellules, dont le nombre augmente à mesure que la plante se développe et se ramifie.

Vous concevrez sans peine que ces plantes, vu la petitesse ou l’invisibilité de leurs organes reproducteurs, doivent échapper à la culture : aussi ne trouverons-nous dans ce Carré que les Fougères. Les autres familles ne .se laissent pas expatrier par l’homme, et nous ne pouvons les étudier que dans la localité qui leur a été as.signée par la Nature.

Un mot seulement sur les Fougères : ces plantes, (jue vous voyez ici herbacées, deviennent arborescentes sous les tropiques ; leur souche est ordinairement souterraine ; elle produit des feuilles roulées en crosse dans leur jeunesse ; les organes de la fructification occupent la face inférieure de ces feuilles (que l’on peut considérer comme des rameaux foliacés) ; et ils y forment de petits groupes circulaires ou allongés. Ces groupes sont ordinairement recouverts d’une pellicule provenant de l’épiderme soulevé par eux , cH se déchirant après leur développement. Chaque groupe est composé d’une multitude de petites coques ; chacune de ces coques s’ouvre à la maturité , par le déroulement élastique d’un anneau qui l’entoure comme un bourrelet, et il en sort de petits corps reproducteurs, lu botaniste de Prague vient tout récemment de découvrir dans les groupes, de petits filaments surmontés d’un globule : sont-ce des étamines ? on ne peut l’affirmer, car on n’a rien vu sortir du globule,

A l’extrémité du Carré, vous voyez des plantes que l’on regardait autrefois comme Aqs Fougères, et (lui forment aujourd’hui lu famille des Prêles. Leur tige est dépourvue de feuilles, et

ÉCOLE DE EOTAMQl E.

porto des rameaux groupés circulaircment, sillonnés et composés, ainsi (lue la tige, d.' articles s’emboîtant l’im dans l’autre ; ces articles sont munis, à leur point de jonction, d’une gaîno dentée : ces dentelures représentent peut-être <les feuilles ; la fructincation est un épi coniipio terminant la plante ; cet épi se compose d’écailles on forme do têtes de clous , qui protègent les organes reproducteurs. Cette famille, dont le rang est si modeste aujourd’hui dans le Règne végétal, y a rempli jadis un rôle important, comme vous le saurez quand nous visiterons les Galeries de Botanique.

La famille des Mousses, quoique moins favorisée que les Fougères, sous le rapport de ta végétation, semble l’être davantage en ce (jui concerne les organes de la fructification. Vous trouverez au pied de tous les gi’ands arbres une belle espèce ({u’on nomme le Polytric ou Mousse dorée {Polytrichmn commune) ; elle peut servir de type pour toute la famille ; elle présente de petites tiges herbacées, vertes, chargées de feuilles nombreuses et menues ; parmi ces tiges, il y en a qui sont terminées par des rosettes composées de bractées, entre lesquelles sont de petits sacs d’où sortent des cellules hexaédricpies, que l’on regarde comme des grains de pollen. I^es autres tiges sont terminées par un pédoncule long et mince, au sommet duquel est une capsule nommée «rne, dans hujuelle sont contenus les organes reproducteurs; cette urne était d’abord au niveau des rosettes contenant les anthères, mais, avec l’ûge, elle a été soulevée [>ar l’allongement du pédoncule ; elle a emporté avec elle une enveloppe nommée coiffe , qui tenait à une pellicule entourant l’urne, et (jui a été déchirée par le soulèvement de celle-ci : cette coiffe recomTC un couvercle conique, qui est posé immédiatement sur l’urne ; si, après avoir enlevé la coiffe, vous détachez aussi ce couvercle, vous voyez la cavité de l’iirne, au centre de laquelle est un aœe , (jui sert de support aux semences remplissant l’urne. Ces caractères s’appli(}uent à toutes les Mousses , et ne sont pas difficiles à vérifier.

Dans les Lichens , l’organisation se simplifie encore davantage. Ces végétaux vivent sur la terre, sur les rochers, sur l’écorce des arbres, dont ils absorbent l’humidité superficielle sans être véritablement parasites. Leur consistance est coriace ; ils se présentent sous l’apparence de feuilles, ou de tiges, ou d’écailles, ou d’une simple croûte pulvérulente. Les organes de la reproduction sont des réceptacles ayant la forme de petites soucoupes plus ou moins concaves qui portent les organes reproducteurs ; ces organes sont des sacs posés debout les uns contre les autres, à peu près comme du velours; ils contiennent ordinairement quatre petites cellules cloisonnées , qui sont considérées par les uns comme des graines , par les autres comme des ovaires.

Cette famille fournit le Lichen d'Islande , qui sert de nourriture aux habitants des régions polaires ; ils le dépouillent de son amertume en le faisant macérer dans l’eau, puis ils le réduisent en farine. Un autre Lichen, nommé Orseillo {Boccella tinctoria) , donne une couleur violette ou purpurine , employée par les teinturiers.

