Avis Commission des Finances (M. Astier) Sénat 1916, n
5° De permettre aux groupements et écoles privées, qui organisent la rééducation professionnelle, d’être subventionnés par l'Etat ;
6° De déterminer dans quelles conditions se fera l'inspection dans les établissements dus à l'initiative privée et qui feront appel au concours de l'Etat. (1)»
Mais la différence essentielle entre la proposition de M. Strauss et le contre-projet de M. Astier est la suivante : M. Strauss, suivant le vote de la Chambre, veut confier à l'Etat la charge entière, la direction suprême de la rééducation des mutilés,M. Astier, au contraire, veut conserver les œuvres privées, ne voyant dans l'Etat qu'un trait d'union, un agent de surveillance, une force de coordination, une caisse ouverte aux subventions. Nous reparlerons du choc de ces doctrines plus loin.
C’est dans ces conditions que la question est pendante devant le Sénat.
VII. — Les idées directrices. — Les diverses tendances et opinions. — Les résultats, — Vers la solution définitive.
a) Nécessité de la rééducation Comme nous avons essayé de le démontrer par ce * 1. L'Information, 15 mars 1917. Le Problème des Mutilés, par
M. Astier.
J.-B. Fauré 4
Ce
long exposé, qui est l’historique de la question, tout le monde s’est trouvé d’accord sur la nécessité de la rééducation professionnelle de nos mutilés de la guerre. | | À de bien rares exceptions près,les mutilés euxmêmes, — nous l’avons indiqué également 86 soumettent fort docilement à la rééducation et la sollicitent même. Ils comprennent que par laréadaptation au travail, ils retrouveront leur salaire, leur existence d'avant, leur dignité morale. Il n’en a pas toujours été ainsi. Au début de nombreux mutilés ont montré de l’appréhension.Les raisons qu'ils invoquaient le plus fréquemment étaient la crainte de voir leur pension diminuée, s’ils étaient, à la sortie de l’école, capables d’un travail à peu près normal. Après les déclarations solennelles du ministre, confirmées par le texte formel de la loi, cette crainte a disparu et on peut dire aujourd’hui qu'un nombre négligeable de grands blessés refuse la rééducation.
b) Dans quel sens doit-on rééduguer ?
Un autre point sur lequel l’accord a été fait est le.
suivant : le mutilé de guerre doit être rééduqué dans son ancien métier ou dans un métier voisin de son métier primitif, non dans un métier nouveau, toutes les fois du moins que la chose est possible. Et l’expé-
rience a montré que, médicalement, la chose était possible dans le plus grand nombre de cas.
Les raisons qui militent en faveur de la rééducation dans l’ancien métier sont multiples.
D'abord, qui dit rééducation dit surtout éducation dans le même sens. Réapprendre ce que l’on a appris déjà une fois n’est pas apprendre un métier jusqu’à ce jour inconnu. Dans ce dernier cas, le terme à employer serait plutôt apprentissage.
Pratiquement, techniquement, la rééducation s'impose. Un adolescent met plusieurs années à apprendre un métier. Comment, dèslors, en quelques mois, une œuvre de rééducation pourrait-elle avoir la prétention d'apprendre un métier entièrement nouveau à un homme déjà mûr ?
De plus, le bon équilibre de l’agriculture et de l’industrie est en jeu. Il ne convient pas, par exemple,
-de jeter dans l’industrie ceux qui doivent revenir à la terre. Nous reviendrons sur cette question très importante, dont la gravité n’a pas d’ailleurs échappé aux pouvoirs publics.
L'Instruction du Service de Santé du 31 août 1916 le dit en propres termes : « D’une façon générale, « il faut poser comme premier principe qu'il y a « lieu de faire tous ses efforts pour faire reprendre à « l'intéressé sa profession antérieure. »
M. Frédéric Brunet n’est presque pas assez affirmatif quand il s'exprime ainsi :