INTRODUCTION. XV
trouve avec plaisir tous ces récits dans lesquels se sont perpétuées les légendes , ou sacrées ou profanes, qui ont été si célèbres en Europe pendant le moyen-âge. Ainsi comme romans de chevalerie , ce sont les conquêtes du grand roi Charlemagne et la fameuse histoire des quatre fils Aymon.C'estHuondeBordeauxoulaféeMélusine; dans les histoiresprodigieuses,c'estRobert-le-Diable,Richard-Sans- Peur, ou le géant Gargantua ; dans les légendes sacrées, c'est le Juif Errant, l'histoire des trois Maries , la grande Bible des Noels nouveaux. Enfin l'on y trouve, mêlées à des facéties grossières , à des satires ou des chansons relatives aux événements contemporains , ces récits traditionnels dont les moins anciens remontent toujours au XV« siècle, et dont le plus grand nombre touche au berceau de notre histoire (i). Telle est la véritable importance de cette Bibliothèque bleue, que l'on doit considérer comme étant la dernière forme de cette littérature romanesque si nécessaire à bien connaître quand on veut comprendre la vie privée de nos aïeux.
En réimprimant les ouvrages principaux de cette Bibliothèque , j'ai eu pour but de présenter un ensemble de nos plus anciennes traditions religieuses historiques ou romanesques, dans une forme et un langage qui, je le crois, sont accessibles à tous. Un caractère particulier distingue les différentes histoires dont la Bi-
(1) On peut voir en appendice, à la fin de cette introduction le catalogue del^Bibliothègue Bleue telle qu'elle était composée en 1665 au moment où la veuve Oudot devint chef de l'établissement. Il suIbI de comparer ce catalogue avec celui des anciennes bibliothèques d'àiraieurs les plus estimées pour s'assurer qu'Oudot continua la réimpression des ouvrages populaires pendant le xve et le xvie siècle.
\vj NOUVELLE BIBLIOTHÈQUE BLEUE.
bliothèque bleue se compose, c'est que jamais elle ne renferme aucune impureté ni rien de contraire aux lois sacrées de la morale et de la religion : toujours le crime est puni, la vertu récompensée. C'est un hommage qu'il faut rendre à cet instinct qui existe parmi le peuple, et qui le porte à n'admirer que les actions nobles et grandes.
J'ai faitobserver précédemment qu'un langage particulier dislinguoit les ouvrages dont se compose la Bibliothèque bleue. En effet, qu'on lise avec attention la vie de Robert le Diable^ par exemple, le plus ancien récit de ce volume, et l'on y trouvera certaines tournures de phrase, certaines expressions d'une simplicité naïve qui touche parfois à la niaiserie. Faire disparaître ces archaïsmes populaires , si je puis m'exprimer ainsi, pour y substituer un langage plus régulier, plus poli, mais aussi moins original, c'est enlever aux histoires de la Bibliothèque bleue une partie de leur mérite. Du reste il est bonde remarquer que ces fautes contre la grammaire n'ôlent rien à la clarté, à la précision du récit, qui sont portées à un très haut degré dans ces rédactions dont les auteurs resteront à jamais inconnus. Certains mots de notre vieux langage, encore usités parmi le peuple aujourd'hui, se retrouvent dans ces rédactions, comme des témoins chargés d'en attester l'ancienneté. J'ai eu soin de les reproduire, en expliquant toutesfois ceux qui ne peuvent plus être compris.
Les rédactions des différentes histoires de ce premier volume n'apparliennentpas à la même époque. Ainsi, les deux dernières, qui composent le Miroir des femmes vertueuses , remontent au commencement du xvi^ siècle. Celles de Robert le Diable, de Richard sans Peur et de Jean de Paris ont été écrites de i <; 1 5 à 1 660. C'est le type des histoires de