La famille des Champignons va nous conduire près de la limite du Règne végétal. Ces végétaux vivent sur le bois pourri, les feuilles mortes, le fumier ; leur tige est souterraine, et se compose de filaments entre-croisés , que l’on nomme vulgairement blanc de Champignon : sur divers points de ces filaments naissent de petits tubercules qui , en se développant, sortent de ten-e et forment des réceptacles figurant , soit une boule , soit un godet , soit une massue , soit un chapeau : prenez pour type de la famille le Champignon de couche {Agaricus campesfris). Le réceptacle est ordinairement porté sur une espèce de pédoncule, qu’on nomme le pied du Champignon ; souvent le pédoncule et le chapeau, sont enveloppés dans leur jeunesse d’un voile complet ; souvent aussi , du pourtour du chapeau au milieu du pédoncule, il y a un voile partiel qui sert à protéger les organes de la fructification ; ces organes sont ordinairement situés sous le chapeau. — Ce dernier présente en dessous des lames attachées à la voûte (pi’il forme ; ces lames ne sont que des cloisons qui appartiennent au chapeau. Elles sont tapissées par une pellicule (jui porte les organes de la reproduction ; ces organes sont dos sacs charges chacun de quatre cellules, qu’on regarde comme les corps reproducteurs. Ces cellules

DKlXlk.Mii l‘Al\ïlK.

sont si serrées sur les lames du chapeau ({u’elles constituent la couleur des lames. C’est ce qu’on voit en laissant pendant (luelques heures des Champignons sur du papier blanc : bientôt les cellules se détachent de leur support, et leur couleur les rond très-visibles.

Du genre Aganc , qui renferme plus de mille espèces, il y a encore loin au genre moisissure. Quand une substance végétale ou animale s’altère, elle devient propre à recevoir les germes des moisissures qui flottent imperceptibles dans l’atmosphère. Le germe , déposé sur le terrain (jui lui convient, forme bientôt un filament qui ne tarde pas à se ramifier ; ces ramifications s’entre-croisent et forment une espèce de réseau, ordinairement blanc ; sur ce réseau naissent les filaments reproducteurs, cloisonnés, terminés par une petite boule pleine d’un liquide où nagent des granules qui , plus lard , rompent leur prison et se répandent au dehors pour reproduire la plante. Tous ces détails ne peuvent s’observer qu’au microscope ; on croyait autrefois que les Moisissures se formaient spontanément ; mais depuis que les moyens d’observation se sont perfectionnés, l’origine de ces végétaux n’est plus douteuse.

Il y a des Moisissures qui végètent dans des corps vivants qu’elles finissent par faire périr. Les Vers à soie, par exemple, sont souvent victimes d’une espèce particulière, qui pénètre par les stigmates respiratoires de l’animal ; se développe dans ses trachées , et refoule ses viscères ; puis , quand le moment do la reproduction est arrivé, les filets reproducteurs percent la peau de la chenille, et présentent bientôt la petite boule qui renferme les granules. Cette maladie , nommée muscardine , est redoutée des fabricants de soie , parce qu’elle est éminemment contagieuse.

C’est à la famille des Champignons que nous devons plusieurs substances alimentaires trèsrecherchées, telles (jue les Truffes, les Morilles, certains Bolets, certains Agarics; mais, dans les Agarics, on rencontre des espèces vénéneuses qui ressemblent beaucoup aux espèces comestibles. Il y a peu de moyens do les distinguer au premier coup d’œil; il faut avoir recours à des caractères botaniques, souvent fort difficiles à observer. Cependant on a remarqué en général qu’il faut rejeter les Champignons dont l’odeur et le goût sont désagréables, ceux dont la chair est mollasse et aqueuse, ceux qui croissent dans les lieux ombragés et humides, ceux qui se gâtent avec facilité , ceux <|ui changent subitement de couleur (^uand on déchire leur tissu. Autre précaution importante à prendre (luand il y a incertitude : le vinaigre ayant la propriété de s’emparer du principe vénéneux des Champignons, il faut les faire macérer dans de l’eau vinaigrée, après les avoir coupés par tranches minces, et rejeter ensuite cette eau.

