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C’est le troisième des Poèmes de Mallarmé, de M. Ravel

violon et pour violoncelle. Elle succède à certaine tendance aux sonorités moelleuses, confortables comme un riche tapis : charme de la matière sonore avec des idées musicales délibérément plus « faciles » (la Sonate pour flûte, alto et harpe ; Anacapri, des Préludes, et la Grotte, si séduisante). L’ample et puissante naïveté du Prélude a l’Après-midi d’'unFaune a disparu; mais une esthétique mallarméenne à bien son prix (celle de P/acet futile, de Soupir, de l'Eventail). Et les dernières Sonates, comme les Épigraphes, sont d’une confession si tragique! Un artiste ne peut demeurer jeune toujours; l’essentiel reste que vieillissant, malade, frappé à mort, rien de ce quil ait écrit ne soit indifférent‘.

Au demeurant, il n’est pas aisé, il demeure périlleux de tracer ainsi des lignes de démarcation pour un musicien aussi libre que le fut Debussy — et, malgré l'unité de son œuvre, aussi divers. Des suites symphoniques telles que la Mer, Ibéria, Jeux, montrent une évolution différente, pour contemporaine qu’elle soit des Chansons de France. Et le Martyre de saint Sébastien se situe en dehors de nos cadres, — sur un autre plan. D'ailleurs, le domaine mystique de ce Faune panthéiste est plus vaste qu'on ne l’imagine. Cet amour constant des cloches,

: ce panthéisme même, et surtout le sublime intérieur du rôle d’Arkel, et l’agonie de Mélisande enfin, — tout cela, c'est de l’art religieux : autant et bien davantage que maint O Salutaris traditionnellement douceâtre.

4. Je reviendrai plus loin sur ce qu'il y a de précurseur, chez Debussy, dans certain humour, comme aussi dans le parti d'écrire des Sonates brèves. On ne l'a pas assez discerné. Et, même à cet égard, les Six peut-être lui doivent plus qu'on ne le croit en général.

Quoi qu'il en soit, et bien qu’il nous ait fallu souligner la courbe de son évolution, elle ne sort pas de l’étude d'ensemble que nous allons faire, celle du langage et de la sensibilité debussystes.

Un fait domine, tout d’abord. C’est, malgré sa notoriété, malgré sa gloire, l’incompréhension de tant de personnes. Et point seulement ce ne furent des incultes, des incompétents (parmi eux, certains critiques musicaux). Mais des confrères aussi, injustes, étroits, envieux . Cette incompréhension, à chaque renouvellement, se manifesta. Elle le suivit toute la vie. Elle Île poursuit depuis sa mort. Les anti-debussystes n’ont pas désarmé : on lira plus loin des lignes curieuses de M. Ad. Boschot, parues en 1925 lors de la reprise de Pelléas.

À tout seigneur tout honneur : voici l'arrêt des membres de l’Institut sur le Printemps (second des Envois de Rome) : « M. Debussy ne pèche point assurément par la platitude ni par la banalité. Il à tout au contraire une tendance prononcée, trop prononcée, même, à la recherche de l'étrange (sic)... Il serait fort à désirer qu'il se mît en garde contre cet 2mpressionnisme vaque (déjà!) qui est un des plus dangereux ennemis de la vérité dans les œuvres d’art. »

Notez que ce Printemps paraît une œuvre bien sage, où le vrai Debussy ne perce qu’à travers un langage usuel. Mais les jurys se déconcertent de peu!

Contre Pelléas et Mélisande, levée de boucliers. On remphrait un livre avec les inepties proférées solennel-

1. Je me fais un plaisir de reconnaître que la grande majorité des musiciens fut pour lui, sitôt passé le premier étonnement.

lement au sujet du chef-d'œuvre. Mais que dis-je? il existe : c’est le cas Debussy'. On croit rêver, à tant de sottises, et signées de noms connus. Une seule réponse nettement favorable (si je ne me trompe) : celle d’un jeune homme alors obscur (par quel hasard fut-il inter-

rogé?) M. Ansermet”. — Dans la Revue des Deux Mondes (mai 1902), M. Camille Bellaigue se livre à des attaques — franches et convaincues, je le veux

bien, mais plutôt discourtoises pour l’art de Claude Debussy, qualifié de morbide, de malsain, et nous lisons ceci : « l’orchestre ne fait que peu de bruit, mais un vilain petit bruit ». — M. Alfred Bruneau, collaborateur de la Grande Revue, se montre assez bienveillant ; toutefois, pour lui, les personnages de Pelléas et Mélisande ne sont guère que des symboles, sans humanité vivante. (J’accorde que M. Bruneau ne laissa point d'évoluer, et qu'à l’apparition d’Zbéria il fut un des rares devant qui l’œuvre ait trouvé grâce.) — Un contemporain de Claude Debussy, fort en thème, me disait un jour (que ces temps sont lointains!) : « il n’a que peu de métier; il ne saurait « écrire une fugue »*°. Le même prix de Rome, lors d’une répétition d'orchestre, parlait des « brumes de M. Debussy ». — Et voici pour les instrumentistes d'orchestre : longtemps De-

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