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DEUXIÈME PARTIE

fi. — LE PLACEMENT DES MUTILÉS

La réadaptation au travail du mutilé ayant été effectuée, il convient d’assurer son placement.

Parmi les emplois qui sont accessibles aux mutilés, nousdistingueronsd’une part,les fonctions Pubitue, d’autre part, les emplois privés.

1° Les Fonctions publiques

Le Parlement a résolu la question en votant sur la proposition de M. Labroue, député, la loi du 15 avril 1916, « réservant les emplois aux militaires et marins, réformés ou retraités pour blessures de guerre ».

L'article 1°" de cette loi est ainsi conçu :

« Les militaires des armées de terre et de mer, réformés numéro 1 ou retraités par suite d’infirmités : résultant de blessures ou de maladies contractées devant l’ennemi, au cours de la guerre actuelle, - bénéficieront, à partir de la publication du règlement

es 94 —

d'administration publique prévu par la présente loi et pendant un délai de cinq ans, à dater de la cessation des hostilités, d’un droit de préférence pour l'obtention de tous les emplois réservés par les tableaux E, F et G annexés à la loi du 21 mars 1905 qui ne nécessitent pas l'intégrité de forces physiques, . quels que soient, d’ailleurs, leur grade et la durée de leur service. Ce droit de préférence s’exercera tout d’abord en faveur des pères des familles les plus nombreuses.

« Les militaires ci-dessus désignés pourront être admis au bénéfice de ces emplois, alors même qu’ils auraient, le 1° août 1914, date du décret de mobilisation des armées de terre et de mér, dépassé la limite d’âge telle qu’elle est fixée par l’article 14 du règlement d'administration publique du 26 août 1905 rendu en exécution de l’article 69 de la loi du 21 mars 1905. »

Le règlement d'administration publique du 10 juillet 1916 précise les mesures nécessaires à l’application de la loi du 17 avril 1916 et énumère notamment les catégories de blessures et d’infirmités permettant de concourir à l’obtention d’un emploi réservé.

Certes, on ne peut que rendre hommage à la pensée du législateur, qui a voulu assurer un gagne-pain honorable et rémunérateur à une catégorie fort intéressante de mutilés, nous voulons dire ceux que leurs blessures rendent inaptes à un trop lourd effort

manuel et aussi ceux qu’une certaine éulture intellectuelle désigne pour les occupations de bureau. Mais combien ici recommanderons-nous la prudence.…

N’avons-nous pas déjà assez de 850.000 fonctionnaires qui figurent aujourd’hui au budget ? Peut-on ne pas trouver suffisant ce mécanisme énorme et compliqué de notre bureaucratie, absorbant une quantité prodigieuse de forces vives et rendant peu de besogne vraiment utile ?

Est-il sage de faire, sans un scrupuleux discernement, luire aux regards des mutilés le mirage décevant des fonctions publiques et ne vaut-il pas mieux les prévenir qu’en recherchant les emplois de l'Etat, ils se heurteront à des compétitions rendues redoutables par le nombre forcément restreint des places à pourvoir ? Ne serait-il pas moral de les prévenir que peut-être ils y risqueront leur indépendance ?

: Mieux vaut, croyons-nous,diriger le mutilé vers les professions industrielles, commerciales ou agricoles. C’est là, en effet, qu'est l’avenir non seulement de chacun de nous, mais plus encore de la nation entière.

La guerre qui, avec tant de deuils et de désastres, nous a apporté de si hauts enseignements, a démontré l’absolue nécessité, pour un homme, de savoir faire œuvre de ses mains, sans que l'intelligence en souffre, sans qu’il en résulte une déchéance. La nouvelle stratégie a prouvé à tous que l’adresse manuelle

po 96 — constitue, au contraire, une supériorité, une nécessité absolue dont on ne s'était pas jusqu'ici suffisamment avisé. |

Notre pays, par le génie même qui lui est propre, ne manquera jamais de sujets d’élite qui se sentiront appelés par les carrières libérales. C’est vers le travail de l’industrie, versle travail manuel, qu’il convient d'attirer de préférence les jeunes hommes de la génération actuelle.

Pour cela il est nécessaire d’honorer l’industrie, de glorifier le travail manuel.

Une des illustrations du barreau français, Me Chenu, a dit excellemment :

« Il ne suffit pas d’honorer le travail manuel chez les autres, en le dédaignant pour soi-même. Il y faut encore encourager nos enfants, leur enseigner qu’un homme n’est complet que s’il réunit dans une harmonie parfaitement réalisable le fonctionnement du cerveau et des membres, qui lui ont été donnés pour qu'il s’en serve. Ce n’est pas le retour à l’état primitif, C’est la mise en œuvre de toutes les ressources de l'individu qui recueille à la fois le bénéfice acquis de plusieurs siècles de science, de progrès et d'art et le bienfait de sa force et de son adresse entretenues et améliorées (1). »

D'ailleurs n’avons-nous pas, dans l'avenir, dans

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