‹ Le muséum d'histoire naturelleChapitre 7 sur 100 · PU KM I K HE PAHTIE · texte numérisé non relu

PU KM I K HE PAHTIE

(|Uf> optle S('.i('nco avait dos rapports assez nombreux avec la pbysi(iuo, dont il s’était déjà occupé. Cette leçon, qui l’avait frappé, l’amena à réfléchir sur les différences que présentent, au point do vue de la classification, les minéraux et les plantes. Il s’étonna de la constance des formes, sou\ent si compliquées, dans toutes b?s parties d’une même espèce véjïétale, et de la variété d(\s caractères extérieurs dans certains minéraux d’une composition d’ailleurs identique. Des ce moment , ses méditations se tournèrent vers la recherche des lois primoriliales (jui president a la cristallisation, l. ne circonstance toute fortuite devint pour lui un trait de lumière (|ui dissifia tous ses doutes, et ijui allait répandre un jour nouveau sur tous les phénomènes de cette nature.

Jlaiiy, examinant qiu'hpies minéraux chez un do ses amis, laissa tomber un proupe de spath calcaire cristallisé en {)rismes. L'n de ces prismes se brisa de manière à mettre à nu, sur sa cassure, des faces parfaitement lisses, (jui représentaient un cristal d’une forme toute différente de la première. Il examina ce cristal, l’inclinaison do ses faces, de ses angles, et il remanpia (pie ses caractères étaient les mêmes que ceux du s|)ath d’Islande, en cristaux rhomboïdes. Surpris de sa découverte, il rentre dans son cabinet, prend un spath cristallisé en hexaèdre, le casse avec adresse et trouve dans ses fragments un nouveau rhomboïde; il agit de même sur un spath lenticulaire et il obtient le même résultat. Haüy en conclut (pie ces divers spaths n’ont (pi’une seule et même forme moléculaire, et (|ue ces molécules primitiv(>s, en se groupant de différentes manières, donnent naissance à des cristaux d’un aspcîct différent. Il répète cette expérience sur une multitude do cristaux et partout il retrouve le même principe; [)artout les faces extérieures résultent du décroissement des lames .superposées, qui s’est opéré, tantôt par les angles, tantôt par les bords, et d’un arrangement particulier des molécules élémentainis , subordonné aux mêmes lois de structure.

Ouand il se fut bien assuré de ces faits extraordinaires, qu’il les eut confirmés en appliquant sa théorie à la prévision île faits nouveaux ([ui se réalisèrent, enfin ipiand il les eut vérifiés, en soumettant les faces et l(?s anghss do tous ses cristaux aux calculs rigoureux de la géométrie, llauy se hasarda à confier sa découv'orte à son maître, à Daubenton, ipn lui-même s’empressa de la communiquer à Ijaplace. Celui-ci ,- après avoir apprécié sa nouveauté et compris la portée do ses conséquences, engagea llaiiy à la présenter à l’Académie. Ce n’est pas à quoi il fut le plus facâlo de le déterminer {!). « L’Académie, le Louvre, étaient pour le bon régent du Cardinal-Lemoine une sorte de pays étranger qui effrayait sa timidité. Les usages lui étaient si peu connus, i[u’à ses premières leçons, il y venait en habit long, que les anciens canons de l’Église proscrivent, dit-on, mais que depuis longtem|)s les ecclésiastiques qui n’étaient point en fonctions curiales ne portaient plus dans la société. A cette époipie de légèreté, quelques amis craignirent que ce vêtement ne lui ôtàt des voix; mais pour le lui faire quitter (et c’est encore ici un trait de caractère), il fallut qu’ils appuyassent leur conseil de l’avis d’un docteur de Sorbonne. — Les anciens canons sont très-respectables, lui dit çet homme sage, mais en ce moment, ce qiii importe, c’est que vdus soyez de l’Académie. — Il est au reste fort à présumer que c’était là une précaution superflue, et à l’empre-ssement (pie l’Académie montra à l’acquérir, on vit bien qu’elle aurait voulu l’avoir, (pielque habit qu’il eût porté. On n’attendit pas même (pi’une place de physique ou de minéralogie fût vacante, et iiuolques arrangements en ayant rendu une de botani(|ue disponible, elle lui fut donnée presque d’une voix et de préférence à de savants botanistes. Ses concurrents étaient Desfontaines, Tessier, Dombey et Palisot de Heauvois.

« Il reçut un témoignage encore jdus flatteur de l’estime de ses nouveaux confrères. Plusieurs

(l) Kn ro]irn(lnisant, qiiclquos traits de l’éloge de llaiiy, par M. Cuvier, que nous risquerion.s daffaiMir en les abrégeant, ee n’est pas un emprunt que nous avons la hardiesse de lui faire, r est plutôt un lioniiuage que nous aimons à rendre à ce savant illustre, dont tous les écrits nous ont été si souvent utiles dans le cours de ce travail.

IIISTOIHK. — I77t - I7üi.

li’ontro eux, el dos plus dislinfïué.s, lo prioroiil do leur donuor dos oxiilications orales et dos déinoustralions de sa théorie. Il leur en lit uii cours particulier. MM. do Ijagiaoj^c, Ijavoisiei, do Laplace, Kourcroy, Berthollet et de Morveau vinrent au Cardinal-Lemoine suivre les leçons du modeste régent de seconde, tout confus de se voir devenu le maître d’hommes dont il aurait à peine osé se dire le disciple. C’est qu’en effet, dans une doctrine aussi nouvelle, et cependant déjà presque complète, les hommes les plus habiles étaient des écoliers... 11 avait inventé Jnstju’aux méthodes de calcul qui lui étaient nécessaires, et avait représenté d’avance, par des formules qui lui étaient propres, toutes les combinaisons possibles de la cristallographie.

« Lorsiiu’il eut atteint dans rUniversité les vingt ans de service qui suffisaient alors pour obtenir la pension d’émérite, llaüy se hâta de la demander. Il y joignit les produits d’un petit bénélice et continua de loger au Cardinal-Lemoine. Tout cela ne lui donnait au plus ipie le strict nécessaire, mais encore fallait-il ([ue ce nécessaire fût assuré. Malheureusement, les i‘véneinents politiques allaient en disposer d’une autre manière. L’Assemblée constituante avait exigé des ecclésiaslitjues un serment d’adliésion à la nouvelle forme de gouvernement, sous peine d’être privés de leurs pensions et de leurs places, llaüy, retenu par sa piété scrupuleuse, se trouva dans cette dernière catégorie; mais ce n’est pas là que s’arrêta pour lui la persécution. (Juelques jours après le 10 août ,*on emprisonna tous les [irêtres (jui n’avaient pas prêté le serment, et le bon llaüy se trouva nécessairement atteint par cette terrible mesure, n Fort peu au courant , dans sa vie solitaire , de ce ijui se passait autour de lui , il voit un jour avec surprise des hommes grossiers entrer violemment dans son modeste réduit. On commence par lui demander s’il n’a point d’armes à feu : « Je n’en ai d’autre ipie celle-ci, » dit-il, en tirant une étincelle de sa machine électri<jue. Ce trait désarme un instant ces horribles personnages, mais ne les désarme que pour un instant. On se saisit de ses papiers, où il n’y avait (]ue des formules d’algèbre; on culluite cette collection, (jui était sa seule pro[)riété; ennn, on le contino avec tous les jjrêtres et les régents de cette partie de Paris dans le séminaire do Saint-Firmin , qui était contigu au Cardinal-Lemoine, et dont on venait de faire une prison, (iellule pour cellule, il n’y trouvait pas tro[) de différence : tran(juillisé surtout en se voyant au milieu de beaucoup de ses amis, il ne prend d’autres soins (jue de se faire apporter ses tiroirs et de tâcher do remettre ses cristaux en ordre. Heureusement , il lui restait au dehors des amis mieux informés de ce ipie l’on préparait.

