HAE
— "I ji \ ñ
M. le D: Bourrillon voit aussi dans l'Etat la force qui doit mettre de l’ordre dans cette question si ardue, donner des instructions claires, précises, simples, et les faire exécuter : « Nous le rappelons, l'Etat a, dans les circonstances actuelles, le rigoureux devoir de présider aux opérations faites en vue de la meilleure utilisation de la puissance économique et sociale que représentent ces invalides. (1) »
M. Souchon, au contraire, semble voir la direction unique de l'Etat comme présentant un certain danger. Î1 connaît les défauts de notre administration : manque de souplesse, lenteur, inertie, obstination souvent injustifiée, tendance au despotisme. Il s’est ainsi exprimé, parlant d’une œuvre qui lui est chère: «lya autre chose, c’est que l'Etat est en cause. Lui aussi s’occupe des mutilés et j’ai une peur atroce des coordinations avec l'Etat. Coordonner avec l'Etat, cela consiste à être dévoré, et nous ne voulons pas être dévorés (2) »… Et voici à quoi M. Souchon voudrait voir limiter les fonctions de l'Etat: « une première question se pose alors. C’est celle du rôle de l'Etat. Devra-t-il tout faire, devra-t-il, au contraire,s’appuyer sur l'initiative privée et coopérer avec elle? La solution pourrait être dans un système
1. L'Œuvre Economique, 25 fév., 1917, p. 120. 2. La Réforme sociale, 1-16 mars 1916, p. 248.
de subvention. Aucune œuvre ne peut être assez riche pour faire un très grand nombre de rééducations. Il serait donc tout à fait insuffisant de compter sur la charité publique en pareille matière. L'Etat a, d’ailleurs, un devoir à remplir. Mais, d'autre part, un monopole administratif serait dangereux, l’œuvre à accomplir est d'ordre moral. Il serait infiniment regrettable de ne pas utiliser toutes les bonnes volontés. Les résultats obtenus le prouvent sufisamment.… Il ne faut pas que l'Etat renonce à son œuvre de rééducation. fl lui appartient, au contraire, d’avoir des écoles-types. Mais elles ne devraient pas être nombreuses et, pour l'ensemble des mutilés, l'initiative privée pourrait très bien décharger l'Etat à condition d’être subventionnée. Il va de soi que ces subventions comporteraient une surveillance. Pourtant cette surveillance ne devrait pas tendre à l’uniformité. On a parlé de coordination. Chaque œuvre a sa clientèle, ses tendances, ses méthodes. Il faut respecter les diversités, et se défier de l’uniformité administrative,alors surtout qu’on est encore à la période des essais et des tâtonnements (1) >. M. Souchon disait cela dans une conférence faite, le 15 avril 1915, à la Société d'Encouragement pour l'Industrie Nationale.
Après avoir proclamé la faillite du gouvernement