‹ Le Mutilé de la Guerre dans l'IndustrieChapitre 35 sur 55 · L’Intransigeant du 11 février · texte numérisé non relu

L’Intransigeant du 11 février

l’après-guerre surtout, à nous préoccuper de la maind'œuvre aussi bien pour l’agriculture que pour l'industrie ? N’avons-nous pas à combler les vides que les affreuses tueries ont faits de toutes parts ? Tous nos efforts ne doivent-ils pas tendre à appeler sur nos terres, dans nos manufactures, dans nos ruches métallurgiques, dans toutes les branches de la richesse nationale le plus d'énergies possible ?

Après la guerre, la nécessité s’imposera de refaire les patrimoines, de réparer les usines, de rétablir les industries disparues, d’en créer de nouvelles, de nous assurer des débouchés plus nombreux, de sortir, en un mot, nos usiniers, nos négociants, nos agronomes de l’état d’infériorité où les dernières années semblaient les avoir placés vis-à-vis des autres nations.

Le 7 juin 1915, le Chancelier d'Allemagne se croyait autorisé à dire aux membres du Reichstag « Reconnaissez vous-mêmes ce que nous devons à notre industrie, qui s’est mise à la hauteur de tous les besoins de la guerre et qui a accompli une besogne formidable. Sans notre industrie, nous aurions depuis longtemps perdu la guerre (1). »

Le Chancelier Bethmann aurait été plus près de la vérité en affirmant que c'est avant la guerre, et

1. Astier, sénateur, Conférence àila Ligue de l'Enseignement, mars 1917.

dans sa préparation, que l’industrie allemande avait ‘réalisé ses efforts les plus efficaces, les plus dangereux pour la France et ses alliés.

En tous cas, nous avons d’excellentes raisons pour déclarer que, si les événements que nous aurions dû plus attentivement prévoir nous ont surpris, notre industrie s’est mise elle aussi à la hauteur des circonstances. Elle n’a rien négligé pour réparer le temps perdu et elle nous a placés, dès maintenant, en ‘bonne posture. Elle nous a permis de nous défendre avec avantage. Elle fera plus. Elle nous donnera, avec la vicloire certaine, le rang qui nous rendra maîtres de l’avenir. Mais, pour cela, il faut que tous les efforts de l'Etat et des initiatives privées tendent à porter au maximum possible la main-d'œuvre industrielle, commerciale et agricôle.

Les emplois privés

Pour tous les motifs que nous venons d'exposer, il importe de réserver les fonctions publiques et, particulièrement celles qui s’accommodentde moyens physiques réduits,auxmutiléstrèsgravement atteints, et encore à condition qu'ils en soient ‘ntellectuellement capables, et de diriger vers l’industrie d’agriculture ou le commerce tous les mutilés susceptibles d'y occuper un emploi.

Comme pour le problème de la rééducation professionnelle, il y a eu, dans cette voie, une collaboration étroite des initiatives privées et des pouvoirs publics.

Initiatives privées. — Dans son rapport sur les propositions de lois Pressemane et Viollette, M. Durafour rend hommage à l’ingéniosité et au dévouement des initiatives privées.

La plupart des Sociétés de rééducation se sont préoccupées de trouver des emplois aux blessés rééduqués. A côté de ces Sociétés, nous citerons, avec M. Durafour, parmiles œuvres, dues à linitiative privée, qui s'occupent plus particulièrement du placement des mutilés, les principales organisations suivantes :

Les deux écoles professionnelles créées à Lyon par H. Herriot, complétées par une sorte de bureau de placement, — l’Institut agricole des mutilés, à Limonest,— la Société d'Assistance et de Patronage pour les sourds muets et les aveugles du Rhône, à Villeurbanne, — la Société Valentin Hauy pour la rééducation et le placement des mutilés aveugles ou sourds.

Dans les Bouches-du-Rhône, à Marseille, la Société pour la défense du commerce et de l’industrie, fondée en 1866, s'occupe du placement des mutilés. |

Dans la Haute-Garonne, l'œuvre des mutilés assure le placement dans toute la 17° région. Ù

Dans la Loire, à Saint-Etienne, un comité de

+ RE: 100 rs

patronage comprenant les principales notabilités de l’industrie, du commerce et des services publics s’occupe du placement des mutilés qui sortent de l’école de rééducation créée dans ce département.

Dans la Haute-Vienne, l’œuvre d'assistance aux invalides et mutilés de la guerre a organisé un office central de placement.

Pouvoirs publics. — Du côté des pouvoirs publics on constate la même préoccupation d’assurer le placement des mutilés dans les emplois privés.

Cette préoccupation apparaît, pour la première fois, dans la circulaire du 29 décembre 1915 du ministre du Travail et est précisée dans celle du 10 février 1916.

« La question s’est posée, déclare le ministre, de « savoir s’il y avait lieu pour les pouvoirs publics de «créer des institutions spéciales pour le placement « des réformés et mutilés de la guerre. Après un «examen approfondi de la question, il a paru à « M. le Ministre de la Guerre et à moi que, lorsqu'il « s'agissait — et c’est heureusement le cas le plus « fréquent -—-de réformés ou de mutilés susceptibles « d’être employés à nouveau dans des conditions à « peu près normales, la question du placement se « posait de la même façon que pour les travailleurs « ordinaires. »

De son côté, le ministre de la Guerre a organisé un service spécial de placement, qui a déjà donné des

résultats appréciables. En six mois d'activité, il a fourni un emploi à 1.564 soldats, et il a disposé de 4.618 offres de travail.

« Le sous-secrétaire d'Etat des munitions, comme l'écrit M. Durafour, s'est également préoccupé de favoriser l’emploi aussi large que possible des mutilés et réformés de la guerre dans les usines qui travaillent pour son administration. Il a prescrit aux contrôleurs de la main-d'œuvre de veiller tout spécialement au placement de ceite catégorie si importante de travailleurs. Des résultats appréciables ont déjà couronné ses efforts. A l'heure actuelle (septembre 1116), plus de 200 mutilés sont occupés dans les ateliers de la guerre à Toulouse. »

Enfin, nous insisterons plus particulièrement sur l'Office National des mutilés et réformés de guerre créé par arrêté interministériel du 2 mars 1916, portant la triple signature du ministre du Travail, du ministre de la Guerre et du ministre de l'Intérieur, et dont l’organisation a été précisée par les arrêtés interministériels des 16 mars et 11 mai 1916.

Office National des Mutilés et Réformés de la Guerre

L'Office National, qui a son siège, 95, Quai d'Orsay, à Paris, a pour mission de coordonner, en vue d’une action commune, les efforts des administra-

J.-B. Fauré ”

Page 1