L’un de ses élèves, depuis devimu son collègue, Ceoffrov-Saint-Ililaire, logeait au Cardinal- Lemoine. A peine instruit de ce ipii vient d’arriver à son maître, il court implorer pour lui tous ceux qu’il croit pouvoir le servir. I)(>s membres de l’Académie, des fonctionnaires du Jardin du Roi n’hésitent point à aller se jeter aux pieds des hommes féroces qui conduisaient cette affreuse tragédie. On olitient un ordre de délivrance, et Cooffroy-Saint-llilaire court le porter à Saint-Firmin; mais il aniva un peu tard, et llaüy était si tranquille, il se trouvait si bien, (pie rien ne put le déterminer à sortir le soir même. Lo lendemain, il fallut presque l’entraîner de force. A quehiues jours de là, allaient avoir lieu les massacres du 2 septembre !

Depuis lors, on ne l’iinpiiéta plus. La sinqilicité, la douceur de .ses manières suffirent seules pour le protéger. Ln jour pourtant on le fit comparaître à la revue de son bataillon, mais on le réforma sur sa mauvaise mine. Ce fut là à peu près tout ce qu’il sut, ou du moins ce qu’il vit de la révolution. Cependant, au milieu de la plus grande effervescence, la Convention le nomma membre de la commission des poids et mesures et conservateur ilu Cabinet des mines.

C’est dans ce dernier établissement qu’il écrivit son Traité de Minéralogie , publié d’abord par fragments dans lo Journal des Mines, et tiui forma plus tard i vol. in-S". Cet ouvrage replaça

la franco au premier rang dans cette branche d’histoire naturelle. Son succès fut aussi rapide que général, parce qu’il était fondé sur une découverte complètement originale, suivie, dévoloiipée et appliquée avec persévérance à toutes les variétés des minéraux, llaüy y plaçait la cristallisation en première ligne pour la détermination des espèces minéralogiques, et, selon lui, la composition chimique, malgré sa haute importance, n’arrivait qu’au second rang,

PnKMIKIlK PARTIR.

attendu que le mémo composé peut so présenter sous diverses formes. Il dminail enfin à la minéralo;fi(> une i)réeision absolue, jualliémalique, en soumettant à l’ol)servation géométrique' les angles l't les faces (|uo présentent tous les minéraux cristallisés.

\ la mort de Daubenton, ce fut Dolomieu, et non pas llaüy, qui fut nommé professeur de minéralogie au Aluséum d’histoire naturelle. On a vu que Dolomieu avait été, contre tontes les règles du droit des gens, jeté dans les prisons de la Sicile. Plongé dans un horrible cachot, on lui refusa les [ilumes, le papier, les livres, tout moyen de distraire sa pensée. « — A'^ous « voulez donc me faire mourir? dit-il un jour à son geôlier. — Que m’importe que tu meures, n répondit cet homme cruel , je ne dois corn[)te au roi que de tes os! » La fermeté ingénieuse de Dolomieu finit par trionqiher de sa situation. Il écrivit sa Philosophie minéralogique avec un éclat de bois et la fumée de sa lampe, sur les marges d’un volume qu’il était parvenu à soustraire à l’inquisition do son ganiien. Les fragments de cet ouvrage furent achetés au poids de l’or par le généreux .losepli Banks , et cet argent , qui devait servir au soulagement du proscrit , resta tout entier dans les mains de son affreux geôlier. Alais ces feuillets furent connus, et Dolomieu , rendu à la liberté , eut un titre de plus à l’intérêt des savants. L’un de ceux ([ui .sollicitèrent le plus vivement en sa faveur fut Haüy, celui dont la rivalité devait être pour lui ta plus redoutable. Lorsque Lavoisier fut arrêté, lors(pie Borda et Delambre furent destitués, ce fut encore llaüy qui écrivit pour eux et (pii le fit sans bé.siter, ni sans (pi’il lui eu arrivôt rien. A une pareille époipie, son impunité était peut-être plus étonnante encore que son courage.

La mort prématurée de Dolomieu, fruit évident des souffrances qu'il avait éprouvées, rendit bientôt à llaüy la place qui lui était si dignement acquise. Dès (pi’il fut nommé profes.seur nu Aluséum, en 1802, l’enseignement de cette branche des sciences naturelles, ainsi (pie les collections (}iii s’y rapportent, .semblèrent prendre une nouvelle vie. De tous les points de l’Euro[)0 les élèves accouraient aux le(;nns d’un profes.seur aussi célèbre que modeste, aussi lucide et méthodique que complaisant et affidile. Ouebpies années après, llaüy publia un Traité de Physique, remanpiablc par la clarté des démonstrations et par l’éb'gance du style. C’est un de ces livres trop rares, propres à inspirer aux jeunes gens le goût des sciences et (pii se fait lire avec intérêt et avec fruit [>ar les hommes de tout Age. Son Traité de Cristallographie ne parut (pi’en 1822, l’année même de sa mort. C’est dans cet ouvrage, et dans le Traité de Minéralogie, (pie llaüy dévoila tous les secrets de l’organisation des minéraux. H reconnut les lois suivant les(pielles la matière , inanimée en apparence , prend dos formes analogues à celles des êtres organisé's. Il mesura les éléments primitifs d(‘s cristaux, il étudia leur structure et soumit au calcul les combinaisons suivant le.squellos ils se réunissent, pour donner naissance à ces produits merveilleux du règne miiK'ral, depuis la molécule saline microscopi(]ue jusqu’aux gemme.s et aux pierres précieuses, jusipi’à ces groupes d'un immense volume (pii tapissent l’intérieur dos grottes et des cavernes souterraines. lia pureté du style ajoutait encore à l’intérêt de ces découvertes si originales , et le mérite de l’écrivain ne s’y montrait pas au-dessous du savoir du [dtysicien , du minéralogiste et du cristallographe.

La vü>ille.sse de llaüy ne fut pas exempte de sollicitude. Tl ne dt'sirait pourtant qii une Hisancc suffisante pour pouvoir rapprocher de lui sa famille et en recevoir (pieèpies soins dans son Age avancé. Il n’y réussit pas complètement. Son frère Valentin, bien connu comme fondateur de l’institution des Jeunes-Aveugles, de retour de la Russie et de l’Allemagne, où il avait fondé des é'tablissemeiits analogues, revint, infirme et sans fortune, accroître les charges du bon professeur et aggraver encore sa situation précaire. .\ la vérité, les soins pieux de ses jeunes parents dissimulaient avec adresse la gêne du pauvre ménage et ('pargnaient au savant vieillard de plus graves inquiétudes. Comme lui-même n’avait rien changé à ses habitudes do simplicité, il ressentait peu les privations matérielles et trouvait encore le moyen d’exercer sa charité sur de plus pauvres (pie lui. On ne peut douter que cet homme si éminent par son savoir, si plein de candeur et de bonté, si étranger aux choses du monde, n’ait servi de modèle

lllSTOimî. — 1771 - 1794.

au personnage principal de la charmante comédie de Michel PeiTin. Son vêtement antique, son air naïf, son langage modeste et familier no pouvaient faire deviner en lui un des savants les plus considérés de l’Europe. Lu jour, dans une de ses promenades, il rencontra deux soldats qui allaient se battre : il s’informe du sujet de leur querelle, les apaise, les raccommode, et pour s’assurer que la dispute ne renaîtra point, il va sceller avec eux la paix, à la manière des soldats, au cabaret.