Vous avez souvent remarqué après la pluie , sur la terre ou sm- les pierres humides , au pied des murailles, de petites croûtes de couleur verte ou rougeâtre : ces croûtes sont les plus simples de toutes les organisations végétales : les unes consistent en une masse irrégulière et gélatineuse , recouverte d’une pellicule ; on y distingue des cellules qui s’arrangent en chapelet ; bientôt ces cellules s’ouvrent et donnent issue à des cellules nouvelles , engendrées dans leur cavité , qui se disséminent et reproduisent la plante : ces végétaux portent le nom de Nostochs. Les autres sont des filaments enveloppés d’une sorte de mucosité, et feutrés ensemble

par leurs bases ; ces filaments , qui se composent de deux tubes emboîtés l’un dans l’autre, et dont l’intérieur renferme des corpuscules colorés, jouissent d’une propriété bien remanpiable ; ils se meuvent circulairement , ou se balancent d’avant en arrière, ou décrivent des ondulations variées ; leur mouvement est tantôt lent, tantôt brus({ue , mais chaque espece en a un ([ui lui est propre. Ces êtres singuliers sont nommés Oscillaires. — Nous voilà sur la frontière du royaume ; les Oscillaires sont-elles des plantes ou des animaux? Un pas de plus, nous tombons dans le Règne animal, et nous rencontrons le Polype et V Éponge, qui appartiennent aux Zoophytes ou Animaux-Plantes.

Les Noslochs et les Oscillaires, qu’on rencontre partout, mais qu’on no peut étudier qu’avec le microscope, n’occupent pas cependant le plus bas degré de 1 échelle végétale. Il estime plante dont l’organisation est encore inférieure à celle que je viens de vous décrire ; allez au pôle , et vous y verrez de la neige rouge ; cette coloration est due à de petits corps qui ne sont

ÉCOLE DE BOTAMQLE.

autre chose que des cellules isolées, pleines de suc. Ici , l’être végétal est réduit à l’étal de simplicité absolue ; cette singulière production est nommée Protococcus nivalis.

Les Nostochs, les Oscillaires et le Protococcus api)artiennent à rimmonse famille des Algues, la plus ancienne du Règne végétal, comme vous le saurez bientôt. — Les Algues sont des plantes aquati^pies, et habitent surtout la mer; elles ont la forme tantôt d’un fil , tantôt d’une lame, tantôt d’une membrane, et quelquefois elles présentent ces trois états réunis; leur consistance est gélatineuse , ou membraneuse , ou coriace ; leur tissu est cloisonné ou continu. Quelquefois elles se ramifient indéfiniment, et atteignent des proportions gigantes- (}ues. Tel est , par exemple , le Varech que l’amiral d’Urville a rencontré dans les mers du Sud , et tjui entravait la marche de ses navires ; celte Algue est comestible, de là son nom do Duri'illea ntilis. — La fructification des Algues marines n’a été jusqu’ici que très-imparfaitement connue; mais les beaux travaux de M. Decaisne, l’un des naturalistes do ce Jardin, vont jeter une vive lumière sur la structure intime de leurs organes rej)fodHCleurs.

Si le Jardin des Plantes ne nous offre pas, rangés en ordre et à leur place convenable, les Mousses, les Lichens et les Champignons, ces piaules se trouvent dans tous les bois, et vous pouvez facilement les observer ; mais il n’en est pas de môme dos Algues marines ; c’est dans leur patrie (lu’il faut les étudier. N’allez pas sur le quai d’un port de mer, voir quehiues Varechs fangeux et mutilés , que le reflux a laissés sur la vase ; poussez hardiment votre excursion juscju’aux récifs les plus avancés de la côte, que la mer ne quitte jamais : c’est là que sont fixés les crampons vigoureux des Algues ; c’est au pied de ces granits primitifs , battus d’un flot éternel , que se sont succédé leurs générations depuis les premiers âges du Globe. Allez donc en Bretagne, allez visiter cette terre, si longtemps ignorée des artistes, et qu’ils ont aimée dès (ju’ils l’ont connue. Si votre âme s’élève à la vue des grandes scènes de la Nature, préférez pour quelques instants à votre rivière toujours tranquille , à vos plaines sans accident, à vos monotones rideaux de peupliers, préférez la tempête sonore, les âpres rochers et les as[)ects sauvages de l’Océan breton. Du haut des promontoires escarpés de nos Cotesdu-j\07‘(l, vous pourrez contempler au-desjgous de vous le précipice effrayant, dont le fond est un lit do galets, (pie la mer vient battre deux fois par jour. Si vous y arrivez à l’heure du flux, vous verrez au loin s’avancer vers vous d’immeuses nappes d’eau, (pii se dévelo[)peront paisiblement sur la plage déserte, comme l’avant-garde d’une armée envahit sans résistance un pays abandonné par ses habitants ; mais bientôt la mer, rencontrant la pointe roide de la falaise , s’irritera contre l’obstacle qui l’arrête ; le bruit de sa colère mugissante remplira votre cœur de trouble et de plaisir; vous la verrez, à chaque flot, gagner du terrain, puis reculer en ramenant avec elle des milliers de cailloux qu’elle rejettera ensuite plus loin avec fureur. Alors les froides théories des savants disparaîtront devant la poésie de ce tableau ; et les lois do Vallraclion , qui agit en raison inverse du carré des distances , s’effaceront de votre mémoire ; alors la mer ne sera plus pour vous une masse d’eau salée, (pie le soleil et la lune attirent : ce sera l’Océan, animé et intelligent, qui exécute avec fidélité le pacte d’obéissance arrêté par le Créateur entre les sphères célestes et lui ; alors , satisfait d’avoir imposé silence à votre raison , qui se plaît dans le doute, pour n’écouter que votre âme , dont le bonheur est de croire , vous resterez devant ce beau spectacle , enveloppé de vos illusions , (jui valent mieux que la vérité.

