‹ Le Mutilé de la Guerre dans l'IndustrieChapitre 44 sur 55 · Rapport déjà cité · texte numérisé non relu

Rapport déjà cité

III. — Rapport des mutilés avec les ouvriers valides.— Les contre-maîtres. — Les Inspecteurs du travail.

Il est infiniment heureux de constater que, d’une façon générale, les ouvriers valides ont reçu avec sympathie leurs camarades blessés. Ils les ont guidés à leur arrivée à l’usine, ils les ont entourés de soins, ils ont facilité leurs débuts. Les exemples de touchante solidarité sont nombreux. En sera-t-il toujours ainsi ? Beaucoup en doutent.

Il faut compter avec l’oubli des malheurs. Certes la solidarité nationale subsistera toujours. Mais

‘lorsque la lutte économique reprendra dans toute

son âpreté, il faudra veiller aux bons rapports des mutilés avec les travailleurs valides et il faudra préserver les premiers de tous les dangers d’une concurrence sans merci. Parlant des premières étapes de la rééducation,M. Souchon ne craignait pas de dire : « I y a d’abord de grands inconvénients à mettre l’amputé au milieu d'ouvriers valides. C’est lui rendre la rééducation plus pénible. Les mutilés souffrent beaucoup dans leur amour-propre. Quand ils sont entr’eux, la communauté de l'épreuve est un élément de consolation. Puis les ouvriers valides n’auront pas toujours pour eux les ménagements nécessaires. Les mieux intentionnés se laisseront aller à des brus-

queries, parfois à des moqueries. Nous avons vu déjà que quelquefois, les malveillances sont prêtes à se faire jour » (1).

Lorsque l’ouvrier mutilé sera rentré dans l’usine, il importe qu’il y reçoive l’accueil dont il est digne, que ses camarades le considèrent comme un travailleur normal, égal à eux. D'ailleurs il arrivera souvent que, grâce à sa rééducation technique, le réformé aura acquis bien des connaissances qui manqueront à son camarade valide. Dans ce cas, il ne faut pas qu’à rebours il suscite une jalousie malsaine M. Souchon, dans sa conférence à laquelle nous avons fait de si larges ;emprunis, a mis ce point en lumière : «Les ouvriers doivent se dire qu’en face de camarades leur revenant infirmes parce qu’ils ont défendu la France, il y aurait mieux à faire que placer la phraséologie syndicaliste contre la sousconcurrence. Ils doivent comprendre que le devoir de solidarité, même de solidarité ouvrière, est d’accueillir ces hommes, de leur faire facile le retour à l'atelier, et non pas de les en écarter. On ne pourrait pourtant, sans excès de confiance idéaliste, penser que tout se résoudra par des générosités » (1).

Dans ce domaine, nous avons déja les résultats de l'expérience.

Malheureusement il faut reconnaître que des

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