L’EAU
La couche d’air qui s’étend à la surface de l’eau peut être considérée copimc un médium, un intermediaire possédant un certain pouvoir limité d’absorber la vapeur de l’eau, comme une éponge dont les nombreux pores reçoivent de l'eau liquide. Ainsi que l’éponge, l'air peut retenir une certaine quantité de vapeur, et en absorber de façon à n’en pouvoir plus • absorber davantage. On dit alors que l’air est saturé, c’est-à-dire complètement rempli de vapeur.
Par conséquent, l'évaporation à la surface de l’eau a lieu plus ou moins librement et almndamment, selon que l’air est plus ou moins au-dessous du point de saturation ; et lorsque l’air a atteint le point de saturation, toute évaporation cesse.
I.c procédé auquel on a recours pour sécher les objets humides ou mouillés est un exemple des effets de l'évaporation. L’humidité de la surface ou du tissu même de l’objet est évaporée par l’exposition à l’air, et l’objet devient libre d’humidité, c’est-à-dire sec. Cette évaporation s'effectue d'autant plus rapidement que l'air est plus au-dessous du [>oint île saturation, et d’autant moins vite qu’il est plus proche de ce point.
Il n’est personne qui n'ait remarqué ce fait : des routes ou des rues mouillées se sèchent, certains jours, en peu d’heures, tandis que, d’autres jours, elles demeurent mouillées, sans aucunement sécher. Ce sont là de simples conséquences de l’état de l’air par rapport à la vapeur dont il est chargé. Dans le premier cas, il en est sous-chargé, c’est-à-dire incomplètement imprégné, et, par suite, il s’empare promptement de l’évaporation des routes et des rues, qui alors deviennent sèches; dans le second cas, il en est sur-chargé, c'est-à-dire complètement imprégné, à peu près ou tout à fait saturé; il ne peut plus recevoir de vapeur ; aucune évaporation n’est possible, et les routes restent mouillées, quoiqu’il ne tomlie pas de pluie.
Les blanchisseuses qui exposent le linge à l’air pour le sécher, savent parfaitement que le séchage s'opère plus ou moins facilement suivant les jours. Certains jours il n’est pas possible de sécher le linge, car l’air est saturé de vapeur. D’autres jours, il se sèche avec une facilité, une rapidité singulière. C’est qu’alors l’air est peu chargé de vapeur, et se trouve fort au-dessous du point de saturation. Mais entre ces deux extrêmes, il existe un grand nombre de degrés où la facilité du séchage varie.
CHOSES USUELLES
Le vent favorise l’évaporation, et, par conséquent, concourt puissamment au séchage. Il est aisé de se rendre compte du phénomène. La couche d'air voisine de l’eau se charge de vapeur, atteint son point de saturation, et le vent l’emporte ; une couche nouvelle d’air succède à la première et est mise en contact avec la surface mouillée. La nouvelle couche d’air est emportée à son tour et fait place à une autre couche d’air sec, et toujours ainsi. De cette façon, tous les objets humides ou mouillés exposés au vent ou à des courants d'air se sèchent promptement.
Les objets mouillés se sèchent promptement aussi quand on les expose it la chaleur artificielle, car, sous l’influence de cette chaleur, l’humidité qu’ils contiennent s’évapore.
L’eau absolument pure est sans goût, insipide. Mais, à l’état naturel, l’eau n’est jamais pure. L’eau de source qui jaillit des strates inférieures du sol renferme toujours des matières terreuses et salines en dissolution. En effet, tout élément qui compose les strates (couches) d’oii l’eau surgit, ou qu’elle traverse, çt qui est soluble dans l’eau, est nécessairement dissous dans cette eau en une proportion plus ou moins grande. Les eaux de rivière renferment plus ou moins des éléments ou constituants solubles du sol qu’elles rencontrent, soit à leurs sources, soit dans les lits et sur les rives des canaux qu’elles traversent. Elles reçoivent en outre, pendant leur coure, les parties solubles des différentes matières animales et végétales que la mort ou la décomposition a envahies.
