‹ Le myosotisChapitre 3 sur 52 · I.A S(H lus 111. ANCHE · texte numérisé non relu

I.A S(H lus 111. ANCHE

et la bonté faisaient ressortir leur malicf et leur laideur. Queltjues jeunes gens aussi, princes, sorciers et enchanteurs, dont Aiig»''lina, toute bonne qu'elle était, n'avait pu s'empêcher de railler quehpielois la sullisance, trutinpliaiont de sa conlusion. « Parole d'honneur ! répétait aux jeunes fées le prince Myrtil, qui n'était [)as sorcier, avec ses grands airs de vertu votre Angélina n'est qu'une bégueule. Ah ! elle a perdu sa baguette ! ... Eh bien ! figurez-vous, niesdaincs, (piun jour je m'avisai tie loucher à cette baguelle maudile, cl ipie la petite masque m'en donna sur les doigts si foil, si fort, (jue je fus un mois sans pouvoir nie servir d'un casse-noisettes. » Bref, la coupable lut traduite devant un tribunal présidé par la reine et composé de vieilles fées dont la baguette, devenue béquille, faisait peur aux enfants, qui n'avaient garde d'y toucher. La bonne Urgèle essaya vainement quelques observations en faveur de sa jeune amie : le délit était flagrant et la loi précise ; or, cette loi portait contre la condamnée une peine singulière : elle devait courir le monde un siècle durant, sous la forme d'un animal à son choix. Angélina fut quelque temps indécise : rossignol, elle eût chanté sous la fenêtre de la jeune fille qui veille et qui travaille au chevet de sa mère malade ; rouge-gorge, elle eût donné la sépulture sous des feuilles aux enfants éjiarés et morts dans les bois ; chien d'aveugle, elle eût présenté l'aumônière avec une grâce capable de toucher le cœur le plus dur et d'ouvrir la main la plus avare ; mais le privilège exclusif de pénétrer dans les greniers et les

prisons la tentait surtout et la décida. Et voilà, ma sœur, comme (/uoi la Fée des Pleurs fut changée en blanche sourette, et c'est ainsi qu'elle se promenait, depuis quatre-vingt-dix-neuf ans et plus, du palais à la prison (deux prisons bien souvent !) et, de douleur en douleur, rongeant sans pitié tous les mauvais livres (on n'en voit plus de ces souris-là) et grignotant parfois des arrêts de mort jusque dans les poches de Tristan.

Ce digne compère de Louis XI ne tarda pas à revenir au château, et son maître avec lui, et avec eux la défiance et la terreur. Cependant le prince n'en continua pas moins ses visites au prisonnier. Elles devinrent de jour en jour plus longues et plus fréquentes, et même, ce qui n'eût pas manqué d'éveiller les soupçons d'un enfant moins candide que le dauphin Charles, le geôlier, qui jusqu'alors n'avait été qu'à regret et qu'en tremblant complice de ces entrevues, semblait maintenant les encourager et les provoquer par sa complaisance. Un soir, ils causaient comme à l'ordinaire, Charles accoudé sur la partie saillante du guichet, et Blanchette trottant de l'un à l'autre et leur distribuant ses caresses avec une édifiante impartialité. La conversation, longtemps vagabonde, tomba enfin et s'arrêta sur les projets de Charles pour son règne futur. « Voyons, que ferez-vous quand vous serez roi ? dit gaîment le prisonnier, qui, plus vieux d'années et surtout de malheurs, avait dans la conversation une supériorité marquée sur son jeune ami. — Belle demande ! je ferai la guerre. » Nemours sourit tristement. « Oui,

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