‹ Le myosotis. Poésies inéditesChapitre 14 sur 108 · L INCENDIE · texte numérisé non relu

L INCENDIE

Maintenant, dites-moi ce qu'elle est devenue? Peut-être foulons-nous sa poussière inconnue : La flamme s'acharna sur ce corps frais et beau, Et, quand on éteignit le bûcher funéraire. Horreur! il n'en restait pas même de quoi faire Un cadavre pour le tombeau.

Plaignons aussi, mêlant ce que le Destin mêle, Dans cet auto-da-fé son père mort comme elle, Et sa mère surtout, sa mère qui la vit Dans son linceul brûlant se débattre... et qui vit! C'est assez : détournons les yeux de cette rive, Où la voix de Rachel, qui sanglote, m'arrive, Où l'on heurte du pied des débris et des os, Où les âmes des morts pleurent dans les roseaux, Où, dans les doux parfums que la brise promène. On craint de respirer une poussière humaine.

Frères, dans votre cœur mon cantique de mort Réveillera du moins des douleurs sans remord !

« Le feu ! le feu ! » ce cri résonna dans la ville Plus haut que le tocsin d'une guerre civile ; La terreur, ébranlant les portes sur leurs gonds. Fit bondir au danger cinq mille Ucalégons. Hélas ! cette bataille ardente, échevelée. Roula bien des héros perdus dans la mêlée. Du moins, reconnaissance à l'avant-garde, à ceux Dont l'appel remua les traînards paresseux,

A ceux qui, palpitants des passions d'un drame, Dans ce drame nouveau déployèrent tant d'âme, Hôtes qui dans nos murs ont conquis pour toujours Le droit de bourgeoisie au péril de leurs jours ! Sur les moellons brûlants, dans les flots de fumée, On eût dit qu'ils foulaient la scène accoutumée; Qu'en héros de théâtre ils affrontaient encor, Dans l'opéra d'Auber, un Vésuve en décor. Volcan de Ciceri, qu'un machiniste ferme, Et qui, sans l'effleurer, colore l'épiderme. Mais en vain mille bras épuisaient les canaux ; Il semblait qu'en poussant des rires infernaux Satan même attisât ce punch alcoolique.

Les torrents, que lançait la baliste hydraulique. Battant de tous côtés le chaume villageois, Irritaient dans son vol l'embrasement grégeois.

Oh ! si mes chants obscurs s'élevaient jusqu'au trône, A l'avare Trésor j'arracherais l'aumône; Au Soleil de Juillet, nous verrions du tombeau Le village phénix ressusciter plus beau ; Dans ce mois qu'on dédie à la Liberté-Reine, Elle-même à l'enfant servirait de marraine; D'un souvenir de gloire ennobli pour toujours. Il serait appelé le hameau desTROISJOURS! Et vous dont le shako, civique ou militaire, Étincela dans l'ombre au reflet du cratère, Artisans dont le feu tatoua les bras nus. D'une Iliade obscure Achilles inconnus,

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