À l’état naturel, l’eau contient plus ou moins d'air fixe uni à elle. C’est le plus souvent de l’acide carbonique. Ce gaz, qui n’est autre que celui qui pétille dans l’eau de Seltz, le vin de Champagne, la bière en bouteille, procure à l’eau un piquant agréable.
L’eau acquiert diverses saveurs et d’autres qualités, selon la nature des substances qu’elle tient en dissolution. L’eau de source, en général, meme lorsqu’elle est le plus pure, tient en dissolution des matières calcaires et siliceuses. C’est à la présence de ces substances qu’elle doit cette qualité vulgairement appelée crudité ou dureté. Elle se mêle difficilement mi savon, et est impropre aux usages de la cuisine.
L'EAl’.
L’eau qui ne possède pas celle qualité et qui tient en dissolution peu de matière terreuse se nomme, au contraire, eau douce. L’eau de pluie, l'eau de rivière, sont généralement douces, encore que la dernière ne soit jamais complètement dégagée d'une combinaison terreuse quelconque.
Les sources minérales sont des exemples d'eaux contenant en dissolution des sels minéraux particuliers, en quantités si considérables et de qualités si particulières qu’ils rendent ces eaux tout à fait impropres aux usages ordinaires. Ils leur communiquent toutefois des vertus médicinales spéciales.
Généralement, l'eau tient en suspension diverses impuretés qui n’v sont pas dissoutes. L'eau vaseuse en offre l'exemple le plus frappant. Mais, sans être précisément vaseuse, l’eau contient souvent beaucoup d’impuretés eu suspension qu’elle ne dissout pas. Toutes les impuretés de cette nature sont éliminées par la filtration.
Dans les recherches chimiques, où les quantités de liquide sur lesquelles on opère sont ordinairement faibles, on emploie une espèce de papier nommé papier-filtre ou à fdtrcr. C’est du papier blanc non collé, disposé 1 en forme de sac conique, et placé dans un entonnoir de verre d'une forme correspondante. Le liquide qu'on veut filtrer, on le fait passer lentement a travers les pores du papier, qui le dépouille des matières étrangères en suspension, et les retient.
Les filtres employés dans les arts et dans l’économie domestique pour la purification de l'eau ont été très-variés. Une pierre grenue, poreuse, originaire de Ténéritfe, fut d'abord fort en usage, comme aussi une poterie poreuse non vernie. Plus récemment, toutefois, ces filtres ont été complètement supplantés par une variété d’appareils à filtrer artificiels, qui, pour la plupart, se composent de couches de gravier, de sable et de charbon pulvérisé. I.’eau impure, .pressée par son propre poids, traverse cos couches, qui retiennent les impuretés solides qu’elle renferme et l'en dépouillent complètement (1).
CHOSES USUELLES
On a vu que l'eau est incolore et transparente; et, toutes les fois qu’il s’agit d’une quantité de liquide peu considérable, cela est vrai. Mais strictement pariant, l’eau n'est ni absolument transparente, ni absolument dénuée de couleur. Si l’on jette les yeux sur la mer, là où l’eau atteint une profondeur un peu considérable, on trouve que sa couleur est d’un bleu particulier ; mais si l’on prend un verre de cette même eau qui paraissait bleue, on trouve qu’elle est limpide et incolore. Le mot de l’énigme, le voici : la quantité d’eau contenue dans’le verre rélléchit ou, si l'on veut, renvoie à l’œil une quantité de couleur bleue trop faible pour qu’on la perçoive ; et, au contraire, la grande niasse d'eau que présente la pleine mer émet cette couleur si abondamment qu’elle en détermine une perception nette, décidée, complète.
De même pour tous les liquides colorés transparents, l^e vin de Xérès, dans une carafe, a une couleur d’or bien accusée. Vu au travers de la tige mince d’un verre à champagne conique, il apparait de plus en plus pâle , jusqu’à ce que, vers la pointe du cène, il perde entin toute couleur.
