PREMIERE PARTIE
président une adresse dans la(iuelle ils plaçaient cet établissement sons la sauvegarde des représentants de la nation et faisaient valoir toute son importance pour le bien public. L’Assemblée renvoya cette adresse au comité des finances, ajourna le rapport et demanda aux officiers du .lardin un projet pour la réorganisation de l’établissement.
Ce projet fut en effet délibéré et arrête eu assemblée générale des [)rofesseurs , réunie sous la présidence de Daubenton. Il fut signé par tous les membres en exerbice et môme par Antoine Petit et Lemonnier, professeurs honoraires. On l’imprima et on l’adressa à l’Assemblée constituante ; mais les circonstances devenaient tellement graves que l’on ne put y donner aucune suite. M. do la Ifillanlerie ayant quitté la France, Bernardin de Saint-Pierre fut nommé intendant à sa place. Ce choix était justifié par [dus d’une considération : Bernardin de Saint- Pierre était un écrivain éminent , animé comme Buffon d’un goût passionné pour les beautés de la nature et doué d’un talent incontestable (tour les peindre. A la vérité , il manquait de connaissances scientifi([ues positives, mais son zèle pouvait suffire pour donner à l’enseignement une impulsion favorable. Il paraissait profire à l’administration, et son caractère doux, conciliant , sa popularité même pouvaient rendre à l’établissement de grands services et le garantir des graves dangers qui le menaçaient.
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B(!rnardin de Saint-Pierre mit on effet autant de prudence que de sagesse dans tous ses actes. 11 gagna facilement la confiance et rattacbement des officiers du Jardin des Plantes, car c’est le nom ([ui fut d’abonl substitué à celui de Jardin du Roi. Il administra avec économie et trouva pourtant 1e moyen tle faire construire une nouvelle serre, adossée à la grande butte, dans la direction de la grande terrasse et des galeries, serre qui a conservé le nom de son fondateur. Enfin, il se concerta avec les professeurs pour diverses améliorations indispensables et rédigea dans ce but plusieurs Mémoires conçus dans les vues les plus saines et einpreiats d’un talent d’exposition des plus distingués.
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Echei/e de
IIISTOIHE. — 1771-1704.
La Mûiiagerie de Versailles était comprise au nombre des établissements dont on avait décrété la suppression. M. Couturier, régisseur des domaines du roi , écrivit à Bernardin do Saint-PieiTe, do la part du ministro, pour offrir au .Jardin des Plantes les animaux qui la composaient; mais rétablissement n’avait à sa disposition ni le local pour les recevoir, ni les fonds nécessaires pour subvenir à leur entretien. Cependant Bernardin de Saint-PieiTe comprit l’importance de cette proposition et rédigea aussitôt un Mémoire sur la nécessité de joindre une Ménagerie au Jardin national des Plantes. Ce ^lémoire, (jui porte la date de 1792, et qui est adressé à la Convention nationale , fit une sensation telle qu’il détermina l’Assemblée à prendre des mesures immédiates pour la conservation des animaux existants et à adopter en principe le projet qui lui était soumis. Ainsi, bien que ces mesures n’aient reçu leur exécution que l’année suivante, c’est évidemment à Bernardin de Saint-Pierre ipi’il faut rapporter l’honneur de cette fondation. L’écrit, d’ailleurs peu connu, qui se rattache à cette circonstance, trouvera sa place dans la seconde partie de cet ouvrage. C’est un morceau littéraire où la vigueur du raisonnement s’allie à la plus m.ôle éloijuence , et dont le ton général rappelle la manière de Jean-Jacques, avec qui, pour le talent comme pour le caractère, Bernardin avait tant d’autres rapports.
