ANECDOTE DE JUILLET
U>- pauvre diable de héros, Laissé pour mort la veille, Dans un bon lit, Irais cl dispos,
Tout à cou[) se réveille.
Il admire, en se récriant, Des nymphes au minois riant,
Friand :
Oh ! oh ! oh ! oh ! ah ! ah ! ah ! ah ! Quel joli couvent c'était là, La la !
« Paix donc ! » murmure avec douceur Quelqu'un près de sa couche;
Et puis la bouche d'une sœur Vient lui fermer la bouche.
De ce rappel au règlement
Le mode lui sembla vraimeni Charmant :
Oh ! oh ! etc.
94 LES MODISTES HOSPITALIERES
A SOU lit point de noir abbé, Point de docteur profane,
Dans les mains d'une sainte Ilébé, En guise de tisane,
Le convalescent défailli
Voit mousser d'un œil ébahi L'aï :
Oh : oh ! etc.
Miracle ! le voilà guéri !
Et deux nonnes «îentilles Ofirent au jeune homme attendri
Leurs bras nus pour béquilles.
Sur ce bâton, sans se blesser, On le vit parfois se laisser
Glisser.
Oh ! oh ! etc.
Le chroniqueur, un peu succinct,
^»'e dit pas et j'ignore Quel est dans ce cloître le saint
Que la récluse adore; Mais les bons cœurs le béniront.
Mais les chrétiens qui me liront
Diront : Oh ! oh ! oh ! oh ! ah ! ah ! ah ! ah ! Quel joli couvent c'était là
La la!
LfN SOUVENIR A L'HOPITAL
SIR ce grabal chaud Je mon ajj;onIe, A la Pitié je donne encor des pleurs ; Car un parfum de gloire et de génie Est répandu dans ce lieu de douleurs : C'est là qu'il vint, veui de ses espérances, Chanter encor; puis, prier et mourir: Et je répète en comptant mes souffrances: Pauvre Gilbert, que tu devais souffrir !
Ils me disaient : « Enfant, suis ton étoile, Nous serons là pour frayer ton chemin. » Ils le disaient, et mon astre se voile, Et la Pitié seule me tend la main ! Tremblez, méchants! mon dernier vers s'allume. Et, si je meurs, il vit pour vous flétrir... Hélas ! mes doigts laissent tomber la plume : Pauvre Gilbert, que tu devais souffrir !
Si seulement une voix consolante Me répondait quand j'ai longtemps gémi ; Si je pouvais sentir ma main tremblante Se réchaufFer dans la main d un ami !
96 V>' SOUVEMR A l'hôpital
Mais que d amis, sourds à ma voix plaintive. A leurs banquets ce soir vont accourir, Sans remarquer l'absence d'un con^^ve!... Pauvre Gilbert, que tu devais souffrir !
J'ai bien maudit le jour qui m'a vu naître; Mais la nature est brillante d'attraits, Mais chaque soir le vent à ma fenêtre Vient secouer un parfum de forêts.
3Iarcher h deux sur les tleurs et la mousse, Au fond des bois rêver, s asseoir, courir. Oh ! quel bonheur ! oh ! que la vie est douce ! . Pauvre Gilbert, que tu devais souffrir !
LE HAMEAU INCENDIE
DANS ces bois où souvent une muse chérie S'est révélée à moi comme une autre Egérie, Hier, épouvanté, je vis à l'horizon Où riait un hameau, fumer un noir tison, Et j'osai blasphémer : « Oh ! si j'étais l'Archange Que Dieu fait voyager dans nos chemins de fange, Le visiteur sanglant que, pour sauver les siens, 11 envoya heurter aux seuils égyptiens, Du moins je choisirais avec intelligence La place où doit frapper le glaive de vengeance, Et je respecterais le toit patriarcal Dont le poteau reçut le baptême pascal. Je balaîrais du sol, au vent de ma colère. Les nouveaux Balthazars que le monde tolère. Et, sur les noirs débris de leurs palais en feu, Je graverais ces mots : « Tyrans, il est un Dieu ! » Mais si je rencontrais, errant de plage en plage, Dans un désert en fleurs l'oasis d'un village. Où, du travail des jours se délassant le soir. Les vierges vont danser et les vieillards s'asseoir. Tribu qu'un long soleil vit marcher haletante, Ll qui, trouvant enfin où déployer sa tente,
LE HAMEAU INCENDIE
Respire la fraîcheur sous le figuier des puits, Je leur dirais : « Enfants, paix et courage, » et puis. De peur d'en égarer sur eux les étincelles, Je passerais bien vite en repliant mes ailes. »
Mais l'Ange fut aveugle, et le hameau détruit !
O Fontaine-Riante ! il passait chaque nuit Dans tes chemins obscurs tout noirs de graminées, Des brodequins furtifs, des jambes avinées ; Chaque brise envoyait à tes échos dormants Des refrains de buveurs et des soupirs d'amants. Tu chômais une fête éternelle et paisible. Et dans le fond des bois ton orchestre invisible Semblait au voyageur, épiant chaque son. Un nid mélodieux caché dans un buisson.
Embaume de tes fleurs la jeune fille morte, O Muse ! elle a passé dans l'ombre ; mais qu'importe? Quand un tourbillon gronde et ravage, souvent. Dédaigneux des palais qui croulent à sa vue. Le poète rêveur suit des yeux, dans la nue, La feuille qui tourne au vent.
Quand ses pas cadencés foulaient la molle arène, La veille encor, du bal on la saluait reine : Elle entraînait les cœurs dans son joyeux essor ; Mais tout sceptre est fragile, et les Parques moroses Plélas ! foulent aux pieds les couronnes de roses Comme les diadèmes d'or.