■Malgré la délicatesse de sa complexion, l’existence de Ilaüy .se prolongea Jusqu’à un âge assez avancé. Un accident cruel en accéléra la fin. Il fit une chute dans sa chambre et se cas.sa le fémur ; un abcès se forma dans l’articulation et une fièvre aiguë emporta le malade au bout de quehjues Jours. 11 mourut en 1822, à l’âge de soixante-dix-neuf ans. M. Brorigniart, qui le secondait depuis quelques années dans son enseignement , fut appelé à le remplacer au Muséum.

Nous avons un peu anticipé , relativement à l’ordre de succession parmi les démonstrateurs du cabinet. Daubenton, en pos.session de ce titre depuis 17-45, devait le conserver Jusqu’à la nouvelle organisation de l’établissement. Depuis longtemps il s’était fait adjoindre, comme sous-démonstrateur, un de ses parents, connu sous le nom de Daubenton le Jeune (Kdme- Louis) , né à Montbard en 1732. Vers 1784 , celui-ci se vit forcé, par motifs de santé, de se démettre de ses fonctions. Il était à la fois cousin et beau-frère de Daubenton, et avait épousé la belle-sœur de Vicq-d’Azyr. 11 fut remplacé au Jardin du Roi par Lacéjiède, dont nous aurons bientôt à parler.

Daubenton (Louis-Jean- Marie) , le collaborateur de Ruffon , avait été nommé , en 1778, professeur d’histoire naturelle au Collège de France, et quelques années après il fut chargé de faire un cours d'économie rurale à l’École vétérinaire d’.VIfort, nouvellement fondée. En 1785, on créa pour lui une chaire semblable à l’École Normale. Ces soins multipliés n’ùtaient rien à ceux qu’il consacrait, avec un zèle qui ne se ralentit Jamais, aux collections confiées à sa surveillance. Ou a vu tout ce que le Cabinet avait dû, dès les premières années do son admission au Jardin du Roi, à son activité comme à sou goût tout spécial pour l’arrangement des collections d’histoire naturelle. L’ordre et la méthode qu’il iutrodui.sit dans le classement do toutes ces richesses doivent le faire regarder comme le véritable fondateur de ce Cabinet, aujourd’hui le plus complet et le plus splendide qui existe. Rien n’égale la patience, le soin, le dévouement dont il fit preuve dans ces fonctions , qu’il plaça toute sa vie au nombre do ses devoirs les plus chers. « L’étude et l’arrangement de ces trésors, dit Cuvier, étaient devenus pour lui une véritable passion , la seule peut-être qu’on ait Jamais remarquée en lui. 11 s enfermait pendant des Journées entières dans le Cahinet, il y retournait de mille manières les objets qu’il y avait ras.semblés ; il en examinait .scrupuleusement toutes les parties; il e.ssayait tous les ordres possibles. Jusqu’à ce qu’il eût rencontré celui qui ne choquait ni l’œil, ni les rapports naturels.

Ce goût pour l’arrangement d’un Cahinet se réveilla avec force dans ses dernières années , lorsque des victoires apportèrent au Muséum d’histoire naturelle une nouvelle masse do lichesses, et que les circonstances permirent de donner à l’ensemble un plus grand développement. A quatre-vingts ans, la tète courbée sur la poitrine, les pieds et les mains déformés par la goutte, ne pouvant marcher que soutenu par deux personnes, il se faisait conduire chaque matin au Cabinet pour y présider à la disposition des minéraux, la seule partie qui lui fût restee dans la nouvelle organisation de l’établissement.

Ainsi , c’est principalement à Daubenton que la France est redevable de ce temple si digne de la deesse a laquelle il est consacré, et où l’on no sait ce que l’on doit admirer le plus, do I étonnante fécondité de la nature qui a produit tant d’êtres divers, ou de l’opiniâtre patience e lomme qui a su recueillir tous ces êtres, les nommer, les classer, on assigner les raprmrls, en deenre les parties et en expliijuer les propriétés. »

Les tiavaux de Daûhonton s étendirent à presque toutes les branches des sciences nalu-

7i pnKMiÈnH PAirriK.

n‘llcs. Ou sitit les nomi)rcusos dôoouvertt's dont il (Miridiil la zoolo^de, (;l la rapide impulsion (jne SOS reolierclios imprimèrent à l’anatomio comparée. Kn filiysiulo^ie végétale, il aj)pela le l)remier raltenlion sur le mode d’accroissement de la tig(! des palmiers, et cette observation prépara, pour ainsi dire, l’admirable découverte de Desfontaines, sur laquelle se fondent aujourd’hui les grandes divisions de la botanique. Il reconnut aussi dans l’écorce des arbres l’existence des tracliées, (]ue l’on n’avait encore observées que dans le bois. Kn minéralogie, il publia des idérs ingénieuses sur la formation des albAtres, des stalactites, des marbres figurés, etc. Ses travaux en agriculture et en économie rurale eurent un mérite de plus, celui d’une application etiruno utilité immédiab's. Daubenlon s’occu[)a avec un succès remaniuabfe de l’calucation des moutons et do l’amélioration des laines. S(‘s expériences à ce sujet remontaient à 1700, et il les continua jus(pi‘à sa mort. Il démontra l’importance du parcage continuel des bêtes à laine et le danger do les renfermer dans les étables; il étudia le mécanisme de la rumination et en déduisit des consé(|uences sur la manière du les nourrir. Il forma dos bergers pour [jropager la prati<iuo de ses méthodes, il distiàbua sc-s béliers aux agriculteurs, rédigea des instructions à leur usage, et fit fabrniuer des draps avec la laine qu’il avait obtenue, pour démontrer la supériorité de ses [u’oduits. C’est de ce point <jue partent les perfectionnements dont cette branche de l’économie rurale a commencé à s’enrichir dès la tin du dernier siècle.

Daubenton avait acquis par cos derniers travaux une sorte de réputation populaire, qui lui fut très-util(! dans une circonstance dangereusi'. Kn 1703, ce naturaliste, |»res(|ue octogénaire, eut besoin, pour conserver la place qu’il lionorait d(?puis cinquante-deux ans par .ses talents et ses vertus, de demander à une assemblée, (pii se nommait la section ilos Sfivs-Ciilottes , un certificat de civisme (I). Il ne l’ei'it pas obtenu comme professeur ou acadi'micicn ; (puîlques gens sensés le présiaitiTent sous h( titre do berger, et C(.> fut le berger Daubenton ipii obtint h; certificat nécessaire pour le direct(‘ur du .Muséum national d’histoire naturelle.

Cependant , cette idèce ne le mettait [las com[)létement à l’abri des persécutions qui menaçaient alors tous k;s hommes [laisibhcs et éminents. Il avait [iroftosé plusieurs fois de faire des cours d’(‘conornic rurale au .lardin des Dlantes. Lorsipi’il fut (piestion de réorganiser l’établissement, il se réunit aux autres [irofesseurs pour demander sa conversion en une (*cole s[)éciale d’histoire naturelle. Kn 1791, il fut nommé profes.seur de minéralogie, et, bien (pi’octogénain*, il n’eu fut pas moins exact à remplir .ses nouvelles fonctions. C’était un spectacle touchant, dit encore son panégyriste, de voir ce vieillard entouré de .ses di.sciph'S, (pii rricueillaient av(!C une attention religieuse ses paroles, dont hîur vénération semblait faire autant d’oracles; d’entendre sa voix faible et tremblante se ranimer, reprendre de la force et de l’énergie, lor.s- (ju’il s’agissait d(! leur inculquer (piehiues-uns de ces grands principes (pii .sont le résultat des méditations du génie, ou seulement de leur développer (piehpies vérités utiles.