Puis, quand vous vous serez familiarisé avec les émotions régulières du drame sublime qui s’exécute sous vos yeux , un vif désir d’y prendre part viendra peut-être s’emparer de votre âme ; vous voudrez vou' de prés cet élément terrible, et mettre en rapport votre petitesse avec son immensité ; vous descendrez le promontoire, en suivant les détours de l’étroit sentier (pii conduit à la grève; là , vous vous ferez un jeu de poursuivre la vague qui recule, et do fuir à votre tour quand elle revient plus menaçante ; vous serez fier d’être placé entre une montagne à pic et l’Océan qui gronde ; et, comme le gnuid prêtre d’Homère, vous inarclm'cz silencieux le long du rivage retentissant.

DKl \lk.MK PA HT I K.

■\Iais, pour cuoillir des Algues, c’esl l’heure du relhix (pi’il faut clioisir : la scène alors est bien differento, et quand vous arrivez sur la côte, vous voyez devant vous une vaste étendue do grèves solitaires. A l’horizon se déroule un large ruban d’azur : c’est la {>rofonde mer ((ui vous permet de vous promener sur son domaine pendant son al)sence, mais qui bientôt reviendra , haute et puissante, pour eu reprendre [lossession. Allez donc au-devant d’elle, et à mesure que vous approcherez de son lit, cette nature marine, qni de loin vous paraissait froide et inanimée , va vous montrer partout la vie et le mouvement. Votre passage jettera l’effroi parmi d(\s myriades de Crevettes, qui se cachent dans les Zostera, dont la grève est jonchée, et de petits Crabes, d’un beau vert, fuiront à reculons devant vous. Les récifs voisins do la haute mer sont hérissés de MoUmqnes ; les uns rampent lentement en traînant sur leur dos l’enveloppe calcaire »pii les protège ; les autres , appli(piaiit avec ténacité leurs coquilles tranchantes contre la surface des roches, en rendent plus inaccessibles encore les crêtes aiguës et les âpres sommets. Vous pourrez nicueillir de nombreuses espèces de Mollusques , t|ui ont été désignés d'après la forme de leur co<|uille ; les uns ressemblent à une trompette, de lâ leur nom de Buccin ; les autres vous offriront la miniature richement enluminée d’une tour en spirale , d’un cierge , d’un bonnet phrygien , d’un turban oriental ; il y en a que vous [)rendriez pour dos manches d(' couteau ; il y en a cpii représentent l’ébauche d’un peigne courbe, à dents d’ivoire teintes en pour[)re. Vous rencontrerez aussi dans les cavités qui retiennent les eaux marines une Astérie, zoophyte rougeâtre, que les habitants du pays nomment Ctoile (le mer; et V Oursin comestible, dont le test est armé d’épines mobiles, (pii lui servent pour marcher et pour saisir sa proie. Mais le plus bel ornement de ces noirs rochers est V Actinie pourprée, polype charnu, dont les tentacules nombreux, dispo.sés autour de sa bouche, comme les pétales d’une Heur double, semblent couronner les écueils de touffes d’Anémones purpurines , tachetées de vert.

Le sable doux et fin de la grève est émaillé de millions de coquilles à deux valves , privées de leurs animaux et dont les couhiurs éclatantes, passant par toutes les nuances, du violet au rose vif, donnent â la [tlage le plus riant aspect. Vous trouverez aussi beaucoup de cotpiilles d’une seule pièce , le long de la limite do la grève : la [ilus volumineuse est le Buccin ondé, grande trompette, dont la spire est relevée de ci'ites sinueuses comme les ondulations des vagues. Elle sert souvent d’asile à un petit crustacé, nommé Bernard l'hermile, (pii en chasse le propriétaire naturel, et s’empare de son domicile, (les co(piillages, d’une seule valve, reposent sur un lit (jui provient des détritus de coquilles plus anciennes, roulées et brisées par les Ilots. Au milieu do ces débris, vous pourrez découvrir, avec vos bons yeux, de charmants petits sabots, à taches purpurines {Turbo purpur eus) , des Bissoaires , des Cérithes- Limes , (pie l’on prendrait d’abord pour du sable, et dont chacune est la maison commode et sûre d’un Mollusipie (jui a ses organes digestifs, son système nerveux, son cœur, son industrie et ses amours.