Après avoir montré les immenses ressources que possède le Jardin des Plantes, pour l’étude do la nature , il remarquait (lu’un seul des règnes organisés y présentait les objets morts et vivants; (ju’à côté des plantes qui végètent et (pii vivent, on n’y voyait point les animaux qui sentent, <iui aiment, (jui connaissent, l.e Cabinet montre les dépouilles de la mort, le Jardin doit montrer les premiers éléments de la vie. « (Juebjues lumières, disait-il, que l’anatomie comparée ait répandues sur celle de l’homme même, l’étude des goftts des animaux, de leurs instincts , de leurs passions on jette do bien plus importantes pour nos besoins et pour notre propre existence; elle est le complément de l’Ilistoire naturelle. C’est cette étude qui a rendu Buffon si intéressant, non-seulement aux savants, mais à tous les hommes. Mais cet écrivain illustre ayant maiKjué de beaucoup d’objets d’observations, n’a travaillé souvent que sur des Mémoires incertains : ses remarques les plus utiles et ses tableaux les mieux coloriés sont ceux qui ont ou pour modèles les animaux qu’il avait lui-même étudiés; car les pensées de la nature portent avec elles leur expression. Quelles riches études il nous eût laissées, s’il eût pu les étendre à une Ménagerie!... »
A peine ce plaiiloyer éloquent eut-il obtenu le succès (ju’il méritait si bien, qu’un nouveau danger menaça le Jardin des Plantes. Ln décret du 18 août 1792 ayant supprimé les Universités, les Facultés et autres institutions de la même nature, on eut lieu de craindre que le Jardin fût enveloppé dans la même proscription. A la vérité , le local et ses dépendances étaient une propriété nationale; on y distribuait gratuitement des plantes médicinales aux pauvres malades, et, à la rigueur, le laboratoire de chimie pouvait servir à la fabrication du salpêtro. Tous ces motifs auraient eu peine à faire respecter l’établissement , si quelques hommes de courage ne se fussent élevés contre la fureur aveugle (jui voulait anéantir toutes les sources d’instruction et jusqu’aux dépôts publics des sciences et des arts. Parmi eux se distingue Lakanal, l’un de ces hommes convaincus, mais probes et éclairés, dont la fermeté devait mettre un terme à ces dévastations. Joseph J.,akanal était né à Serres , village du département de l’.\riége, on 1762. Un de ses oncles, engagé dans les ordres, et avec qui on l’a ipiebiuefois confondu, devint, au commencement de la révolution, évêque constitutionnel do l'amiers. Lakanal fut élevé aux Oratoriens. Scs études terminées à dix-huit ans , la congrégation désira se l’attacher; on l’envoya à Lectoure, comme professeur de grammaire, [luis à Moissac et à Castelnaudary pour occuper des chaires plus élevées. Comme il se préparait à recevoir les ordres, il entra au séminaire Saint-Magloire, mais il ajourna son ordination. Bentré dans les collèges de l’Oratoire, il devint régent de rhétoUniue à l’érigueux et à Bourges. Il prit ses gi'ades à la Faculté des Arts, et fut reçu docteur à \ngers. En 1785, il était à Moulins professeur de philosophie; en 1792, il fut nommé déjmté do l’Ariégo; il avait alors trente ans.
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« l.)o la I-rancf eutièro, (lit M. Isidore Geoffroy-Saiiit-llilaire, (jui a éeril sur Lakanal uiio leinauiuablo notice, de laiiuclle nous tirons la j)lu|jart de ces détails, il ne connaissait (lue le séminaire Saint-.Magloire et les collèges des Oratoriens. Nulle ex|)érience des choses du monde mais aussi nul de ses préju^^-s : c’est un homme nouveau pour une situation nouvelle’ Heureusement aussi, c’est un p;rand cumr pour une fïrande œuvre, et l’on verra (pie Lakanal
n’est i-as ne seulement pour faire admirer ù ses élèves les vertus an|i(pies, il saura les faire revivre en lui,,, )>
(( LaGonvenlion s’oiuTe. Quand LaJianal se voit, lui, obscur et inexpérimenté, en jirésenco (le tels hommes et à la veille de tels événements, il se demande ce (ju’il pourra faire {tour son pays. A d’autres les succès de la tribune, les hautes inllueiices politiipies, l’éclat du pouvoir; pour lui, il ne sait, il ne croit savoir (pi’une chose : enseigner; il s’occupera des écoles. 11 devient au comité d'instruction publitpie le collègue de Siéyès, de Daunou, do Chénier, de Fourcroy, de lîoissy-d’Angias. Peu de semaines s’étaient écoulées, (pie Lakanal passait pour la cheville ouvrière du comité et (pie ses collègues lui eu déféraient la présidence par un vote presfiue unanime. »
(( Jamais mission ne fut plus complètement , plus heureusement accomplie. Tout ce (ju’il s’était promis à lui-même, Lakanal l’accomplit. Placé entre le comité des linances, (pii ne connaît (pi’un besoin, réconomie, et la foule de ceux ipii ne voient dans les sciences, les lettres et les arts, qu’une inutile aristocratie de l’esprit, Lakanal semble toujours devoir échouer. C’est une lutte où, durant trois années, la victoire, souvent emportée de vive force, parfois adroitement obtenue , resta îi la bonne cause. »