Ce zèle pour la science et i)Our l’instruction de ta jeunesse ne l’abandonna [»as même dans

(I) Voici la eo|iic figuiTC de celte pièce singulière, qui existe encore :

» Sectio.x des Sa.xs Cl lotte.

» Copie lie Veitrail des di^libt^ralioiis de V Assemblée générale de la séance du cinq de la première décade du troisième mois de la seconde année de la Itépubliqiie françoise une et indivisible.

» Ai>pert que d'après le llaiiport faite de la société fraternelle de la section des .Sans-Ciilotte sur le bon « (jivi^nic et faits d'huiuanilé qu’a toujour témognés le Iterger Daubenton 1 .Assemblée Générale arrête una- « iiiineiiient (pi’il lui sera accordé, un certificat de Civisme, et le Prés dent suivie de plusieurs membre (fe « ladite assemblée lui donne l’ûcolade avec toutes les acclamations dues a un vraie modèle d humanité ce qui t a été témoigné par plusicures reprise.

( Signé II. -G. DAllDEL, président.

Tour extrait conforme,

« .Signé DOmoNT s.'®''' »

IllSTülin:, — 177 1 -179Î.

los (J(?mières années de sa vie; il faisait des efforts continuels pour se tenir au courant de la science et ne pas rester au-dessous de son enseignenienl. l ii de ses collègues lui ayant offert lie le suppléer dans ses leçons, « .Mon ami, lui répondit-il, je ne puis être mieux remplacé ipiü (( par vous ; lors(jue l’Age me forcera à renoncer à tues fonctions , soyez sûr tiuo je vous eu t( chargerai, » 11 avait alors ijuatre-vingt-trois uns.

Daubenton, d’une complexiou naturellement faible et malgré un travail presque incessant, parvint néanmoins à une vieillesse avancée, à l’aide d’uuc étude aSvSidue de lui-même , et ou évitant tous les excès du corps, de l’Ame et de l’esprit. 11 se délassait de ses travaux scientili«|ues par des lectures de littérature légère, de romans, de contes, de pièces de tliéAtre. 11 appelait cela : « mettre sou esprit à la diète. » M™« Daubenton, qui partageait ce dernier goût, publia un roman qui a joui dans le temps tie (juehjue célébrité : Zéiie dans le désert,

Ln des traits les plus saillants du caractère de Daubenton était la bonne opinion (ju’il avait des hommes; sans doute parce qu’il s’était peu mêlé à leur commerce et qu’il n’avait pris aucune part au mouvement qui entraînait alors la société. Cette disposition bienveillante, comme sa candeur habituelle, donnait le plus grand charme à sa conversation. Dans sa confiance naïve, il se laissait prendre aux démonstrations et aux paroles des hommes saillants de cette funeste époque et croyait à leur bonne foi ; ce qui lui valut (luehiues reproches de pusillanimité. Ceux ipii eurent le bonheur de le connaître n’y virent jamais qu’une condescendance naturelle, qui d’ailleurs fut toujours sincère et désintéressée,

Daubenton apportait jusque dans ses expériences la candeur et la bonhomie qui formaient le fond de son caractère. Douze cochons d’Inde, auxiiuels il n’avait fait donner ])our tout aliment (pie des champignons, alin de constater l’action de ces plantes, périrent au bout de huit jours. On vint aussitôt lui annoncer cette nouvelle, a — Do ipioi sont-ils morts? « demande-t-il avec vivacité. — De faim, sans doute, répond ü-aïupiillement la pcTsomio « qu’il interroge. — Cela no m’étonne point, reprend alors Daubenton avec encore plus de <( tranquillité; ces pauvres animaux ii’ardient pas dû manger depuis huit jours... »

I.es nuages (pii s’élevèrent un moment entre Jjuffon et lui ne laissèrent aucune trace dans son Ame paisible et bienveillante. 11 saisissait même toutes les occasions d’exprimer sa gratitude envers celui qu'il regardait toujours comme son protecteur. « Sans lui, disait-il à « Lacépède, je n'aurais pas eu, dans ce .lardin, ciuipiante ans de bonheur. »

Dans la dernière année de sa vie, Daubenton fut nommé sénateur. Il voulut, comme toujours, se mettre en mesure d’accomplir ses nouveaux devoirs; mais la première fois qu'il assista à la séance, il fut D‘ai»pé d’apoplexie, et tomba sans connaissance entre los bras de ses collègues, j)our ne plus se ranimer. C’était le 31 décembre 1799. 11 finissait avec le siècle, dont il avait été func des gloires; il était Agé de <iuatr(;-vingt-quatre ans. Ses funérailles furent splendides et touchantes par le nombre des savants , des élèves et des hommes de tous les rangs qu’elles rassemblèrent. On lui éleva un tombeau rustnpie, surmonté d’une simple colonne, sur l’ime des buttes du Jardin des Plantes, aupiés du Cèdre planté pur les mains de Dernard do Jussieu.

Daubenton ne prit jamais rang parmi les professeurs d’anatomie du Jardin du Iloi, et pourtant c’est a lui peut-être (pie se rapportent les progrès les |)lus maivpiés que fit cette science liendant la période (pie nous parcourons. Indépendamment de ces descriptions anatomiipies, qui ajoutèrent un si grand prix a V Histoire des Quadrupèdes {\o. Iluffon, c'est aussi à ses mains habiles (pie l’on doit cette magnifiipie collection de pièces ostéologi(pies , (pii a fourni do si I»récieux matériaux aux dévelop[)ements ultérhmrs d(; l’anatomie comparée. 11 fut aidé dans cos derniers travaux par les deux Mertrud; le premier, (“lève de Duverney, démonstrateur sous l•(>|■rein et ^\ inslow, mort en 1709, et le second, son neveu (Jean-Claude), pour (jui

Ihiffon avait la plus grande estime, et (pii laissa au Jardin une véritable renommée de savoir (“t d’habileté.

Ce professeur en titre était Antoine Petit, (pu avait succédé à rerri'in, et (|ui conservait à

76 phk\iiJ-:hk PA ht I K.

la chaire d’anatomie la célébrité qu’elle avait acquise sous Duverney, Hunnuld et AVinslow. Antoine Petit, fils d’un tailleur d'Orléans, était né dans cette ville, en 1722. 11 avait obtenu de tels succès dans ses premières études , (ju’on l’engagea à suivre la carrière de la médecine, et que la Faculté, en considération do ses talents comme de son peu de fortune, l’admit gratuitement au grade de docteur. Il se livra [tresquo aussitôt à l’enseignement et y obtint de rapides succès. Il lit partie de l’Académie des sciences en 1700, et fut nommé, en 1769, professeur d’anatomie au Jardin du Roi; mais il no tarda pas à s’y faire suppléer par Vicq-d’.\zyr, dont il avait apprécié tout le mérite et pour qui il avait conçu une vive amitié. Vers 1776, Antoine Petit renonça tout à fait au professorat; il se retira d’abord à Fontonay-aux-Roses. Quelques années après , ayant perdu sa mère , il alla se fixer à Olivet , près d’Orléans , où il mourut en 1791. Il eût désiré se voir remplacer au Jardin du Roi par Vicq-d’Azyr, son élève et son ami, mais Ruffon lui préféra Portai, alors très-répandu à la cour, et c’est à ce dernier (pie fut accordée la survivance du professeur.