Sur ces rives sauvages, devant cotte nature primitive, (jue l’homme visite rarement, vous éprouverez un sentiment délicieux de solitude et do liberté; là se déploiera devant vous le tableau do l’enfance du monde ; là vous croirez voir, dans sa beauté silencieuse , l’un des premiers jours de la grande skmaine qui fut employée à la création; jour immense, dont cluKjue minute durait un siècle; jour tranipiille, pendant lequel les familles muettes des Zoophytes et des Mollusques régnèrent paisiblement et sans partage sur toute la .surface du globe. Leur existence fut troublée par les révolutions i\os jours suivants, dont chaiiue aurore était le signal d’un déluge (pu passait sur leurs cités [lopuleuses , et les ensevelissait dans le .sépulcre de marbre où nous les trouvons encore aujourd’hui. Ces derniers virent successiv’ement paraître les Poissons, les Heptiles, les Oiseaux et les Quadrupèdes, qui usurpèrent insensiblement le domaine des Mollus(]ues, et ceux-ci , confinés sur le rivage et dans le lit rétréci de l’Océan , décimés sans cesse par les nouveaux dominateurs du globe , ne furent plus qu’une race disgraciée devant l’Ouvrier suprême, (pii détourna d’elle sa face, pour regarder avec comiilaisancc les créatui'cs plus parfaites, récemment sorties do ses mains.

KCoi.H DKs Amuu:s nu iTiEns.

Les végétaux de la classe iniineiise des Algues, ces âmes de la grande famille, cices le même jour que les animaux inférieurs, et mêlés avec eux par de nombreuses alliances, ont partagé les prospérités et la disgrâce de leurs contemporains; ils avaient Jadis, comme eux, le monde entier pour patrie ; ils sont maintenant relégués sur la même terre d’exil. Les uns vivent le long des confins de l’Océan, les autres forment, sous la haute mer, d’humbles forêts, que la tempête arrache quelquefois du fond des abîmes , pour les Jeter sur nos rivages. Dans leurs formes variées à l’intini , on croirait reconnaître les coups d’essai d’une puissance créatrice, qui cherche, de Jour en Jour, à perfectionner son œuvre ; ainsi, vous trouverez des Céramium et des Plocamium ramifiés comme des arbrisseaux , portant des bourgeons , des feuilles et des fruits, véritables ébauches, qui promettaient, pour \os Jours suivants, des végétaux d’une organisation plus compliquée. 11 y a une Ulve-Lammaire d’une immense longueur, surnommée le Baudrier de Neptune : lorsqu’on la fait tremper dans l’eau douce , et qu’on l’expose à l’air sec, elle se couvre bientôt d’une efflorescence de cristaux blancs et sucrés , qui annoncent \q Sucre parfait , que Dieu donna plus tard aux végétaux supérieurs. La plus Jolie des Llves est une Badine, dont la feuille, imitant fidèlement, pai' ses zones tachetées, les yeux de la queue du paon, s’élargit dès sa base, et forme un élégant éventail que Dieu perfectionna, vers la fin de la sem.vine, en faveur du roi des Gallinacés, de même qu’il avait d’abord essayé, sur la vivante palette de ses Coquilles, le coloris nuancé du plumage des Oiseaux, les bigaiTui’es de la robe des Quadrupèdes, et l’incarnat de la peau humaine.

§ If-

L’ÉCOLE DES AUERES FllLITlERS.

Nous allons visiter maintenant V École des arbres fruitiers , qu’on appelle aussi les Can'és fruitiers, et qui se trouvent à l’extrémité nord du Jardin, près de la porto d’entrée donnant sur le quai, au coin do la rue Cuvier (?t° 103 du plan). Les végétaux qu’on y cultive occupent des planches différentes, selon la nature de leur fruit. Les arbres ou arbrisseaux dont le fruit est une baie, tels que les Groseilliers , les Framboisiers , les Vignes, les Mûriers, sont rangés dans la première division; dans la seconde, vous voyez les arbres dont le fruit est à noyau, comme les Cerisiers , les Pruniers , les Pêchers; dans la troisième, sont les fruits à osselets , comme les Néfliers, les Azeroliers, les Plaqueminiers ; dans la quatrième, les fruits à tels que les Pommiers, les Sorbiers ; et les fruits juteux, tels (jue la Figue; dans la cinquième, les fruits dont on mange seulement l’amande, qui est renfermée dans une coque : ce sont les Pins, \qs Noisetiers , les Noyers, les Châtaigniers , etc. La plupart de ces arbres sont taillés en quenouille; mais nous trouverons au bas de la plantation (juelques Pêchers et autres arbres disposés en espaliers. En adoptant la taille en (juenouille dans l’École des arbres fruitiers , on n’a pas eu pour but d’indiquer la manière de conduire les arbres pour leur faire produire beaucoup de fruits et pour les faire durer longtemps ; on a préféré cette taille parce qu’elle économise le terrain , et met à portée de l’observateur les bourgeons , les feuilles et les fruits de l’arbre, et fait pousser des scions plus longs et plus vigoureux, ce (|ui donne le moyen <l’avoir un plus grand nombre de greffes.

