‹ Le mystère chrétien et les mystères antiques [microform]Chapitre 13 sur 27 · a lu, la pon.<ee de Philon, ,. la Loi „ signifie Vou<cuMo · texte numérisé non relu

a lu, la pon.<ee de Philon, ,. la Loi „ signifie Vou<cuMo

PLATOl^ COMME MYSTIQUE

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qu'il prend pour rencontrer le Logos, qui est pour lui « le Fils de Dieu ». — « Je n'ai aucuiie répugnance à dire ce qui m'est arrive mainte et mainte fois. A certains jours, quand je voulais fixer par 1 écriture, de la manière habituelle, mes pensées philosophiques et que je voyais très nettement ce que je devais établir, je n'en trouvais pas moins mon esprit infécond et roidi, de sorte que je devais m'arrêter sans rien terminer. Dans mon impuissance, je m'étonnais alors de cette force mystérieuse qui donne à la pensée sa réalité et à laquelle il appartient d'ouvrir ou de fermer l'ame humaine. D'autres fois je me mettais au travail la tête vide et j'arrivais soudain, sans effort, à la plénitude. Comme des flocons de neige ou comme des grains de semence, mes pensées volaient invisibles d'en haut. L'Esprit me saisissait et me transportait comme une force divine, de sorte que je ne savais plus qui était en moi, qui j'étais, ce que je disais, ce que j'écrivais. Car alors j'avais trouvé le flux du discours, une lumière pleine de félicité, le regard perçant, la maîtrise du sujet, comme si l'œil intérieur voyait tout avec la plus grande clarté. »

Cette description illustre le mode de connaissance de l'adepte. Quand le Logos devient vivant dans son esprit, son âme se confond avec

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le Divin. Un autre passage de Philon dépeint cet état non moins clairement. « Quand l'esprit, saisi par Mmour, prend son vol vers ce qu'il y a de plus saint, dans un élan de joie, armé d'ailes divines, il oublie tout le reste et luimême. Rempli du souffle de Celui dont il est le satellite et le serviteur, il ne respire plus que par Lui et lui offre comme encens la plus sainte, la plus chaste vertu. »

Il n y a que deux voies pour Philon. Ou bien — l'on s\itta<îhe au monde sensible, à ce que nous offre l'observation et la raison. Alors on se limite à sa personnalité, on se dérobe au Kosmos ; ou bien - l'on devient conscient de la force cosmique universelle; alors on fait rexpérience de l'Éternel dans sa propre conscience, (c Celui qui veut échapper à Dieu, dit encore le philosophe d'Alexandrie, retombe dans ses propres mains ; car il y a deux choses à considérer: l'Esprit universel qui est Dieu et notre propre esprit ; ce dernier, s'il veut échapper à lui-même, se réfugie dans l'Esprit universel. Car celui qui échappe à son propre esprit se dit qu'il n'est que néant et rattache tout à Dieu ; mais celui qui échappe à Dieu détruit la Cause première et fait de lui-même la cause de tout ce qui existe. »

La vision platonicienne de l'univers est à la

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fois une connaissance de la vérité et une religion. Elle met la connaissance en rapport avec ce que l'homme peut atteindre de plus élevé par le sentiment. La connaissance ne vaut aux yeux de Platon que si elle assouvit l'âme tout entière. Elle est alors plus qu'une science, elle devient une essence de vie. Elle est un homme supérieur dans l'homme, cet homme dont la personnalité n'est qu une pâle copie. Dans Thomme même s'enfante un être qui le dépasse, Ihomme primordial et transcendant. Et c'est là encore un secret des Mystères incorporé dans la philosophie de Platon. Le père de l'Église, Hippolytos, fait alhision à ce secret dans le passage suivant : a Voilà le grand secret des prêtres de Samothrace (qui sont les gardiens d'un certain culte de Mystères), secret qu'il n'est pas permis de dévoiler, mais que connaissent les initiés. Ceux-ci parlent d'Adam comme de leur ancêtre et de THomme primitif universel. »