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Antoine Petit, parvenu à une grande célébrité comme savant et comme praticien, et après avoir acquis une fortune honorable, en fit un généreux emploi en faveur de la science et pour le soulagement des pauvres. Il fonda, à la Faculté de .Médecine de Paris, deux chaires, l’une d’anatomie et l’autre de chirurgie. A Orléans , il fit également des fonds pour établir des consultations gratuites rlestinées aux indigents. La première institution fut emportée par les orages politiques de la fin du siècle, la seconde subsiste encore et porte toujours le nom do son digne fondateur.

Vicq-d’Azyr n’a donc Jamais appartenu à l’enseignement du Jardin du Roi que comme suppléant d’.\ntoine Petit ; mais c’est là que commença la célébrité de cet éminent professeur, et il est Juste qu’une partie de sa gloire rejaillisse sur un établissement (]ui en fut la première

.source.

Félix Vicq-d’Azyr, né à Valognes en

1718, était fiLs d’un médecin et ualurellement appelé

HISTOIRK. — 1 77 1 - 1 79

à suivre la mémo carrière. Il fit ses premières étiules dans sa ville natale, et les poursuivit à Caen , ou il obtint de tels succès, qu’ils lui inspirèrent d’abord un goût exclusif pour la littérature et la poésie. Cependant, son père l’ayant envoyé à Paris, ses rapports avec des hommes distingués dans les sciences finirent par changer ses premièn^s dispositions, et il reconnut que l’art médical réunissait les moyens de mettre à profit pres(iue tout ce (}ui peut intéresser une haute intelligence. A peine en possession du titre de docteur, il se fit remarquer par quelques écrits qui le firent admettre comme associé à l’Académie. 11 ouvrit alors des cours d anatomie comparée qui attirèrent un grand nombre d’élèves : la chaleur, la clarté, 1 élégance quil apporta dans son enseignement élevèrent sa réputation au point que la Faculté s’en émut, et qu’en se fondant sur d’anciens règlements tombés en désuétude , elle fit interrompre ses leçons. C’est alors qu’Antoine Petit, qui avait apprécié la portée du jeune Vicq-d’Azyr, le choisit pour son .suppléant au Jardin du Roi, espérant laisser dans ses dignes mains une chaire qu’il songeait dès lors à abaudonner. On sait (jue Buffon devait en disposer autrement.

Vicq-d’Azyr se maria de bonne heure, et par suite d’un événement dénaturé tout à fait romanesque. 11 était avec quelques élèves dans son laboi atoire , lorsque dos cris do douleur et d’effroi se firent entendre au dehors, et l’on apporta dans la salle une jeune personne évanouie. C’était Lenoir, nièce de Daubenton. Vicq-d’Azyr s’empresse de lui prodiguer ses soins; il la rappelle à la vie, et cette circonstance devient l’origine d’une liaison qui se termina par un mariage. Malheureusement, cette union n’eut pas une longue durée; il perdit sa femme au bout de dix-huit mois, à la suite d’une longue maladie; mais il conserva l’affection de Daubenton, qui devint son prdtecteur, ainsi que Lassonne , alors premier médecin du roi. A la suite de cet événement , Vicq-d’Azyr tomba malade , et alla se rétablir dans son pays natal , sur les bords de la mer. 11 profita de ce séjour pour étudier l’organisation dos [>oissons. La mémo aimée, Turgot l’envoya dans le Midi, à l’occasion d’une épizootie, et c’est à son retour qu’il

7« PHK.MJÈRIi PARTI K.

jn'oposu au ministre la formation d'un bureau comj)Osé de six membres, cbargés de recueillir tous les documents relatifs aux maladies épidémi(iues. Telle est la première origine de la création de la Société royale de Médecine, dont Nic(i-d’Azyr prépara les règlements, iiui fut proposée au roi en 1770 par Lassonne ctTurgot, conlirmée deux ans aia-ès jiar lettres patentes du roi Louis XM , et dont le jeune professeur fut nommé secrétaire perpétuel. Telle est aussi la |»remière source de l’aiiimosité (pie montra la Faculté à l’égard (.fe cette fondation, et surtout du mauvais vouloir (pi’elle témoigna toujours à ^ ic(j-d’A/.yr.

I^a cieation de la Société royale do Mtideciiie réalisait la pensée conçue un siècle auparavant par Cbirac, et (jui a servi de base à la fondation de l’Académie de Médecine, rétablie en 18:10 par le roi Louis XVIII. Cette compagnie était appelée à rendre, cl rendit, en effet, do tels services, qu’ils finirent par triompher des préventions de la Faculté; elle fournit surtout à Vic(i-d'Azyr l’occasion de développer sur un vaste tbéètre les talents (pii le distinguaient; il entreprit d’écrire l’éloge do ses membres décédés, et il le lit avec le plus grand succès. Lu savoir extrêmement varié, un jugement sain, un style élégant et pur, remar(piable surtout par la distinction, l’élévation dos sentiments et des pensées, lui ac(piirent dès lors une place éminente parmi les savants comme parmi les gens de lettres, à ce i>oint (|u’en 1788 il fut jugé digne d’occuper, dans le sein de l’Académie française, le fauteuil (pie Ruffon venait d’y laisser vacant.

L’étendue et la variété des connaissances de Vicii-d’A/.yr en faisaient souvent une sorte d’arbitre pour ses collègues, même les plus instruits; c’était à lui que l’on s’adressait de préférence pour constater l’exactitude des citations et la réalité des découvertes. Ln docteur, qui avait puisé toute son érudition dans Haller, citait souvent, comme une autorité, un certain Parisini, au nom diuiuel il ajoutait parfois l’épitliète de savant et d’illustre. On consulta Vic(|d’Azyr .sur ce personnage, et il avoua d’abord (|u’il lui était inconnu; mais, en y rénéebissant, il se souvint (pie ce nom do Parisini n'ùkûl autre chose (pie le titre par le(iuel Haller désignait ordinairement les membres de l’Académie des sciences do Paris.

L’amitié do Lassonne lui avait fait obtenir la place de premier médecin do la reine Marie- Antoinette. C’était précisément l’épo(pie ou cette malheureuse princesse allait soulever contre elle les attaipies les plus odieuses et les plus violentes, Mc(|-d’Azyr devint l’objet des suspicions qui atteignaient alors tous les hommes pinirvus d’un emploi à la cour. Surchargé de travaux et accablé d’inquiétudes, il se vit obligé, pour conjurer de plus grands maibeurs, de prendre part aux travaux des sociétés populaires et aux actes de l’administration centrale. Après avoir assisté à mie fête patrioti(|ue, celle où le dictateur proclama l’immortalité de ràmo, la chaleur et la fatigue lui occasionnèrent une maladie aiguë à laipielle il succomlta au bout de quelques jours, en 179-1 , à l’êgc de quarante-six ans.