\ ous voyez dans cette plantation toutes les variétés d’arbres fruitiers rapprochées les unes des autres selon leurs affinités , et vous pouvez facilement les comparer : les fruits des différentes saisons s’y succèdent depuis le mois de mai Jusqu’au mois de novembre; ils y ont disparu dans certaines variétés, tandis (ju’ils no sont pas encore mûrs dans d’autres. On peut, en hiver, y étudier les caractères qui font distinguer les variétés par la couleur du bois et la forme des boutons : connaissance précieuse pour les cultivateurs, puisque c’est après la chute des feuilles que se font les plantations.

DKi MfniK purriK.

Jo vions (le vous parler do variétés, de sciojis, de greffes , et je ne sais trop si vous m’avez com()ris : je vais donc , pour avoir le droit de vous en parler encore , vous donner d’ahord (jiK'hpies notions p'nt'-rales sur le modo d’aot^roissement des végétaux , et ensuite vous entret(îuir d(!s modifications que la main de l’homrno a su apporter à leur nature primitive. Ce sera pour vous une leçon élémentaire A' horticulture , (jui vous fera aimer davantage les lleurs et les fruits do votre jardin.

Quand une graine est jeune encore dans l’ovaire, son tissu ne se compose que de petites cellules placées les unes contre les autres (figurez-vous l’écume de la bière ou do l’eau de savon) ; ce tissu, qu’on nomme tissu cellulaire , se voit parfaitement dans une tranche fine de pomme. Quand la graine commence à germer (et môme avant sa germination), ces cellules se modifient : les unes s’allongent en tubes cylindri(|ues nommés vaisseaux , qui servent à charrier la sève, et dont les parois offrent des épaississements divers; les autres s’allongent aussi , et prennent la forme do petits fuseaux , à parois épaisses , s’ajustant les uns avec les autres, et formant les fibres destinées à solidifier la plante : ce sont ces mêmes fibres (pii constituent les côtes ou nervures des feuilles; les autres enfin restent à l’état de simples cellules, et s’imbibent des sucs qui leur sont fournis par les vaisseaux voisins, sucs destinés à nourrir et à multiplier les cellules. Ces cellules contiennent de la fécule, du sucre, des acides, des matières colorantes, de la résine, de l’huile, etc. On xiovame parenchyme l’ensemble des cellules; ce que vous mangez dans les fruits et les légumes, c’est le parenchyme; les carottes, les navets, les asperges, etc., no vous plaisent (ju’à cause de leur parenchyme; mais (piand ces légumes sont boisés, c’est-à-dire quand, avec l’àge, les cellules se sont épaissies et refoulées les unes contre les autres de manière à former des faisceaux fibreux , ces mômes légumes sont rejetés par vous. Voilà pounjuoi , par excmjile , les carottes de la seconde année ne sont plus comestibles ; voilà pourquoi les jeunes pousses d’asperge , que l’ou recherche au printemps, ne peuvent nous servir quand elles se sont allongées en rameaux et en feuilles.

Il y a des plantes, telles (jue les Lichens et les Champignons , qui sont uni(juement formées de tissu cellulaire; il y en a d’autres, beaucoup plus rares, chez le.squelles il n’y a (pie des fibres : telle est par exemple la petite Henoncule aquatiguc A fleur blanche, dont les rameaux, sans cesse lav(5S par l’eau, se r(!>duisent à de longs filaments verts (pie l’on voit ondoyer dans le courant des ruisseaux; telle est V Hydrogeton fenestrale , autre plante aipiatique, dont les feuilles sont percées de trous, et forment un réseau trèsélégant de mailles parallélogrammes, qui ne sont autre chose (jue des fibres sans parenchyme.

Entre les cellules, sont des espaces tortueux qui tous aboutissent à la surface des feuilles et des parties vertes de la plante. Je vous ai dit que la pellicule, ou épiderme des végétaux, est criblée d’une infinité de petits trous, par les(piels l’air pénètre dans l’intérieur de la plante. C’est précisément à ces orifices , (pii ont la forme d’une bouche béante , (lue répondent les espaces intercellulaires ; l’air pénètre dans ces espaces (jui contiennent de la sève, et c’est là que s’opère cotte nuîrveilleusc élaboration, dont le résultat est de nourrir la plante et de purifier ratmosphère viciée par les animaux.

