DIX-HUIT 4NS
Loin de la foule et loin du bruit des villes, Dieux ! laissez-moi respirer quelque temps. Le temps d'aller mourir aux Thermopyles : J'ai dix-huit ans !
jMais quel espoir ! la France jeune et fière S'indigne aussi de vieillir en repos :
Des cieux émus par quinze ans de prière La Liberté redescend à propos.
Foudre invisible et captif dans la nue, Hier encor, je te disais: Attends!
Mais aujourd'hui, parais ; l'heure est venue : J'ai dix-huit ans !
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CoMMi: l'Abellk' rii«;illve (^ui lait son miel en voyageant, Le chansonnier, de rive en rive, Va bourdonnant et voltigeant ; Comme elle, du myrte à la treille H recommence vingt détours :
Vole, vole, petite Abeille, Vole, vole, vole toujours.
— llélas ! je rampais, demi-nue.
Sans ailes d'or, sans aiguillon, Quand tout mon essaim, vers la nue, S'envola dans un tourbillon ; Mais Dieu me sourit, Dieu (jui veille Sur un insecte sans secours, Me dit : « Vole, petite Abeille, « Vole, vole, vole toujours.
« Loin des tourbillons de poussière « Que font les grands et leurs laquais, « Dans la mansarde ou la chaumière, « Murmure à de joyeux banquets ; « Mais, en fuyant, pique à l'oreille
92 l'abeille
« Les Midas qui peuplent les cours ; « Vole, vole, petite Abeille, « Vole, vole, vole toujours.
« Oui, garde bien, pauvre orpheline,
« Un dard caché pour les méchants ;
« Mais si quelque vierge enfantine
« Cueille des bluets dans les champs,
« Va bourdonner dans sa corbeille,
« Et fais-la rêver aux amours ;
« Vole, vole, petite Abeille,
« Vole, vole, vole toujours.
« Mon souffle a reverdi la terre « Teinte du sang des oppresseurs ; « Longtemps l'éclat du cimeterre « Sur l'Hymette effraya tes sœurs; « Mais à la Grèce qui s'éveille « La Liberté rend ses beaux jours :
« Vole, vole, petite Abeille, « Vole, vole, vole toujours. »
Moi, dans les paroles divines Je me confie, et, sans savoir Si sur des fleurs ou des épines Il faudra m'endormir le soir ; Quand vient la brise, je sommeille ¥a je m'abandonne à son cours :
Vole, vole, petite Abeille, Vole, vole, vole toujours.
LES iMODISTES HOSPITALIERES