La destinée de Portai devait être bien différente do celle do Vicq-d’Azyr. Antoine Portai était comme lui, lils d’un médecin distingué, et naipiit à Caillac, département du Tarn, en 1742. Destiné par sa famille à la carrière médicale, et après de bonnes études fuites chez le.« jésuites do Toulouse , il se rendit à Montpellier. Ses jirogrès furent si rapides ipi’après deux ans do noviciat, il adressait à l’Académie do cette ville, sur des (piestions médicales, un écrit assez remaripiable jiour lui mériter le titre de correspondant de cette comiiagnie. C’était l’époijuc où Sauvage, Lamure, Barthez et Rordeu ré|)andaient tant do gloire sur cette école célèbre. Portai se plaça sous le patronage de Lamure; mais, pour se livrer aux éludes anatomiiiues, il eut à lutter, comme Hunauld, contre une antipathie involontaire (jue lui insfdrait la vue des cadavres. On raconte (lue, iiour faire .ses premières dissections, il était obligé de ruser avec luimême et do n’upiirocher (]u’à reculons du corps sur leijuel il devait opérer. Il triompha de cette répugnance machinale à force de volonté, au point (pie, tout en prenant ses premiers grades, il faisait des leçons particulières d’anatomie et publiait des Mémoires sur divers points de médecine et de chirurgie. Dans sa thèse inaugurale, écrite en latin, il présenta la description d’une machine (pi’il avait inventée dans le but de réduire les luxations par des moyens à )a fois moins douloureux et [ilus énergnpies.

llfStOfnK. — 1771 - (79 1. 79

« A peine reçu docteur, dit Pariset, Portai tourna les yeux vers Paris : Paris, séjour d’opulence, de lumière et de gloire, où les jeunes talents mûrissent et s’élèvent, où florissaient alors, avec les sciences, les lettres et les arts, cette aimable facilité de mœurs, cette urbanité, cette élégance, cette politesse (pie nous a fait perdre la sévérité de nos manières, (l’est là (pie Portai se, sentait appelé, et sous quels auspices il y allait paraître! Le cardinal de Hernis, promu tout récemment à rarchevi'clié d’Alby, avait été guéri d’une légère douleur par le père (le Portai , et cette facile guérison valut au fils les recommandations les plus instantes auprès de deux hommes ([ui, avec p(îu de foi dans leur art, en avaient sondé toutes les profondeurs, et tenaient alors le sceptre de la médecine, Sénac et Lieutaud. Muni des lettres de l’archev('’‘(pie, Portai part pour Paris. Sur sa route, il rencontre et s’associe deux autres voyageurs, d’abord Treilbard, puis l’abbé Maury, que le hasard joignit à eux, lorsqu’il sortait d’Avallon. Les trois compagnons clieminaient gaiement ensemble, s’entretenant d’abord avec réserve, et bientôt avec tout l’abandon du jeune âge. Ils se confiaient leurs espérances. (( — Moi , disait Treilbard, je veux être avocat général. — Moi, disait Maury, je serai de l’Académie française. — Et moi, continuait Portai, de l’Académie des sciences. » En marchant, ils s’échauffaient l’un pour l’autre dans leur ambition. Ariâvés sur les hauteurs qui dominent Paris, ils s’arrêtent pour contempler cette grande capitale. Au même instant une cloche résonne : c’était un bourdon de la cathédrale. « — Entendez-vous cette cloche? dit Treilbard à Alaury; elle dit (pie vous (( serez archevê(]ue de Paris. — Probablement lors(iue vous serez ministre , réi)li(pia Maury. « — Et que serai-je, moi? s’écria Portai. — Ce que vous serez! répondirent les deux autres, (( le bel embarras, vous serez premier imàlecin du roi! » Ils se jouaient de l’avenir; mais la fortune les entendit et se ressouvint de leurs paroles pour les accomplir, et au delà. Cependant les trois favoris de la déesse entrèrent dans Paris et allèrent se nicher, à leur arrivée, dans la plus humble maison de la plus humble rue du (piartier Latin. Ils y vécurent quelque temps ensemble avec leur frugalité accoutumée. Leur amitié , du reste , a survécu à toutes les vicissitudes. »

Sénac et Lieutaud accueillirent leur jeune compatriote avec d’autant plus d’empressement (pi’ils reconnurent en lui des connai.ssances anatomiiiues aussi solides (lu’étendues , ce qui se rencontrait alors assez rarement parmi les praticiens. Ils se dévouèrent aux succès de leur jeune ami et leur a[)pui confraternel ne lui fit jamais défaut. Comme il fallait être docteur de la l’acuité de Paris pour y exercer et surtout pour enseigner, ils réussirent à le faire nommer professeur d’anatomie du Dauphin, ce qui é(|uivalait on ce sens au diplôme de la Faculté, Sans entrer ici dans lo détail des travaux à l’aide desquels Portai établit sa célébrité , qu’il nous sufllse do rappeler qu’un Précis de Chirurgie , qu’il écrivit à l’usage de ses élèves, une Histoire de l’Anatomie et de la Chirurgie, (ni six volumes, un grand ouvrage intitulé : Anatomie médicale , et un nombre prodigieux de Mémoires sur des questions de la même nature, sont des titres ([ui témoignent de sa rare et savante activité. 11 était membre de l’Académie des sciences et professeur au Collège de Franco, en remplacement de Ferrein, avant de succéder a Antoine Petit, au .lardin du lîoi. Une certaine animosité exista longtemps entre Petit et Portai, non-seulement parce (jue celui-ci avait olitenu, par une sorte de passe-droit, la chaire que Petit eût désiré faire passer dans les mains de Vicq-d’Azyr, mais aussi en raison de quelques attaques assez vives que Portai avait lancées, dans ses ouvrages, contre son prédécesseur. Petit, offensé, se défendit avec aigreur et violence; Portai répliqua avec politesse et modération, mais il ne fit jamais revenir son antagoniste de ses amères préventions à son égard.

Portai avait soixante-cinq ans lorsqu’il publia son Anatomie médicale. Il continua d’écrire encore pendant vingt ans, sans que scs facultés accusassent ni faiblesse ni altération. Il avait professé pendant soixante ans, et il exerça la médecine presque jusqu’aux derniers jours de sa vie. (( Homme doux et paisible , dit Pariset , quoi(iue irritable , et dont le seul tort peut-être a été dans ses premières années do prendre l’avenir on défiance, de ne pas croire à l’effet naturel de ses talents , et d’avoir voulu attacher des ailes à la fortune pour en précipiter le vol. »

PHKMlklîK PAUTIE.

F’ortal avait été sous Louis XVI miklecin de Monsieur, frere du roi, qui, devenu Louis XVlll, se ressiouvint de sa personne et le noinina son premier médecin. Après la mort de ce [irince, Portai fut premier médecin de Charles X. C’est ainsi ([u’après que Treilhard et Maury furent devenus, le premier un des chefs do la France, le second un des princes de l’Église, Portai reçut doublement l’insigne honneur qu’ils lui avaient présagé.

La longue expérience du monde, et d’un monde choisi, avait meublé la tête de Portai d’une infinité d’anecdotes pleines d’intérêt, et ces anecdotes, assaisonnées du set de son esprit, faisaient le charme de ces assemblées de savants, de gens de lettres, de voyageurs, de ministres, d’ambassadeurs étrangers qu’il réunissait cha(]ue semaine autour de lui , cl dont il se composait comme une académie brillante et variée. Avec (]uelle ironie aimable et douce il racontait qu’ayant guéri le fameux Vestris d’une maladie grave , il reçut quelque temps après la visite du danseur, qui lui dit : « Monsieur Portai, je sais tout ce (pie Je vous dois, et je porte un « cœur reconnaissant. Je ménage trop votre délicatesse pour vous parler d’honoraires : entre « artistes, cela ne se fait pas; mais j’ai quelque chose de mieux à vous offrir. Je vous ai « observé quand vous entrez dans un salon ; permettez-moi de vous le dire, vous n’avez point (( de grâce, de celte grâce élégante qui assouplirait tous vos mouvements et ferait de vous « un homme accom[)li. Or, celte grâce, je prétends vous la donner, » ajouta-t-il en se redressant. Et 1e voilà (pii prend les mains du docteur et veut le mettre à la première position. Portai s’excusa et n’ap[)iil point à se donner des grâces.

l’ont A L.

