‹ Le myosotis. Poésies inéditesChapitre 37 sur 108 · BERANGER II · texte numérisé non relu

BERANGER II

Au Luxembourg, mon vers vengeur

Irait frappant de stalle en stalle,

Et sa chiquenaude brutale

Au front d'airain du vieux jugeur

Ferait connaître la rougeur.

Je saurais dégoûter, j'espère.

Et Perrin-Dandin de juger,

Et Petit-Jean d'être compère...

Ah ! Dieu ! si j'étais Béranger 1

Je consolerais les Amours :

De la beauté j'ai vu les larmes Couler sur des gants de gendarmes.

Et sa plainte tomber toujours Sur des cœurs et des barreaux sourds.

Triste, en rêvant au long martyre Qu'on lui défend de partager, Lisette a perdu son sourire...

Ah ! Dieu ! si j'étais Béranger !

L'avenir est si beau là-bas!...

A des chants d'espoir tout l'engage.

A-t-il remis sa montre en gage, Le poète? et ne sait-il pas Combien le temps a fait de pas ?

Pour montrer du doigt sur la rive, Au siècle qui va naufrager, Les fleurs dont le parfum m'arrive, Ah I Dieu! si j'étais Béranger!

Lui-même a vingt fois en chantant

Bravé les bêtes du prétoire;

De dormir avant la victoire,

Après avoir guerroyé tant,

II a droit, sans doute, et pourtant...

Il faut, viennent les représailles.

Vienne un Juillet ou l'étranger,

Un Tyrtée aux champs de batailles !.

Ah! Dieul si j'étais Bérangerl

^ L'^UTEU% TfE CH^TTEXTO'H.

(Mai 1835 )

i\v Théâtre-Français deux beaux noms sur l'affiche M'attirèrent un soir : ce soir-là j'étais riche ; J'avais pour avenir deux francs, je les donnai; Et je vis Chatterton, et chaque mot du drame Eut un écho si long et si doux dans mon âme, Que la nuit, seulement bien tard, je soupçonnai Q.u'en ce jour de bonheur je n'avais pas dîné.

Seul, j'écoutais cncor d'un bruyant auditoire Le sanglot triomphal rcpctor : « Gloire, gloire A la Muse qui n'a ni sang, ni fonge au pied, Par qui la nouvelle ère au théâtre commence!... J'écoutais, je mêlais ma note au chant immense, Puis j'ajoutais tout bas, palpitant, l'œil mouillé : « Qui s'inspira si bien, doit sentir la pitié. »

Hélas ! quand il évoque une infortune morte. Le poète pieux, s'il savait qu'à sa porte L'immortel Chatterton vit encor pour souffrir ! S'il savait qu'à Paris tous les jeunes poètes. De ce bruyant désert pâles anachorètes.

N'ont plus, en s'abordant, qu'un salut à s'offrir, Le salut monacal : « Frères, il faut mourir ! »

Que l'un d'eux, demi-nu, dans sa chambre malsaine

Pousse un drame réel à sa dernière scène,

Et sans étoile au ciel, sans bon ange ici-bas,

Pour éviter la faim, courant au suicide.

Tient levé, maintenant, sur son estomac vide.

Le fer qui découpait le pain de ses repas

Et qui, depuis trois jours, trois longs jours ! ne sert pas.

Puis se ressouvenant qu'il est bien jeune encore. Qu'après l'hiver l'oiseau se ranime et picore, Que ses chansons vivraient peut-être s'il vivait,

A LAUTEUR DE CHATTERTON

Qu'un ange sur son front, marqué de l'anathème, Peut l'effacer un jour avec ce mot : Je t'aime ! De mille illusions repeuplant son chevet, Dans les bras de la Faim s'endort... S'il le savait!

Poète, il aiderait la jeune muse à vivre ; Il n'a pas renfermé tout son cœur dans son livre ; Son culte pour les morts s'étendrait aux mourants.. Et moi je serais fier d'aimer ce que j'admire. D'avoir une main noble à baiser, et de dire, Quand son nom planerait sur les noms les plus grands « Je lui dois l'espérance et la vie... et vingt francs ! >

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L^ FE%ÏKIE%E

ROMANCE

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