Probablement la couleur de l’eau provient en partie des substances qu’elle tient en dissolution. L'eau douce d’un lac a une couleur différente de celle des eaux salées de la mer. Comment la couleur de l’eau peut-elle résulter des différentes substances qu elle tient en dissolution? Il est ditlicile de le dire ; car on ne saurait obtenir une suffisante quantité d'eau, à l’état de pureté complète, pour en pouvoir déterminer la couleur propre.
On voit, d'après ce qui a été dit, que la filtration n’a d’autre effet que de dégager de l’eau les matières solides impures qui peuvent y être mécaniquement unies ou suspendues; et si, à l’état naturel, toute eau contient en dissolution plus ou moins de matière étrangère, on peut demander comment s’obtient l’eau parfaitement pure.
On doit observer que, pour tous les usages ordinaires, l'eau chimiquement pure serait impropre, moins convenable que n’importe quelle espèce d’eau obtenue par les moyens vulgaires. Dans l’alimentation, l’eau absolument pure ne serait ni agréable ni saine. Nos cuisines n'en ont pas besoin ; il n'est pas nécessaire qu'elle possède un tel état de pureté pour les usages domestiques auxquels elle sert.
De toutes les espèces d’eau à l’état naturel, l’eau de pluie est la plus pure. Mais comme on ne la recueille le plus souvent que quand elle est tombée sur le toit des maisons et qu’elle a traversé les tuyaux et les
L’EAU. tüt
«•onduites qui la mènent aux réservoirs où on la prend, elle s’empare et dissout plus ou moins des impuretés formées sur les surfaces où elle passe. Pour obtenir l’eau de pluie parfaitement pure, il faut, par conséquent, la recevoir directement, à mesure qu’elle tombe, dans des vases propres. Mais, dans ce cas même, elle est plus ou moins imprégnée d'air, et spécialement d’acide carlioniquc , qu'elle soustrait à l’atmosphère. On y trouve aussi, mais dans une faible proportion, des sels ammoniacaux, et si elle est lomb« : e dans le voisinage de lu mer, elle contient, en général, un peu de sel commun en dissolution. La pluie qui tomlic pendant l’orage a souvent des traces d’acide nitrique ; e’esl probablement à l’électricité atmosphérique qu’en est due la formation.
Après l’eau de pluie, l’eau de rivière est la plus pure. L’eau de la Tamise, là où elle n’est pas souillée par l'écoulement des eaux de la métro|>ole, ne contient pas plus de 2 grains (0 ,r ,128) do matière étrangère en dissolution par pinl (O 1 , 567). La matière qu’elle tient ainsi en dissolution est surtout le carbonate et le sulfate de chaux, le sel commun, le chlorure de magnésium, et des matières animales. 1 gallon (4',543 ) d’eau de la Tamise à l’état de pureté le moins grand, lorsqu’elle est convenablement fdtrée, ne renferme pas plus de 24 grains de matière terreuse ou saline, et à l’état de pureté le plus grand, pas moins de 16 grains { 1 er ,035).
Lorsque l’eau souillée par des matières animales et végétales est conservée quelque temps, elle se purifie spontanément, perd son odeur et sa couleur désagréables, et dépose plus ou moins. 1/eau dont s’approvisionnent les bâtiments est connue pour subir ce procédé de purification par fermentation ; plus grande est la quantité de matière fermentescible qu’elle contient, plus complète et plus rapide s’opère sa purification. L’est pourquoi l’on préfère, pour les vaisseaux, l’eau de la Tamise ; car l’eau de rivière la plus pure fermente moins rapidement et demeure lieaucoup plus longtemps plus ou moins mauvaise et putride.
Pour l'approvisionnement de Londres, toutefois, — de Londres, où l’on n'a pas le loisir ou le besoin d’attendre que cette purification spontanée s’opère, — il est évident que l'eau doit être prise dans la partie de la Tamise au-dessus de Richmond; car la Tamise, en cet endroit, est soustraite aux intluenccs de la marée, et n’est pas souillée par le contenu des égouts, la desserte des manufactures et la vase que soulèvent les steamers (2).
