ENVOI
Ma chansonnette, prends ton vol !
Tu n'es qu'un faible hommage; Mais qu'en avril le rossignol
Chante, et la dédommage; Qu'effrayé par ses chants d'amour,
L'oiseau du cimetière, Longtemps, longtemps se taise pour
[.a ferme et la fermière !
Janvier 18:^6.
SI vous Al'AlMfFZ
Ménestrel qui vais par le monde, N'ayant rien que mon gai savoir, Si vous m'aimiez, ô belle blonde, Je me croirais un ricbe avoir;
Comme Pétrarque aux pieds de son idole,
A vos genoux courbé bien bas, bien bas,
.l'oublirais tout, voire le Capitole,
Si vous m'aimiez... mais vous ne m'aimez pas
Si vous m'aimiez, o belle blonde, De vos baisers seuls j'aurais faim , Et, sourd à son voisin qui gronde.
Mon cœur s'enivrerait enfin ; Cœur mendiant, il va de femme en femme Criant misère, et sans secours, hélas!
T.e pauvret meurt : il renaîtrait, madame, Si vous m'aimiez... mais vous ne m'aimez pas.
SI \ ois MAlMli:/.
Kt mes chansons fraîches écloses ,
\u vent du matin et du soir,
Iraient à vous comme les roses
Qui pleuvent devant Tostensoir.
f^irifiant l'air de Paris, madame, Où vous iriez j'irais, et, sur vos pas. Comme un parfum je brûlerais mon ame, Si vous m'aimiez... mais vous ne m'aimez pas.
Sur vous, grand'dame que l'on flatte.
Un lorgnon d'or s'est promené,
VA par le nœud d'une cravate
Voilà votre cœur enchaîné.
D'un plus heureux que l'hommage vous plaise. Souriez-lui, marchez fière à son bras.
Son bras! demain je saurais ce qu'il pèse. Si vous m'aimiez... mais vous ne m'aimez pas.
A UNK DAME
Oui ss plai^nail de voir s'jx Tuileries sa chaise entcur?^ de jeunes gens.
Blonde à Toeil bleu, lys tremblant sur sa tige, Vous vous plaignez, lorsque prenant l'éveil Autour de vous la jeunesse voltige Comme un essaim qui bourdonne au soleil. Plaignez un peu les jeunes cœurs sans nombre En plein midi soupirant sur vos pas ; Plaignez surtout ceux qui battent dans l'ombre, Belle, mais ne vous plaignez pas!
l.KS I>Kl \ A MOI IIS.
Pourquoi donc, jeune Laïs, Rêveuse au bord de ma couclie, Sur mes amours au pays M'interroger bouche à boucbe?
T'ai, pour eux, dans nos déserts Chanté sur toutes les notes.. .
^fais, à propos de mes vers, Faites donc vos papillottes.
Vous soupirez, et pourquoi.^
Riez vite,
Ma petite :
Vous soupirez, et pourquoi ?
Riez vite, et baisez-moi.
Une anse sut nie charmer.
Une ange au cfcur pur et tendre:
De loin, content de Taimer, De la voir et de l'entendre
LES DELX AMOIRS: U9
.le la suivais sans repos, Et mes lèvres enfantines Baisaient sa trace.. A propos, Délacez donc vos bottines.
Vous soupirez, et pourquoi?
Riez vite,
^la petite :
Vous soupirez, et pourquoi ?
Riez vite et baisez-moi.
De sa bouche quand j'ai su Obtenir enfin : Je f aime!
Les mains jointes j'ai reçu Son baiser comme un baptême ; .T'ai, le front sur ses genoux, Prié des heures entières...
A propos, qu'attendez-vous?
Otez donc vos jarretières.
Vous soupirez, et pourquoi?
• Riez vite, Ma petite :
Vous soupirez, et pourquoi ?
Riez vite et baisez-moi.
Oh! si j'avais par hasard Effleuré de mon haleine , Profané de mon regard Son sein rond sous la baleine , J'aurais dit cent fois : Pardon !
Moi, bâtard de Diogène...
l.îd
i.ts i)i:r\ AMoiP.s \ propos débouclez doue La ceinture qui nous uène. Vous soupirez, et pourquoi .'
Riez vite ,
Ma petite :
\ ous soupirez, et pourquoi?
I\iez vite et baisez-nioi.
Ces beaux jours sont envoie- :
Que le souvenir en meure.
Lorsque vous me consolez , Peut-être qu'en sa demeure.
Helas! son oubli m'absout De mon plaisir infidèle :
Amours purs, croyances, tout S'étemt... soufllez la chandelle, ^ ous soupirez, et pourquoi?
Riez vite ,
Ma petite • Vous soupirez, et pourquoi?
Riez vite et baisez-moi.
i.KS COMES.
Orplielin, sous un ciel avare.
Radclitïe m'a donné son lait ; Puis, de la reine de Navarre Je devins amant et varlet.
Scherazade est ma favorite, Et la nuit, rimeur ennuyé,
Sur ma petite
Couche d'ermite ,
Quand je m'agite ,
Si par pitié La sultane entrait chez moi , vite Elle en obtiendrait la moitié.
Je préfère un conte en novembre Aux doux murmure du printemps.
Bons amis qui peuplez ma chambre, Parlez donc, j'écoute et j'attends.
»ôi i.i:s <:o.\TES.
Tombant des tréteaux de la foire.
Ou glissant du soplia des cours.
Que votre histoire
Soit blanche ou noire,
('hante la gloire
Ou les amours; \ ieil enfant, je promets d'y croire : (Montez, amis, contez toujours.
Kn tremblant voilà qu'un beau page K sa dame écrit ses douleurs ; 11 écrit, et sur chaque page Képand moins de vers que de pleurs.
Pauvre Arthur ! son teint frais se plombe 3Iais en roucoulant sous les tours ,
Tendre colombe.
Quand il succombe
T'n baiser tombe
Sur ses yeux lourds ; Ce baiser l'enlève à la tombe...
— Contez, amis, contez toujours.
Pèlerin, dans l'hôtellerie.
Vois : de sang les draps sont tachés ;
Aux trous de la tapisserie
Vois les yeux des brigands cachés.
Hélas! suffoqué par la crainte.
Contre eux il sanglote : Au secours!
Mais minuit tinte!.
De leur atteinte,