‹ Le myosotisChapitre 14 sur 52 · I.K HAMKvr INCKNDIE · texte numérisé non relu

I.K HAMKvr INCKNDIE

Nul pressentiment froid n'a «;Iacé son épaule ; Klle ne chanta pas la romance du s<tiilc, Comme Desdemoiui sur sa couche d'hymen: Non, dans ses souvenirs s'endormant satisfaite, Aux voluptés du bal, à sa robe de fête, Elle semblait dire: « A demain. »

L'espérance et l'amour l'ajjfitaiont : douces fièvres! Les syllabes d'un nom s'échappaient de ses lèvres, Quand, tout à coup, du seuil qu'il venait d'embraser, Le feu, comme Othello, bondissant sur sa couche, Interrompit le mot commencé par sa bouche. Et l'étoufla dans un baiser.

Maintenant, dites-moi ce qu'elle est devenue. Peut-t^tre louions-nous sa poussière inconnue : La flamme s'acharna sur ce corps frais et beau, Et, (juand on éteijjnit le bûcher funéraire. Horreur ! il n'en restait pas même de quoi faire Un cadavre pour le tombeau.

Plaignons aussi, mêlant ce que le Destin mêle. Dans cet auto-da-fé son père mort comme elle. Et sa mère surtout, sa mère qui la vit Dans son linceul brûlant se débattre... et qui vit ! (^'est assez : détournons les yeux de cette rive Où la voix de Rachel qui sanglote m'arrive, Où l'on heurte du pied des débris et des os, Où les âmes des morts pleurent dans les roseaux, Où, dans les doux parlums ({ue la brise promène, On craint de respirer ime poussière humaine.

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100 LE HAMEAU INCENDIE

Frères, dans votre cœur mon cantique de mort Réveillera du moins des douleurs sans remord ! Oh! si mes chants obscurs s'élevaient jusqu'au trône, A l'avare Trésor j'arracherais l'aumône ; Au Soleil de Juillet, nous verrions du tombeau Le village phénix ressusciter plus beau ; Dans ce mois qu'on dédie à la Liberté-Reine, Elle-même à l'enfant servirait de marraine. D'un souvenir de gloire ennobli pour toujours, Il serait appelé le hameau des TROIS JOURS ! Et vous dont le shako, civil ou militaire, Etincela dans l'ombre au reflet du cratère, Artisans dont le feu tatoua les bras nus, D'une Iliade obscure Achilles inconnus, Sur vos seins fraternels, sillonnés par la flamme, Les roses de l'honneur pleuvraient comme un dictame.

Aux malheureux chassés de leurs toits en débris, Hélas! ouvrons du moins nos foyers pour abris; Ne laissons pas, semblable au voyageur biblique. Le pèlerin gémir dans la place publique. Riches, dont l'existence est un banquet sans fin. C'est à vous de jeter à la soif, à la faim, Les miettes du gâteau que votre main découpe, L'écume du nectar débordant de la coupe. Je ne vous dirai pas, comme le vieux curé. Que Jésus mendiant pleure, transfiguré ; Je ne vous dirai pas : « Pour que Dieu vous pardonne. Donnez, car c'est à lui que la charité donne ; Au suppliant qui frappe, ouvrez, car le grillon Est propice au foyer, la cigale au sillon ;

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(iar le bonheur sourit aux loils que riilronclelle Këjouit de ses chauls el caresse à coups d'aile... » Non ; car dans tous les cunns la vieille loi s'endort ; Kt sur 1 autel désert on a mis le Veau dOr. .le dirai seulement : « Donnez, pour que la foule Oublie, en le baisant, que votre pied la foule ; l*our que votre or, sué par tant de malheureux, l^toulFe leurs soupirs en retombant sur eux ; Pour que volic l*acl()lc, utile dans sa course, Fasse, comme le >il, perdre des yeux sa source, Kt pour (|uc le passant vous tende un jour la main, Si votre char vous jellc aux cailloux du chemin : Donnez, car, agitant des torches funéraires, Le spectre de Babœul prêche des lois agraires; Le sol est un volcan ; il tremble, et, comme Dieu, l-a Raison vous dira : « L'aumône éteint le feu. »

(^uant à moi, pèlerin, jouet de la fortune, Qui me chauffe au soleil et dors au clair de lune, Moi, quinaipourtoutbien, commeungueuxespagnol, Que mes chants, ma guitare, un beau ciel, un beau sol, Je n'ai pu leur jeter l'obole qui me manque ; Mais je quête en leur nom : sans puiser à la Banque, Mon portefeuille est riche, el de ses plis ouverts J'ai secoué sur eux nies seuls trésors : des vers.

19 juillet 1833.

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