Les anciens supposaient que l’eau était un des éléments ou l'une des
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substances simples dont toutes les autres sont composées. Cependant, vers la tin du siècle dernier, on constata que c’est un composé de deux substances aussi différentes de l'eau elle-même, dans leur forme et leurs propriétés , qu'on peut l'imaginer. — L'eau est un liquide pesant; ses constituants sont des gaz légers ; l'un d'eux est même la substance matérielle la plus légère qu’on ait jamais découverte jusqu’ici. — L’eau est l’antagoniste du feu. L’un de ses constituants est la plus combustible des sul>stanees, et l'autre est un gaz dont la présence est si nécessaire pour obtenir du feu qu’on peut l’en considérer comme l’auxiliaire indispensable ou l'auteur, l’our démontrer la composition de l’eau, il faut obtenir ce liquide absolument pur, et l’on a déjà vu qu’on ne le trouve jamais ainsi naturellement.
Tout air fixe dont l’eau est chargée peut être dégagé en portant l’eau à l’ébullition; mais pour lui faire abandonner les matières qu’elle tient en dissolution, il faut la soumettre au procédé de la distillation.
Le principe sur lequel repose la distillation s’explique sans difficulté.
Si l’on porte à l'ébullition l’eau qui contient en dissolution une substance terreuse ou saline quelconque , cette eau se convertira en vapeur ; mais il n'en sera pas de même de la substance en dissolution. Au fur et à mesure que l’eau s’évapore, la substance en dissolution ne diminuant pas, la dissolution devient plus forte, plus concentrée, et d’autant plus que In même quantité de matière saline ou terreuse est dissoute dans une moindre quantité d’eau. A mesure que l'opération avance, l’eau s'évapore graduelment jusqu’à ce quelle disparaisse tout à fait, et les matières salines ou terreuses qu’elle tenait en dissolution demeurent dans le vase où l’évaporation s'effectue. C’est là une de ces expériences que tout le monde peut faire. Prenez une grande cuiller pleine d'eau, et faites-y fondre du sel; tenez-la quelques minutes sur la tlamme d'une lampe à esprit-de-vin. Le liquide bouillira, se convertira complètement en vapeur, et le sel demeurera seul dans la cuiller.
Mais quand on veut, comme dans la distillation, obtenir, non pas las matières que l’eau tient en dissolution, mais l’eau pure elle-même dégagée de ces matières, il faut empêcher la vapeur de s’échapper et la convertir derechef en eau. A mesure donc que l’eau est convertie en vapeur par l’intermédiaire de la chaleur, on convertit, d’un autre côté, la vapeur en eau par l’intermédiaire du froid. Si, par suite, un appareil est construit
L'EAU
de (elle sorte que, à mesure que la vapeur s’élève de l'eau bouillante, elle soit reçue dans un vase clos, où elle se trouvera en contact avec une surface froide, elle sera rétablie dans la forme liquide primitive, et, recueillie alors, elle offrira une eau très-pure, d’autant plus pure qu'elle aura été séparée d’une plus grande quantité des substances qu’elle tenait en dissolution avant de subir l’épreuve de l’évaporation.
La vapeur d’eau est plusieurs centaines de fois plus légère, h volume égal, que l’eau elle-même. Des expériences habilement conduites ont permis de calculer qu’un gallon d'eau évaporée à la température de 212 degrés produit à peu près 1 800 gallons de vapeur. Il suit de là que, quand la vapeur est reconvertie en eau par l'exposition au froid, un trèsfort volume de cette vapeur produit un très-faible volume d’eau. Ainsi, pour produire 1 gallon d’eau pure, il faut près de 1 800 gallons de vapeur.
C’est là la raison pour laquelle on a appelé condensation la conversion de la vapeur en eau, et condensateur ou condenseur l'appareil où se produit cette conversion. La vapeur est condensée, car elle est réduite à un volume 1 800 fois plus petit, et, par suite, rendue 1 800 fois plus dense et plus lourde.
Le procédé au moyen duquel on convertit d'atmrd l'eau en vapeur, et ensuite la vapeur en eau, se nomme distillation , du mot latin distillatio, qui signifie chute en gouttes. La conversion de la vapeur en liquide dans le condenseur s’effectue d’ordinaire si lentement que le liquide tombe du tuyau du condenseur, non en jet continu, mais en gouttes successives.
