‹ Le myosotis (volume 2)Chapitre 70 sur 73 · LE NEVEU DE LA FRUITIERE · texte numérisé non relu

LE NEVEU DE LA FRUITIERE

toute la dextérité et l'aplomb d'une vieille sorcière, et, rassurée, lui souriait de sa fenêtre comme une reine du haut de son balcon.

Cet instinct belliqueux ne fit qu'augmenter avec l'âge. Si bien qu'à dix ans, il fut nommé, d'une voix unanime, général en chef par la moitié des bambins de iMontreuil qui disputaient alors, séparés en deux camps, la possession d'un nid de merle. Inutile de dire qu'il justifia cette distinction par des prodiges d'habileté et de valeur. On prétend qu'il lui arriva même de gagner quatre batailles en un jour, fait inouï dans les annales militaires. (JVapoléon lui-même n'alla jamais jusqu'à trois.) Mais son haut grade et ses victoires ne rendirent pas Lazare plus fier qu'auparavant, et tous les soirs le baiser filial accoutumé n'en claquait pas moins franc sur les joues de la fruitière. Mais hélas ! la guerre a des chances terribles, et un beau jour le conquérant éprouva une mésaventure qui faillit le dégoûter à jamais de la manie des conquêtes. Voici le fait : comme il se baissait pour observer les mouvements de l'ennemi . la main appuyée sur un tronc d'arbre et à peu près dans la posture de Napoléon pointant une batterie à Montmirail , le pantalon du général observateur craqua, et se déchira par derrière, où vous savez, laissant pendre et flotter un large bout de la petite chemise que ]Marthe avait blanchie et repassée la veille. A cette vue, les héros de Montreuil pouffèrent de rire, aussi fort que l'eussent pu faire les dieux d'Homère, grands rieurs comme chacun sait L'armée se mutina, le général eut beau crier comme Henri IV dont il avait

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