Eu 1820, Portai mit à profit son crédit auprès du roi Louis XVIII pour en obtenir la réorganisation de l’Académie royale de Médecine, dont il devint le président honoraire et perpétuel. 11 mourut en 1832, à l’âge de (piatre-vingt-dix ans, après avoir légué à l’Académie les fonds ■nécessaires pour la fondation d’un prix annuel sur des questions de médecine dont il laissa le choix à ses collègues.

IIISTOini-. — (771-1791

SI

Tandis ([u’Antoine Polit , N icq-d’Azyr ol Portai rcprésonlaionl ainsi dif^nomont l’anatomie au Jardin du Roi, le modeste poste de sous-démonstrateur, que Daubenton le jeune venait do résigner, allait ouvrir les portes de cette institution à un Jeune naturaliste, destiné à poursuivre la grande tâche que Buffon avait entreprise , à répandre do nouvelles lumières sur l’anatomie comparée, et à revêtir à son tour des prestiges de l’éloquence les grandes scènes de la nature. Bernard-Germain-Etienne de Laville, comte de Lacépède, était né à Agen, en 1756, d’une famille noble et considérée du Languedoc. Ses premières années avaient été l’objet des plus tendres soins de la part de ses parents, et d’un ami de son père, M. de Chabannes, alors évêque d’Agen. L’enfant d’ailleurs était d’un naturel doux et affectueux : il croyait tous les hommes aussi bons que ceux dont il était entouré. A douze et à treize ans , comme il le dit lui-même, il .se figurait que tous les poètes ressemblaient à Racine et à Corneille, tous les historiens à Bossuet , tous les moralistes à Fénelon. La longue pratique des hommes et les tristes expériences de sa vie le firent à peine revenir de ces bienveillantes préventions,

La lecture assidue des écrits de Buffon lui avait inspiré de bonne heure un goût passionné pour l’étude des sciences. Il avait pris ce grand écrivain pour maître et pour modèle. Il portait ses ouvrages avec lui dans ses promenades , et il les apprit en quelque sorte par cœur ; il admirait ses tableaux, mais il n’était pas moins sensible aux beautés réelles de la nature, et ces deux sentiments devinrent la source des talents qui no tardèrent pas à se développer en lui.

Un autre goût s’était en même temps emparé de l’imagination du jeune Lacépède; c’était celui de la musique, cet allié ordinaire des sentiments tendres, cette poésie naturelle des âmes douces et expansives. Il en avait reçu les premières leçons dans sa famille, et il y avait fait do si rapides progrès que la musique devint pour lui comme une seconde langue , qu’il parlait et écrivait avec une égale facilité. Dès cette époque , il avait conçu le dessin de remettre en musique l’opéra dCArmide. Ayant appris que Gluck s’occupait du même travail, il ne renonça pas tout à fait au sien ; il en adressa même quelques fragments au célèbre compositeur, et celui-ci lui prodigua à cette occasion les éloges et les encouragements.

A la même époque, Lacépède s’adonnait avec la même ardeur à l’étude do la physique. Il avait formé dans sa ville natale, avec quelques jeunes gens de son âge, une sorte d’académie où l’on faisait en commun des expériences de diverses natures. Ayant tiré de ces recherches des conséquences qui lui parurent nouvelles, il s’enhardit à les communiiiuer à Buffon par correspondance. La réponse du savant ne se lit pas attendre ; elle était conçue dans des termes si flatteurs qu’elle excita encore le zèle du jeune physicien. « C’était, dit Cuvier, plus d’encouragement qu’il n’en fallait pour exalter un homme de vingt ans. Plein d’espérance et do feu, il arriva à Paris avec ses partitions et ses registres d’expériences ; il y arrive dans la nuit, et le matin, de bonne heure , il est au Jardin du Roi. Buffon , le voyant si jeune, fait semblant de croire qu’il est le fds do celui qui lui avait écrit; il le comble d’éloges. Une heure après, chez Gluck, il en est embrassé avec tendresse; il s’entend dire qu’il avait mieux réussi que Gluck lui-même dans le récitatif : Il est enfin dans ma puissance, que Jean-Jacques Rousseau a rendu si célèbre. Le même jour, M, de Montazet, archevêque de Lyon, son parent, membre de 1 Académie française, le garde à un dîner où devait se trouver l’élite dos académiciens. On y lit des morceaux de poésie et d’éloquence ; il y prend part à une de ces conversations vives et nourries , si rares ailleurs que dans une grande capitale. Enfin , il passe le soir dans la logo de Gluck à entendre une représentation A' Alceste. Cette journée ressembla à un enchantement continuel ; il était transporté, et ce fut au milieu de ce bonheur qu’il fit le vœu de se consacrer désormais à la double carrière de la science et de l’art musical. »

De pareils projets étaient bien dignes d’un jeune homme plein d’ardeur et d’enthousiasme, mais ils ne pouvaient se présenter sous le même aspect à de graves magistrats ou à fie vieux officiers tels que ses parents. Lacépède, d’après sa naissance et ses relations, pouvait prétendre à un rang distingué dans la robe, dans l’armée ou dans la diplomatie. Un prince étranger.

PHEMiknr*: partie.

dont il avait fait la connaissance à Paris , se fit fort de lui procurer un brevet de colonel au service d’une principauté d’Allemagne. Il obtint en effet ce brevet et alla prendre possession de son emploi; cependant, après deux voyages, il revint à Paris, sans même avoir vu son régiment. Mais il avait un titre, un uniforme, des épaulettes; c’était tout ce qu’il en fallait pour satisfaire sa famille et pour lui donner à lui-même les loisirs de se livrer à ses goûts.

Il se mit donc à cultiver en même temps les sciences et l’art musical. Sur l’invitation de Gluck , il composa même deux opéras , mais il eut tant de peine à obtenir des répétitions et fut si contrarié des caprices et de l’humeur d’une actrice, qu’il se promit de ne plus composer que pour lui-même et pour ses amis. Il publia néanmoins, en 1785, deux volumes sur la Poétique de la Musique, ouvrage écrit avec feu, plein d’éloijiience naturelle, et dont le roi de Prusse, ainsi que le compositeur Sacebini, le félicitèrent vivement.

Ses progrès dans la carrière des sciences furent plus heureux. Buffon, après lui avoir fait obtenir la place de sous-démonstrateur au Jardin du Roi , l’appela à travailler avec lui à la continuation de son Histoire naturelle. Malheureusement , il ne devait pas recevoir longtemps les conseils et l’appui de son illustre protecteur. Quelques mois seulement avant la mort de Buffon, il publia le premier volume de son Histoire des lîeptiles. L’année suivante, il donna le second , qui traitait des Serpents. Cet ouvrage , par l’intérêt des faits comme par l’élégance du style, fut jugé très-digne du livre immortel auquel il faisait suite. 11 marquait surtout les progrès qu’avaient faits les idées scientifiques depuis la publication des premiers volumes de Y Histoire naturelle. Lacépède y revenait ouvertement aux méthodes et à la nomenclature que Buffon avait tant dédaignées, et dont les sciences d’observation ne sauraient aujourd’hui négliger le secours.