Dans les arts industriels, dans les laboratoires de chimie, où l’on a besoin de quantités considérables d'eau absolument pure, on en opère la distillation au moyen d’un appareil que représente la figure 1 .
Cet appareil à distiller, ou alambic, sc compose d’une chaudière de cuivre A , fixée sur un fourneau en briques, et possédant un couvercle en forme de dôme It, qui lui est adapté. De ce couvercle part un lui» recourlai RCD, qui va gagner un tube spécial, nommé serpentin (icorm!. Ce serpentin est enfermé dans un grand réservoir ou cuvette cylindrique PQJX, en métal, et constamment rempli d’eau froide. lai partie inférieure du serpentin sort du réservoir près de son fond, et se termine en Z, au-dessus de la bouche d'une jarre H, destinée à recevoir l’eau distillée. Une ouverture K, munie d'un tampon imperméable à la
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vapeur, est disposée dans la chaudière; c’est par là qu'on introduit l’eau à distiller.
La vapeur, sortant de la chaudière par le tube HCI), passe dans le serpentin et se rend d’aliord dans le vaseO, où commence la condensation. — Traversant ensuite les replis du serpentin, elle est exposée au contact de sa surface froide; elle est complètement condensée et réduite à l’état liquide avant de parvenir à la partie inférieure Z, d'où elle tombe goutte il goutte dans la jarre H.
La chaleur qui se dégage de la vapeur pendant la condensation envahissant incessament l’eau du réservoir PQJX, cette eau devient chaude peu à peu, et si l’on n'avait le soin de l’enlever et de la remplacer par de l’eau froide, elle ne maintiendrait pas longtemps le serpentin assez froid pour condenser la vapeur. Lue provision d’eau froide est, en conséquence, introduite dans un tuyau TT, pendant que s'échappe l’eau chaude par le tuyau de décharge L.
L’eau chaude, étant plus légère, à volume égal, que l'eau froide, flottera à la surface de celle-ci sans s’y mêler, à moins qu’on n’agite le liquide. Si donc l’on introduit l’eau froide à la partie inférieure T du réservoir, elle tonnera les couches inférieures, tandis que l’eau chaude composera les couches supérieures; cette dernière, poussée en haut par l'eau froide, sortira du réservoir au point L. Le conduit ou tuyau d'approvisionnement 1*, qui alimente le tuyau TT, et le tuyau de décharge L, peuvent être et sont, en général, réglés de telle sorte que l'eau sortie par L est fort peu au-dessous de la température de la vapeur qui vient de la chaudière, tandis que l'eau des couches inférieures est aussi froide que l’atmosphère ambiante. Il suit de là que la vapeur qui pénètre en D ne subit d'abord qu'une condensation partielle, mais que cette condensation se fait de plus en plus énergique à mesure que la vapeur l’engage dans le serpentin , et arrive au contact d’une surface de plus en plus froide , jusqu’à ce que, parvenue au dernier des replis (le plus inférieur) , elle se condense entièrement .
L'eau chaude qui disparait par le tuyau de décharge L, on la peut faire servir à l'alimentation de la chaudière A ; et comme elle possède déjà une haute température, on peut ainsi réaliser une économie de combustible.
Ixirsqu’dn veut obtenir de l'eau distillée parfaitement pure, on l'évapore à une température inférieure à 212 degrés. A 212 degrés, en effet, une petite quantité des matières étrangères en dissolution gagne quelquefois le serpentin à l’état de vapeur et se va déposer dans la jarre H. Plus est basse la température à laquelle on évapore l’eau de la chaudière, muins le serpentin reçoit des impuretés qu'elle contient.
C’est ainsi que, avec des précautions particulières , on peut obtenir de. l'eau . parfaitement pure et complètement débarrassée de matières étrangères.
Maintenant, il reste à indiquer comment se démontre lu nature composée de l’eau, comment les caractères et les proportions de ses parties constituantes ont été déterminées.
l’our y parvenir, deux méthodes : ce sont la composa ion et la décomposition, ou, si l’on préfère les dérivés grecs, la synthèse et l'analyse.