Le peuple, vainqueur de Louis \M au 10 août, fxnirsuivait encore sa victime dans tous les souvenirs de la monarchie, (ju’il voulait extirper du sol de la France, et, à ce titre, les monuments, les objets d’art, ornements des demeures royales, tombaient de toutes parts sous (les mains (îgarées. Lakanal, indigné surtout des dévastations commises, sous les yeux même
(io la Convention, aux Tuileries, les dénonce énergiquement elles fait réprimer parmi premier décret. Quel<iues semaines après, le 4 juin 1793, il demande de nouveau la parole : « Les monuments nationaux, s’écrie-t-il , reçoivent tous les Jours les outrages du vandalisme. Des chefs-d’œuvre smis prix sont brisés ou mutilés. Les arts déplorent ces pertes irréparables. Il est temps que la Convention arrête ces farouches excès. »
Le Jardin des Plantes, de création royale comme les Académies, mais à un plus haut degré, puistpie depuis plus d’un siècle et demi il n’était qu’un aimexe de la maison du roi ; le Jardin des Plantes eût, sans nul doute, partagé le sort qui anéantissait tout ce qui avait tenu par un lien quelconque à la couronne. Lakanal détourne le coup fatal. « 11 apprend un matin (jue des vandales , selon son expression , vont attaquer devant la Convention l’établissement ex-royal. Le même jour, à trois heures, il se rend chez Daubenton, appelle au conseil Thouin et Desfontaines, et reçoit d’eux, avec de précieuses notes, le Mémoire rédigé en 1790 pour l’Assemblée constituante; le lendemain, 10 juin 1793, il est à la tribune, et les vandales, muets de sm’prise, l’entendent lire un Rapport écrit durant la nuit, et présenter un vaste projet aussitôt converti en loi : le Jardin des Plantes était érigé en Muséum national d’ Histoire naturelle. Ainsi fut sauvé en vingt-tiuatre heures et sauvé par une mesure (lui , en le transformant , l’agrandissait , un établissement qui, sous sa forme actuelle, admiré et partiellement imité par toutes les nations civilisées, ne reste pas moins, dans son harmoniciue ensemble, uiii(iue encore en Europe. »
Trente ans après, Lakanal put se convaincre qu’on n’avait point oublié au Muséum celui qui, en 1793, avait été le sauveur et le second fondateur, et, en 1794 et 1795, le constant et zélé protecteur de l’établissement. Quand Deleuzc, en 1823, rédigea .son Histoire du Muséum, les professeurs y lireiit insérer une relation détaillée des faits (juc' nous venons do rappeler, et un exemplaire fut envoyé à Lakanal, alors réfugié en Amérique, avec celte dédicace, datée du 10 juin 1823 et signée de tous les professeurs : A M. Lakanal, pour le remercier du décret du {Qjuin 1793. Lakanal fut vivement touché de cet hommage, pres([ue le seul qui soit venu consoler son exil.
C’est principalement à Lakanal (|ue l’on doit radoj)tion du télégraphe. L’ingénieuse machine de Chappe, présentée en 1792 à l’Assemblée législative, avait à peine attiré son attention. Elle fut représentée l’année suivante à la Convention , et cette fois Lakanal , l’un des commissaires chargés de l’examiner, fait accorder une récompense nationale à l’inventeur, obtient des fonds ])our l’établissement d’une première ligne , et imprime aux travaux une telle activité que, un mois aj>rès, on pouvait communiquer de Paris à la frontière. Son Rapport est du 25 juillet, et, le 1" septembre, Carnot lisait à la tribune une dépêche qui annonçait la reddition de Condé, le même jour, à six heures du matin.
Après le 9 thermidor, Lakanal présenta et fit voter cinq décrets, qui sont pour sa mémoire de nouveaux litres d’honneur. Les trois premiers fondaient trois grandes institutions, qui subsistent et sont encore aujourd’hui en pleine prospérité : l’École Aormale , l’École des Langues orientales et le Ruieau des Longitudes. Les deux autres décrets organisaient les Écoles primaires et les Écoles centrales. C’était tout l’édifice de l’instruction publi(jue.qui venait d’être reconstruit.
Plus lard, Lakanal prit part à l’organisation de l’Institut et fut nommé, l’un des premiers, membre de la classe des sciences morales et politiques. En 1797, le Directoire le chargea d une mission dans les départements; il s’y montra ferme, conciliant et désintéressé. Après le 18 biumaire, l’homme (lui avait réorganisé en France l’instruction publique accepta une modeste place de profe.sseur à l’École centrale de la rue Saint-Antoine (Lycée Charlemagne). En 1^14, il s’exila volontairement aux États-Unis et devint président de l’université de la Louisiane. Quelipies années après, il se fit colon et entreprit des plantations dans l’Alabama, sur les bords do la Mobile. Lorsque l’Académie des sciences morales et polilhiues fut rétablie, le nom do Lakanal fut d’abord oublié; mais l’Académie, ()ar un vole unanime, répara cet