Buffon venait de mourir, et on était en 1789. Lacépède, que sa réputation de savant, d’homme de lettres , et une certaine popularité mettaient naturellement en évidence , fut nommé président de sa section , commandant de la garde nationale , membre du conseil général de Paris, député d’Agen à la première législature, et président de cette assemblée. Il apporta dans toutes ces fonctions la bienveillance et les formes agréables , conciliantes , qui étaient dans son caractère , mais il fut bientôt remplacé par des hommes d’une autre trempe, plus ardents surtout et plus résolus. Lacépède donna sa démission de professeur au Jardin des Plantes, se retira à la campagne et s’efforça de se faire oublier. Cependant, ses goûts d’étude lui faisaient quelquefois désirer de revenir à Paris et il fit pressentir Robespierre à ce sujet par quelques amis. « Il est à la campagne? répondit le dictateur, eh bien! diles-lui d’y (( rester. » Une telle réponse ne permettait pas de renouveler la demande. Il ne revint en effet qu’après le 9 thermidor. La Convention , peu de temps après , afin de ranimer l’instruction publiiiue, que le régime précédent avait anéantie, créa l’École Normale, destinée à former des professeurs. Quinze cents personnes furent appelées des départements à Paris pour prendre part aux leçons de cette école improvisée ; des hommes déjà célèbres par leur savoir reçurent l’enseignement de quelques pédagogues, la plupart incapables et choisis à la liâte. Lacépède, à l’àge de quarante ans, devint élève de l’École Normale, avec Bougainville, déjà septuagénaire, g4néral et grand navigateur, avec le grammairien Wailly, avec Laplace et Fourrier, et sur les mêmes bancs se trouvaient des hommes qui à peine savaient lire. La création do l’École Normale opéra toutefois un bien réel ; ce fut un centre où les hommes d’intelligence se rencontrèrent , échangèrent leurs idées , et conservèrent pai’ des efforts communs le dépôt des lumières, menacées un moment de s’éteindre tout à fait.

Lacépède n’avait pas été compris au nombre des professeurs dans la nouvelle organisation du Muséum; mais dès qu’on put prononcer son nom sans danger pour lui, ses collègues s’oinpressèrent de l’y appeler. On créa, à cet effet, une chaire spéciale affectée à l’histoire des Reptiles et des Poissons. Ses leçons furent suivies avec un vif empressement, et le jeune professeur, dans la chaire comme dans ses écrits, se montra digne d’être le continuateur de Buffon. Appelé à l’Institut dès sa formation, il concourut à reconstituer cette savante académie

HISÏOinE. — 1 771 - 1794.

cl eu devint l’uii des premiers secrétaires. Malgré tant de titres à l’illustration , il paraît que le nom de Lacépède n’était pas encore arrivé à l’oreille de tous les hommes haut placés de cotte époque. On sait (ju’im ministre du Directoire, à qui l’on demandait, après une visite officielle qu’il venait de faire au Muséum, s’il y avait vu Lacépède, répondit qu’il n’avait vu (juo la Girafe, et se plaignit vivement qu’on ne lui eût pas tout fait voir.

Lacépède.

Lacépède publia, en 1798, le premier volume de V Histoire des Poissons, et pendant chacune des années suivantes, jusqu’en 1803 , il fit paraître l’un des volumes qui complètent ce grand ouvTage. Bien que la guerre eût alors interrompu les relations avec les académies et avec les naturalistes étrangers , et que les collections du Jardin n’offrissent à cette époque que de faibles ressources, il avança considérablement cette branche de l’IIistoiro naturelle, et, de l’aveu de Cuvier, il n’exista longtemps dans la science aucun ouvrage supérieur au sien. « Tout ce (lu’il a pu recueillir sur l’organisation de ces animaux, sur leurs habitudes, sur les guerres que les hommes leur livrent, sur le parti qu’ils en tirent, il l’a exposé dans un stylo élégant et pur; il a su même répandre du charme dans leurs descriptions, toutes les fois que les beautés qui leur ont aussi été départies dans un si haut degré permettaient do les offrir à l’admiration des naturalistes. La science, par sa nature, fait des progrès chaque jour; il n’est point d’observateur qui ne puisse renchérir sur scs prédécesseurs pour les faits , ni do naturaliste qui ne puisse perfectionner leurs méthodes ; mais les gi’ands écrivains n’en demeurent pas moins immortels. »

V Histoire des Poissons fut suivie, en 1801, de celle des Cétacées, qui termine le grand ensemble des animaux vertébrés. Lacépède la regardait comme le plus achevé de ses ouvrages. Il augmenta à peu près d’un tiers le nombre des espèces enregistrées dans le catalogue des êtres do cette classe. Plus tard , il dirigea ses travaux sur des sujets plus philosophiciues. L’article Homme , qu’il donna dans le Dictionnaire des Sciences naturelles, est une sorte do programme de ce (lu’il avait en vue pour {'Histoire physique du genre humain, destinée à faire

PHKMiÈnE ivumi:.

partie d’une liisloiro des Ages de la Nature, Ce beau travail était presque achevé à sa mort, mais il n’en a encore été publié que quelques fragments.

Après le (8 brumaire, Lacépède fut de nouveau lancé dans la carrière politiciue et appelé aux emplois les plus éminents. 11 devint successivement sénateur, président du Sénat, grand chancelier de la Légion d’honneur, titulaire de la sénatorerio de Paris et ministre d’État. A cette occasion , on lui a reproché parfois su condescendance pour le pouvoir et la versatilité do ses opinions, qui peuvent s’expliijuer à la rigueur par sa bienveillance naturelle, par son exquise politesse, par sa modestie pleine de réserve pour lui-mème et de déférence envers les autres. Ses démonstrations d’ailleurs étaient sincères et n’ôtaient rien à la droiture de ses sentiments. 11 lit preuve d’une haute habileté dans l’administration de la Légion d’honneur, et il prouva qu’il savait aussi faire usage dans l’occasion d’une noble fermeté. Le major général de l’armée ayant accordé par faveur des décorations à quelques officiers <}ui se trouvaient en dehors dos conditions voulues , Napoléon ordonna au grand chancelier de les faire reprendre. Lacépède lui représenta la douleur iju’un tel acte ferait éprouver à ces braves; mais, comme il craignait de ne pas réussir : « Eh bien , ajouta-t-il , je demanderai pour eux ce que je vou- « drais obtenir à leur place : l’ordre de les faire fusiller... » Les décorations ne furent pas retirées (1).

Lacépède ne pouvait jartiais croire à de mauvais sentiments , ni à de mauvaises intentions. Ces dispositions bienveillantes, expansives, il les manifesta spontanément à toutes les époques de sa vie , en consacrant sa plume éloquente à la louange de quehpies hommes qui lui inspirèrent une haute estime : le prince de Erunswick, Buffon, Dolomieu, Uaubenton, Vanderrnonde et d’autres. On a beaucoup parlé de sa politesse excessive ; mais il était encore plus obligeant (juo poli. Son désintéressement égalait sa bienfaisance. Tous les émoluments qu’il retirait de ses places s’appliquaient à des actes de libéralité. Lu fonctionnaire do scs amis ayant été ruiné par de fausses spéculations, Lacépède fit remettre chaque mois à sa femme une pension qu’elle croyait recevoir de son mari. Un de ses employés à qui, dans un embarras pressant, il avait donné une assez forte somme, l’ayant prié de fixer l’époque du remboursement ; « Mon ami, lui dit Lacépède, Je ne prête Jamais. » Ce savant, aussi recommandable par ses vertus que par ses talents , aussi étonnant par son activité incessante que par la simplicité de ses goûts et de scs habitudes, mourut en 1825, de la petite vérole, à l’àge de soixante et dix ans. 11 fut remplacé [lar M. de Blainville à l’Académie des sciences, et par M. Duméril dans sa chaire du Muséum.

Telle était la situation générale de l’établissement, des collections et de l’enseignement des

(I) Nous possédons l’ampliation de cet ordre, dicté par l'Empereur, écrit et signé (lar le général Fririon, secrétaire général du ministère de la guerre. Les termes dans les(|uel.s il est conçu en font un véritable document historique, dont voici la copie textuelle :

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