La méthode synthétique suppose la connaissance préalable des constituants, et consiste à montrer qu’en combinant, en mariant ces constituants, on peut produire de l’eau.
lut méthode analytique suppose la découverte préalable de quelque agent physique capable de vaincre l'attraction mutuelle qui tient unis l’un à l’autre les constituants de l’eau, d’opérer une rupture entre eux et de les faire voir séparés l’un de l’autre, de manière à permettre la détermination de leurs caractères, de leurs propriétés.
Comme la question est d'une importance et d’un intérêt énormes, comme les deux méthodes d’analyse et de synthèse sont par elles-mêmes fort instructives et facilement intelligibles, on leur consacrera ici quelques lignes.
Il existe deux airs ou gaz bien connus des chimistes. On les uommioxygene et hydrogène.
Dans le traité sur l'Air , on donnent une idée générale de l’oxygène et de ses propriétés dominantes.
L’hydrogène, comme la plupart des gaz, est un air incolore, invisible, qui, à l’état de pureté complète, n’a ni saveur ni odeur. Mais, tel qu'on le produit ordinairement, il est mêlé à de très-faibles proportions d’impuretés, qui lui communiquent cette odeur particulièrement désagréable que chacun connaît. Il n’est probablement, en effet, personne qui n’ait été plus ou moins victime d'une rupture accidentelle des tuyaux qui servent dans l’éclair.ige au gaz.
L’hydrogène est la plus légère des substances matérielles. A volume égal, il est plus de quatorze fois aussi léger que l’air ordinaire.
C’est pourquoi il est éminemment propre à gonller les ballons à air. 2000 cubic fect (608 mètres cubes) de ce gaz ne pèseront qu’environ 11 livres avoir-tlu-poids (4 l ,987,51 ), tandis que le même volume d’air commun pèsera environ 160 livres avoir-du-poids (72 l ,54o,60). Par con-
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séquent, un ballon qui contiendrait 2000 cubic feel d’hydrogène aurait une légèreté ou une tendance à monter de 1 19 livres avoir-du-poids (G7 k ,558,09), et si le fdet de soie, les cordages et la nacelle avec son lest ont moins de ce poids, le ballon aura tuie force ascensionnelle égale à la différence.
L’hydrogèue est l’un des corps de la nature les plus intlamninhles. Il brûle en jetant une flamme très-pàlc, bleuâtre, donnant peu de lumière, mais une chaleur intense.
Si l’on introduit dans un vase de verre suHisanunent fort un mélange des gaz oxygène et hydrogène, et qu'on l'y retienne en fermant le robinet d’arrêt du tuyau par où les gaz sont introduits, il suffira de faire traverser le mélange par une étincelle électrique pour déterminer l'inflammation de l'hydrogène et une explosion. Alors le vase apparaîtra rempli de vapeur, et acquerra une température manifestement plus élevée. Bientôt il se refroidira, et la surface interne du verre se couvrira d’tiumidité. L’eau dégouttera le long des parois, l'ne certaine quantité de gaz restera dans le vase, et si l’on soumet ce gaz aux épreuves ordinaires, on verra que ce n'est plus un mélange d’hydrogène et d'oxygène, mais l'un ou l’autre de ces gaz à l’état de pureté et tout à fait séparé. Ce gaz testant sera tantôt de l’oxygène pur, tantôt de l'hydrogène pur ; cela dépendra des proportions suivant lesquelles se trouvaient unis, dans le vase, l’un et l'autre gaz avant l’explosion.
On connaît un certain nombre d’appareils propres à cette expérience. L’un d’eux est représenté figure 2.