L’accroissement de la tige, dans les végétaux à deux cotyb'dons [dicotylédones) , a lieu en hauteur et en épaisseur. Quand \o. jeune tige et la jeune racine s’allongent, l’une en montant vers le ciel, l’autre en s’enfonçant dans le sol, le tissu cellulaire, qui occupe le centre de ces parties, reste lâche et diaphane, c’est ce qu’on nomme la moelle; les cellules qui entourent cette moelle centrale s’organisent bientôt, et s’endurcissent de manière à former autour d’elle une sorte A'étui; cet étui ne tarde pas à se dédoubler en deux couches distinctes, dont l’extérieure est V écorce, et l’intikicurc le bois. (Je ne parle ici que des tiges ligneuses, bien que la tige herbacée offre la meme conformation ; mais comme elle est abreuvée de sucs aqueux , et

llVDBOf.STO'».

KCOLK mîs vnnnKs Fin itikiîs.

(]u’ellp prend un moindre développeinent , son tissu mou est inca[)able doj’t^sister aux agents extérieurs de destruction, et elle n’a tpio peu d’années ou peu de mois d’existence.)

li’écorco est tapissée extérieurement par une pellicule transparente très-fine no mmée épiderme; sous cet épiderme est une couche verte de tissu cellulaire, qu’on nomme moelle externe , pour la distinguer de la moelle centrale. Cette moelle externe est revêtue intérieurement par les fibres de l’écorce ; ces fibres s’appliquent contre celles du bois. La communication entre les deux moelles est établie par des prolongements de tissu cellulaire, qui, lorsqu’on observe une tranche horizontale de la tige, ont l’aspect des rayons d’une roue, ou des lignes horaires d’un cadran. Chacun de ces prolongements provient en partie de la moelle interne, en partie de la moelle externe, et passe entre les fibres du bois et de l’écorce.

Voici maintenant comment s’accroît 1a tige : les fibres longitudinales de l’écorce sont séparées les unes des autres, comme je vous l’ai dit, par le tissu cellulaire, qui est divisé par elles en lignes rayonnantes, qu’on a nommées les rayons médullaires. Le tissu cellulaire, qui so trouve entre les vaisseaux de chaque fibre , se développe à son tour dans le centre de ces fibres, et forme un nouveau rayon médullaire qui aboutit à la surface interne do l’écorce; ce nouveau rayon , et les rayons primitifs qui se trouvent entre les premières fibres , produisent dans leur intérieur un nouveau faisceau fibreux qui, en grossissant, divise et dédouble le rayon médullaire au milieu duquel il est né. Dans le centre de chacune des divisions du faisceau primitif et du nouveau faisceau central s’engendre ensuite un autre rayon médullaire, et dans ceux-ci se créent successivement de nouvelles fibres : de cette manière, leur nombre s’accroît sans cesse ; elles deviennent très-rapprochées , et forment une couche continue. Le bois s’accroît de la même manière que l’écorce ; il est d’abord composé de la moelle centrale qui engendre des fibres autour d’elle; dans l’épaisseur des rayons médullaires se développent de nouvelles fibres , et les fibres primitives sont bientôt séparées, parce que le tissu cellulaire de leur intérieur se développe et forme un rayon médullaire, lequel est bientôt divisé lui-même par une fibre engendrée à son centre. Ainsi s’opère l’accroissement en largeur.

L’accroissement en hauteur a lieu d’une manière tout à fait semblable : la moelle du bois s’allonge à son extrémité (laquelle extrémité fait nécessairement partie de la surface extérieure) : à mesure qu’elle s’accroît, elle se recouvre de fibres qui se continuent avec celles de l;i surface externe, puisque c’est une même couche qui se développe sur toute la superficie. L'écorce doit son augmentation à un procédé analogue; mais sa partie vivante étant interne, c’est sur sa face interne que se forment les fibres. — D’après cette théorie , que nous devons à .M. Dutrochet, vous voyez t° que l’accroissement se fait par couches à l’extérieur du bojs et à la surface interne de l’écorce; 2° que c’est le tissu cellulaire qui engendre tous les autres. — En voulez-vous deux preuves convaincantes? Tracez des caractères sur un arbre, en entaillant l’écorce dans toute son épaisseur, et en entamant même le bois; ces caractères seront bientôt séparés en deux parties : la partie creusée dans le bois est recouverte par les nouvelles conciles, et se trouve ainsi renfermée; celle qui occupait l’épaisseur de l’écorce est repoussée au dehors [lar les fibres de nouvelle formation ; ainsi les deux portions de caractères sont séparées par les couches de bois et d’écorce tout à la fois : donc ces parties croissent en sens inverse. — Si maintenant vous voulez vous assurer que c’est le tissu cellulaire qui engendre toutes ces parties, coupez par tranches menues, au printemps, une tige charnue : vous voyez au point de jonction de l’écorce et de la tige une couche transparente, qui est la partie nouvellement développée : si vous enlevez l’écorce, vous enlevez avec elle la moitié de cotte couche transparente ; l’autre moitié reste adhérente au bois. Cette séparation s’opère sans déchiiure : le bois et l’écorce no sont donc que juxtaposés, tous deux se séparent d’eux-mêmes en pioduisant une couche au point de contact. Cette couche, d’abord entièrement cellulaii'e, se continue avec les deux moelles , n’en est par conséquent qu’une émanation , et , puisqu’elle

forme les fibres , il faut conclure que c’est le tissu cellulaire qui est la source primitive do toutes les productions.

