‹ Le Musiciens Celebres: DebussyChapitre 15 sur 37 · Cf., la dédicace des Children's Corner · texte numérisé non relu

Cf., la dédicace des Children's Corner

8. Cf., de M. Suarès : « le même Debussy connaît le mystère de la vie. Il en à une idée qui jamais ne le quitte. Il y porte une gravité sereine qui n’est pas dupe, une tristesse infinie... »

4. Que voulez-vous ? tout le monde ne peut avoir la « tranquillité

d'âme » du gros monsieur qui boit un apéritif en proclamant : « c’est ma santé »...

Debussy, d'instinct, d'emblée, la traduisit par son Recueiliement. Nostalgie des Nuages, de la première Prose lyrique, du Prologue de Pelléas, de l’Hommage à Rameau. Inquiétude, tristesse, regrets infinis, remords peut-être. Ettant mieux. Malheureux, après tout, quin’est point capable de remords : forme nécessaire, à certains moments d’une vie, de la connaissance du bien et du mal.

Si l’angoisse, dans son œuvre, atteint jusqu’à la tombe et nous fait deviner le drame de la souffrance physique, jamais elle ne paraît macabre n1 réaliste. Debussy est trop amoureux de la jeunesse, de la beauté, de la lumière, de la vie, pour se complaire à quelque Triomphe de la Mort (nul doute qu’il ne préférât les fresques de Benozzo Gozzoli). L’agonie de Mélisande reste harmonieuse, mystérieuse, pure. Seuls les Souterrains de Pelléas et le début de Khamma sont d'une effrayante obscurité ; encore y subsiste-t-il je ne sais quel clair-obscur, et la « boue pestilentielle » demeure musicale.

Parfois aussi la tristesse se mélamorphose en humour (humour, revanche des sensibles : le véritable humoriste est celui, ayant souffert, qui garde la pudeur de sa souffrance). Cette sorte de musique, chez Debussy, est complexe : ni sèche, ni amère, ni « pince sans rire »... Elle garde, avec un esprit très fin, sa précieuse bonne humeur un peu sarcastique. Nous avons indiqué, plus haut, les principales compositions — trop rares — d’un

4. Debussy causait avec moi de l’orchestration des premières pages de Khemma, qu'il venait de réaliser. Il me disait : « rien n’est ausssi difficile que de garder, dans les nuances les plus sombres, cette sorte de transparence de l'orchestre, et d'éviter la lourdeur toujours inutile, des tons opaques... »

genre où il excellait. Mais hélas, il n'aura point réalisé Le Diable dans le Beffroi!

Seul peut-être, quoique différent des manifestations contemporaines, l'humour debussyste s'apparente en certaine mesure à celui de nos jours‘. Pour tout le reste, qu’elle est loin, la sensibilité de Verlaine et de Claude Debussy, de celle qui souvent inspire nos musiciens d'aujourd'hui! Le rêve d’un idéal généreux chez Victor Hugo, lesrévoltes de Leconte de Lisle, l'inquiétude de Baudelaire, le mysticisme (Sagesse) de Verlaine, la pitié d'Albert Samain, tout cela se tient; et si l’on prétend que ces poètes n'étaient pas absolument sincères (reproche que je crois injuste), c’est qu’alors ils flattaient un désir du public, par cette tendance vers le bien. Certes, Debussy ne posa jamais au moraliste. Mais, qu'il l'ait voulu ou non, il y a un sens moral dans la nature de sa sensibilité. Il est d’un temps où l’on songeait à des choses hautes, sérieuses, belles. C’est en quoi il diffère de ceux qui prôneraient un art « abstrait », où l’artiste prétend ne rien dire. Musique si « pure » qu’elle en serait dénuée d'humanité: tout le contraire de l’idéaldebussyste. Libre aux théoriciens de sous-estimer les paysagistes de la musique; la réponse est dans la beauté vivante. On renvoie les contradicteurs à l’Andante d'Ibéria, au Prélude à l’Après-midi d'un Faune, à Pelléas et Mélisande.

D'ailleurs, et même si certaines idées sur la « musique pure » eussent été à la mode du vivant de Claude

1. Les Ministrels, des Préludes, et Général Lavine, eccentric, s'inspirent du music-hall, bien avant que nos jeunes se fussent avisés de le faire ; et Debussy n'est-il pas, à sa manière, leur précurseur ?

Debussy, il n'aurait pas laissé de suivre son chemin. Car 1l n’aimait point les théories et c'était un esprit libre. — Libre, autant vis-à-vis de la tradition que de la révolution ; n’oubliant point le passé mais sachant marcher vers l'avenir. — Libre à l’égard des confrères, des critiques, et de soi-même : ce qui est la plus précieuse et la plus difficile des libertés. Car jamais il n'obéit à. l’orgueil d’ambitieux développements ni d'accords inutilement nouveaux’. — Pas de sens commercial, aucune marque d’arrivisme. Nul masque, et nul cabotinage. Point d’attitude calculée, mais une réserve discrète, hautaine, et le dédain des imbéciles. Sa manière de rester distant était tout un programme : ne se laissait point porter en triomphe, et ne parut pas sur la scène, « entraîné nalgré so1(?) par des admirateurs enthousiastes ». S'il traduisit, à l’occasion, la sensibilité de son temps, c’est par coïncidence avec la sienne, propre. Il ne chercha jamais de s’adapter à la mode du jour, ni d’être « bien de son époque ». Au contraire :.« Nous ne sommes pas modernes », écrivait-il un jour à tel de ses amis. Il aimait le Passé (cf. Fétes galantes, Sarabande, Hommage à Rameau). Il aimait de rêver en silence.

En somme, un individualiste. L'esprit des Rule est l’opposé du sien. On ne le voit guère dans un « banquet d'anciens camarades ». Alors que tant d'hommes ne sont que des moutons libre félin, — un aristocrate. Son art est à l’antipode

à deux pattes, lui, c'était un

4. La nouveauté, il la réalisa d'instinct, sans avoir prémédité de faire autrement que les autres. à

u Cliché Nadar.

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