Le vase ou cuvette cylindrique 1)E, plus large au sommet qu’à la base, est rempli de mercure. Un tulle gradué DC, en verre épais et fort, ayant un diamètre de 1 inch ( O" 1 , 2539), fermé à l’une de ses extrémités (B), et ouvert à l’autre (C), est pareillement rempli de mercure, retenu par la main à l’cxUémité ouverte et plongé dans le mercure de la cuvette DE. I aj mercure ne sortira pas du tulie BC, car son jioids sera supporté, balancé par la pression atmosphérique qui agit sur la surface extérieure du mercure de la cuvette DE. Maintenant on peut introduire dans le tulie BC les gaz oxygène et hydrogène, en les déchargeant dans le mercure par l’extrémité ouverte dudit tube. Us s'élèveront en bulles à travers le mercure , et déplaceront une partie de ce liquide au sommet du tube BC. On peut donc, comme on le voit, introduire dans le tube BC une proportion
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quelconque des gaz; la capacité du tul»e limitera seule celte proportion.
Vers le sommet du tube BU, deux petits trous, à l'opposite l'un de l’autre, sont pratiqués et traversés par un lil de platine se terminant en boules ou boutons intérieurement et extérieurement . Les boutons intérieurs se font réciproquement face, sans toutefois être en contact.
Si l’on vient à présenter au bouton B le l>outon d’une liouteille de Leyde chargée, après avoir relié par une chaîne métallique le Ixmton A à la couche externe de la bouteille, la décharge électrique passera entre les deux Imutons intérieurs et enflammera l’hydrogène que contient le tube BU.
Dans les expériences de ce genre, il vaut mieux exprimer les quantités des gaz par leurs mesures telles queles indique
le tube BU. Cependant on „
comprendra plus facilement
l'explication en exprimant ces quantités par leur poids.
Supposons donc d’abord que 1 grain d’hydrogène et 1 2 grains d’oxygène sont contenus dans le tube BC. Lorsque la décharge électrique aura été transmise, l’hydrogène enflammé, et que le tube BU se sera refroidi, on trouvera dans ce tube, connue on l’a déjà établi, de l’eau et du gaz. Si l’on pèse l'eau exactement, on verra que son poids s’élève à 9 grains, et celui du gaz à 4 grains. Si l’on examine ces 4 grains de gaz, on trouvera que c’est de l'oxygène pur. Ainsi, ce résidu gazeux ne sera pas inflammable ; mais si l'on y plonge un eoips en ignition, la flamme deviendra plus considérable, plus brillante. En un mot, il aura toutes les propriétés de l’oxygène pur, propriétés qu'on expliquera dans le traité sur l'Air.
On voit par là que, du mélange de 1 grain d’hydrogène cl de 1 2 grains d’oxygène qui se trouvaient dans le tube BU avant l’explosion, tout le grain d’hydrogène est entré en combinaison avec 8 des 12 grains d’oxygène pour produire 9 grains d’eau, et que les 4 autres grains d’oxygène sont demeurés intacts dans le tube BU.
Donc, les gaz hydrogène et oxygène, combinés dans la proportion de I grain du premier sur 8 du second, produisent de l’eau.
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Si l’on a introduit dans le tube 2 grains d’hydrogène et 8 d'oxygène, l’explosion produira encore 9 grains d’eau, mais alors le résidu gazeux sera 1 grain d’hydrogène. Ainsi, l’un des deux grains d’hydrogène, en se combinant avec les 8 grains d’oxygène, produira 9 grains d’eau, tandis que l'autre grain d’hydrogène restera intact et séparé (isolé).
Si 1 grain d’hydrogène et 8 d’oxygène avaient été introduits dans le tul>e BC, l’explosion eût converti la totalité des gaz en 9 grains d’eau, et aucun résidu gazeux n’eùt été trouvé dans le tube.
Ile ce qui précède, n’est-on pas invinciblement amené à conclure que l’eau est un liquide compost 1 , dont les constituants sont deux gaz, — l’oxygène et l’hydrogène, — combinés dans la proportion de 8 parties (en poids) du premier sur I du second?
Ainsi donc, la neuvième paitie de l’eau, — de l’eau, ce naturel adversaire du feu, — est le plus inflammable des corps, et les huit autres neuvièmes de ce liquide ont pour base un corps sans la présence duquel le feu n’est pas possible.
Maintenant qu’on sait la manière dont on produit l’eau, en combinant ses deux constituants en proportion convenable, il faut qu’on sache de quelle façon l’eau elle-même peut être ramenée à ses gaz constituants.