DKl \ IKMK PA HT l fi.

Mais quel pst l’alimont qui , en nourrissant les cellules, leur donne cette faculté créatrice? c’est la sève. Ce liquide, que les racines ont pompé dans le sol, monte dans la tige par /es vaisseaux qui cnlourent la moelle centrale, et se répand en mémo temps du centre à la circonférence; il en arrive ainsi dans les parties vertes des végétaux, principalement dans les feuilles:

celles-ci étant le siège de la transpiration, et faisant office do poumons , mettent la .sève en communication avec l’atmosphère ; la sève .se dépouille alors de la plus grande partie de son eau, s enrichit du carbone que lui apporte l’acide carhonhjuo de Pair, s’assimile en même temps le carbone (ju’clle avait puisé dans le terreau, accpiiert ainsi de nouvelles propriétés, se transforme en suc nourricier, et redescend des feuilles vers la racine entre le bois et l’écorce : c’est cette sève descendante qui abreuve le tissu cellulaire, et produit chaque année une couche d’écorce et une couche de bois.

Le bois d’un arbre dicotylédone se trouve donc formé de cônes très-allongés, dont le sommet est en haut, et (pii s’emboîtent les uns dans les autres, de manière que le plus récent est aus.si le plus extérieur. Si vous coupez transversalement le tronc de cet arbre, vous verrez sur la tranche des cercles concentri(iues qui sont la limite des couches formées cha(|ue année , et dont le nombre peut par conséquent indiquer l’âge de la tige : si vous observez la tranche d’un rameau , les zones ne vous apprendront (|ue l’âge de ce rameau : pour savoir celui de l’arbre, il faut le couper au collet de la racine.

Cot’PF TIBE

DICOTTLÉDOXiE.

Les tiges des végétaux à un seul cotylédon (monocotylédones) s’accroissent d’une manière toute différente. Si vous observez la germination d’une graine de palmier, vous verrez qu’il ne s’élève plus de Jeune tige : c’est le jeune bourgeon qui forme une gerbe de feuilles; du centre de cette gerbe s’en élève une autre, qui rejette les premières en dehors; celle-ci persiste par sa base seulement, et forme sur le collet de la racine un anneau qui devient la base de la tige : ce ne sont donc plus des cônes creux emboîtés, ce sont des anneaux superposés, et la tige ne croît qu’en hauteur. — Le tronc d’un arbre monocotylédone , coupé en travers, n’offre ni zones concentri(}ues , ni rayons médullaires, m moelle centrale : le bois est divisé en filets nombreux , tantôt épars , tantôt disposés par faisceaux ; chacun do ces faisceaux est entouré de moelle ou tissu cellulaire ; les parties les plus centrales sont les plus jeunes et les moins dures; c’est ce (lui a fait dire à quel- (jues botanistes ({ue le tronc d’un arbre monocotylédone est comparable à une coipe « cxe Tim tige dicotylédone privée de son bois, et dont l’écorce s’est développée à Tintérieur, do manière à confondre ensemble tous les faisceaux fibreux.

Parlons maintenant des divers modes de reproduction que la nature a accordés aux végétaux : vous connaissez la reproduction par fécondation : elle est opérée par le pollen jeté sur le stigmate, qui a eiusuite passé dans l’ovaire entre les cellules du style; — mais les plantes se multi[)lient par plusieurs autres moyens, dont les principaux sont : les boutures, les marcottes, les drageons , les stolons, les hiberctiles et les bulbilles.

La bouture est une jeune branche que Ton sépare d’un végétal , et que Ton met en terre pour produire un nouvel individu. On choisit, dans le temps de la sève, une branche saine, vigoureuse, garnie de boutons, et verticale plutôt qu’horizontale; on enlève avec Tongle les boutons situés sur la partie qu’on doit enterrer, mais on respecte les bourrelets qui leur servent de support, car ce sont eux qui doivent produire les racines : ce moyen de reproduction s’applique surtout aux Saules, aux Peupliers , etc.

La marcotte est une branche tenant au tronc , dont on environne la base de terre humide pour y provoquer la formation de racines ; quand les racines sont développées , ou sépare les branches de la plante mère , et on les met en terre comme une bouture.

Les drageons sont des branches qui naissent au pied de plantes ligneuses et herbacées , et qui, séparées avec un fragment de la racine, puis mises en terre, peuvent former de nouveaux individus ; c’est ce qu’on peut expérimenter sur les Violettes, la Vigrie, YOlivier, etc.

Page 1