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LES PETITS SOULIERS

Puis, secouant les souvenirs (|ui l'oppressaient, elle se leva :

« Qui m'aime me suive, mesdemoiselles; venez voir et choisir vos costumes. »

Kt, précédant le jeune et fol essaim, elle entra dans sa garde-robe. Toutes les jeunes filles ouvrirent alors des yeux émerveillés, comme le (ils du bûcheron descendu pour la première l'ois dans la caverne d'Ali-Baba. Il y avait là des gazes si légères, qu'elles se fussent envolées comme les fils de la Vierge, n'eût été le poids des pierreries qui les bordaient ; il y avait là des mantilles espagnoles, des mezzaros italiens, des peignoirs d'odalis([ues, tout imprégnés encore des parfums du luireiu et de la poudre d'Aboukir, et enfin, des robes de madone si belles, que la Vierge de Lorette elle-même ne les eût mises autrefois que le jour de l'Assomption.

« Prenez, enfants, dit la bonne impératrice, et amusez-vous bien. Je vous abandonne toutes ces belles choses qui vous font ouvrir de si grands yeux toutes..., hormis une seule, car celle-là m'est trop précieuse et trop sacrée pour qu'on y touche. »

Puis, voyant à ces mots la curiosité étincelante sous toutes les paupières: « Je puis cependant vous faire voir ce trésor », ajouta-t-elle.

Je vous laisse à penser, ma sœur, si l'imagination, cette folle du logis^ qui en est la maîtresse à quinze ans, prit ses ébats dans toutes ces têtes enfantines.

(,)u'était-ce donc que cette merveille qu'il était défendu de toucher quand on froissait à loisir tant de merveilles ?

Une robe couleur du temps, de la lune ou du soleil, comme dans Peau d'Ane.' Cet œuf d'oiseau qui, suivant les contes arabes, est un diamant et peut rendre invisible ? Un éventail fait avec les ailes d'un génie de l'Alhambra? Le voile d'une fée, ou bien quelque ouvrage plus précieux encore commandé par l'empereur à l'un de ses démons familiers, le petit homme rouge ou le petit homme vertP Qu'était-ce donc ?

Enfin, prenant pitié de la curiosité impatiente (lu'elle venait d'irriter elle-même avec une innocente malice, Joséphine fouilla dans un coin de sa garde-robe impériale et en lira

Ce n'était cette fois, ma sœur, ni un cadeau de Napoléon, ni l'œuvre d'un génie : c'était l'œuvre et le présent du marin breton, Pierre Hello, c'étaient les souliers de Marie-Rose.

Car, vous l'avez deviné déjà, l'impératrice Joséphine et la danseuse aux pieds nus ne sont qu'une même personne et qu'un même cœur. Quand l'épée de Bonaparte commençait à découper l'Europe comme un gâteau, ]o?,é^h\ï\e- Marie- Rose Tascher de la Pagerie, heureuse celle fois, eut la fève et régna. Elle régna longiemps ; mais voilà qu'un jour il se fit tout à coup une grande tempête en Europe ; les neiges de la Russie se soulevèrent d'elles-mêmes pour retomber en blanc linceul sur nos soldats ; les quatre vents nous soufflèrent des avalanches d'ennemis, et il y eut alors eu France, aux éclairs du sabre et du canon, et sous les lourds piétinements de la bataille, des tremblements de terre aussi forts

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(jue ceux des Antilles... Lorsqu'cnliii noire ciel redevint beau, la prédiction de la négresse était accomplie toute entière..., le grand condor foudroyé avait laissé tomber la rose, et la créole des Troisllels, deux lois reine, était morte dans la tempête!

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