Rapport déja cité
L'intérêt de cette question a été signalé par le sous-secrétaire d’État de l’Artillerie et des Munitions, qui écrivait, le 18 juin 1916, aux fournisseurs de la guerre : « Je vous signale que, dans de nombreux ateliers, des dispositifs ingénieux sont en usage pour permettre à tel mutilé de produire, par quelque autre moyen, le mouvement ou l'effort qu’il ne peut demander au membre dontilest privé. Dans ce sens la Société d’Encouragement pour l'Industrie nationale, désireuse d’affirmerl’importance qu’elle attache à cette question, a décidé que la plus grande partie des fonds qu’elle consacre annuellement à des encouragements à l’industrie ou à l’agriculture, serait, jusqu’à nouvel ordre, consacrée à provoquer, encourager et récompenser les recherches méthodiques et les inventions qui permettront, à tous ceux dont les facultés de travail auront été réduites par des blessures de guerre, de reprendre un travail rémunérateur. Dans le même ordre d'idées, j'ai décidé d’accorder désormais des gratifications aux ouvriers qui auront imaginé des dispositifs intéréssants, susceptibles de faciliter le travail des mutilés ou d'éviter les accidents dont ils pourraient être victime ».
Les résultats déjà obtenus dans la voie indiquée par le ministre sont des plus encourageants.
Nous citerons seulement quelquesexemples, parmi les nombreux perfectionnements apportés à l’outillage des mutilés.
« C’est ainsi, qu'aux machines de perçage du corps de la fusée le levier d’effort, destiné au bras droit, a été déplacé à main gauche pour les amputés du bras droit. Un ressort a même été ajouté pour que le perçage terminé, le levier retombe automatiquement en arrière, soulageant ainsi l'ouvrier d’un petit effort qui à la longue, finirait par compter dans sa fatigue » (1).
Le journal l’Auto à signalé également deux appa-,
reils intéressants.
Tout d’abord un appareil imaginé par M. Périllé, qui permet à tout homme privé du bras gauche de conduire une automobile, un tramway et, d’une facon générale, d'agir avec son membre mutilé sur un levier quelconque et d’en produire la manœuvre.
« Sans transformation, l’appareil permet en même temps de manier les leviers de changement de vitesse et de freins de manœuvre, de signaux, d’aiguillage, de transbordeurs, etc.., avec une légère transformation, le terrassier fera usage de la pelle et de la pioche, le ferblantier, le maraîcher, le cultivateur, l’ajusteur, le tourneur, le forgeron, le balayeur, -le cantonnier, etc. pourront reprendre leurs anciennes occupations. En deux mots, l'appareil consiste en une sorte de chapeau qui coiffe le levier, s’y
1. L’Usine. — L'Emploides Mutilés dans les Usines, déjà cité.
adaptant fort bien, en permettant le déplace-
ment» (1).
Quelques mois plus tard, /’Auto signalait un nouvel
appareil inventé par M. Baudry, ingénieur, laissant
au mutilé d’une jambe la faculté de devenir ou de rester conducteur d’automobile, grâce à un dispositif spécial : &« les pédales de balayage et de freinage sont remplacées soit toutes deux, soit une seulement des deux, par un mécanisme actionné : par la main, et même, ceci est tout à fait original, par le dos : on pourrait croire qu'ilen résulte une diminution de force ou d’habileté ; il n’en est rien, puisque la ville de Paris elle-même a confié des balayeuses-automobiles, modifiées selon le système de M. Baudry, à des mutilés qui s’en servent au mieux » (2).
On comprendra aisément que ce dispositif peut être appliqué, non seulement aux automobiles, mais à toute machine de l’industrie dans laquelle l'ouvrier normal manœuvre à des pédales. ;
Bien entendu, il sera nécessaire, pour assurer la meilleure utilisation de ces machines spéciales, de constituer pour chacune d'elles une équipe assortie pour le travail de jour et le travail de nuit. À un ouvrier amputé du bras droit, il faudra trouver un