LA RÉÉDUCATION PROFESSIONNELLE
[. — La situation des mutilés avant la guerre actuelle
Dans les conflits armés qui ont précédé la guerre actuelle, les Soldats qui revenaient mutilés des combats ne prenaient plus d’une façon générale leur place dans le monde du travail.
On ne peut citer dans le sens’ contraire que linitiative d’un Président du Parlement, Pomponne de Belièvre.En 1657,ce magistrat voulait qu’en plus du gîte et de la nourriture,les mutilés trouvent dans leur asile un travail approprié à leur état. L'idée était noble, mais, le plus souvent, ces mutilés ne pouvaient pas ou ne voulaient pas travailler ; ils demeuraient à la charge de leur famille ou de leur pays. Les armées étaient alors d'effectifs fort réduits comparativement aux contingents de la guerre actuelle, où les nations tout entières se battent contre les nations.
et la question des mutilés ne se posait pour ainsi dire
pas.
Tout près de nous encore, les soldats n'étaient que
des professionnels. Une fois mutilés sans métier autre, ils n’aspiraient plus qu’à devenir les hospitalisés des Invalides.
C’est dans le courant du xix° siècle seulement que la plupart des naiions ont pris des mesures pour faire des blessés graves des travailleurs à nouveau. Comme nous le verrons, ce sont les pays scandinaves surtout qui ont montré la voie.
En France; si nous consultons la législation, nous voyons qu’une seule loi s’est préoccupée au siècle dernier des mutilés de la guerre. Cette loi, votée en 1831, a institué la pension de réforme, pension strictement suffisante pour mettre l’incurable à l'abri du besoin et lui procurer du pain.
Cette loi a donné lieu, dès son application, à des discussions très vives sur son principe même, car certains y virent la consécration de la théorie de l'infirme devenu simplement une charge pour ia société. À la date où nous écrivons au milieu de l’horrible mêlée, il est certain que cette loi de 1831 apparaît comme bien peu de chose pour régler le sort de l’armée des invalides. Elle apparaît de plus. en plus inacceptable dans son principe et impuissante dans ses effets. Tout est à faire, car il ne peut être question de mettre seulement hors de la misère la foule immense des mutilés.
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I1.— Les campagnes de presse en faveur de la rééducation professionnelle
Dans les premiers mois de 1915, tout le monde en France a compris qu'il y avait autre chose à faire de plus grand et de plus noble, pour les mutilés, qu'il fallait les mettre en mesure de gagner euxmêmes largement leur vie et celle de leur famille.
Le problème de la rééducation des mutilés a été ainsi posé.
Nous ne nous attarderons pas à féliciter l’un ou l’autre au milieu des malheurs actuels, et à délimiter la part de chacun, dans une œuvre à laquelle tous ont apporté un égal dévouement. |
Nous devons cependant indiquer quelques-unes des initiatives les plus intéressantes et les plus, louables.
La presse, dès les premiers mois de la guerre, a mené, en faveur des invalides, une énergique campagne. C’est ainsi que le 18 décembre 1914, M. Maurice Barrès écrivait dans l’Echo de Paris: « Nous voulons assurer aux glorieuses victimes de la défense nationale l'exercice d’une profession compatible avec les infirmités ou les mutilations que la guerre leur a values. C'est-à-dire que nous entendons créer, entretenir, subventionner toutes œuvres d’appren-