Le dialogue de Platon « sur l'Amour », le Banquet, représente lui aussi une initiation. Ici l'Amour apparaît comme l'Annonciateur de la Sagesse. Si la Sagesse est la Parole (Logos), le Fils de l'éternel Créateur des mondes, l'Amour est avec ce Logos dans une relation maternelle. Avant que la claire étincelle de la Sagesse-Lumière ne sillonne l'âme humaine, il faut qu'un

obscur instinct, un élan vers le Divin se manifeste en elle. Il faut que l'homme se sente attiré inconsciemment vers cette lumière qui, une fois manifestée par sa conscience, deviendra son bonheur suprême. L'Amour s'allie à ce que Heraclite appelle le Démon (le Daïmôn ou le génie de l'homme). — Dans le Banquet de Platon, les hommes des rangs les plus divers et qui ont de la vie les conceptions les plus différentes s'expriment sur l'Amour: l'homme ordinaire, le politique, l'homme de science enfermé dans sa petite science, l'auteur comique Aristophane et le poète sérieux Agathon. Chacun a sur l'Amour des vues personnelles, conformes aux expériences qu'il a pu faire dans sa vie. La manière dont ils le comprennent montre à quel degré se trouve leur « Daïmôn » (leur génie). C'est l'Amour qui attire un être vers un autre être. La diversité, la multiplicité des choses dans lesquelles Dieu s'est répandu et dispersé, aspire à revenir par l'Amour à TUnité, à l'Harmonie. L'Amour a donc quelque chose de divin. Mais il résulte de sa nature que chacun ne peutcomprendre le Divin que dans la mesure où il y participe. Après que des hommes diversement placés dans la hiérarchie des êtres ont exprimé leur idée sur l'Amour, Socrate prend la parole. Il considère l'Amour au point de vue de l'homme

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qui cherche la connaissance. Pour lui l'Amour n'est pas un Dieu, mais il est quelque chose qui conduit l'homme à Dieu. 11 ne considère pas Erôs comme une divinité, car Dieu est parfait; il possède donc le Beau et le Bien. Mais Erôs n'a que le désir du Beau et du Bien. Il se place donc entre THomme et Dieu. Il est un Daïmôn, un intermédiaire entre le terrestre et le divin.

Il est remarquable que Socrate ne prétend pas donner ses propres pensées en parlant de l'Amour. Il prétend raconter seulement ce qu'une femme, pleine de sagesse, lui en a dit comme une révélation. C'est un art divinatoire qui lui apporte sa conception de l'Amour. Diotime, la prêtresse, a éveillé en Socrate la force démo- /z/>/2/2e qui doit conduire au Divin. Elle l'a initié. Ce trait du Banquet de Platon renferme un sens profond. Qui donc est cette femme « pleine de sagesse » qui éveille le Daïmôn en Socrate ? Cette femme est plus qu'un simple ornement poétique. Elle est à la fois réelle et symbolique, extérieure et intérieure. Car une prêtresse vivante, si sage soit-elle, ne peut éveiller le Daïmôn dans une âme que si la force démonienne latente est contenue dans cette âme. On le voit, c'est la force d'âme qui précède l'éclosion de la sagesse que Socrate nous présente comme «la femme sage ». C'est le principe maternel

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qui enfante le fils de Dieu, la Sagesse, le Logos. La force d'àme inconsciente qui amène le Divin à la conscience se présente ici comme l'élément féminin. L'âme encore privée de sagesse est la mère de ce qui conduit au divin. Ceci nous amène à une conception importante de la mystique. L'âme est reconnue comme la mère du Divin. Elle y conduit l'homme inconsciemment avec la nécessité d'une force de la nature.

De ce point rayonne un faisceau de lumière. Il nous montre l'idée que la sagesse des Mystères se faisait de la mythologie. Le monde des Dieux est né dans l'âme. L'homme considère comme ses Dieux les images qu'il s'en forme, mais il faut qu'il arrive encore à une autre conception. Il faut qu'il transforme en images divines la force mystérieuse qui dormait en lui avant la création des Dieux. Derrière les Dieux, apparaît la mère du Divin, qui n'est autre chose que la force de l'Ame humaine. Voilà pourquoi l'homme a placé des Déesses à côté des Dieux.

Considéronssouscejour le mythe de Dionysos. Dionysos est le fils de Zeus et d'une mère mortelle, de Sémélé. A la mère foudroyée, Zeus arrache l'enfant né avant le terme et le cache dans son propre flanc jusqu'à ce qu'il soit viable. Héra (Junon), la Mère des Dieux, excite les Titans contre Dionysos. Ils mettent l'adolescent

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en pièces. Mais Pallas Athéna sauve son cœur encore palpitant et l'apporte à Zeus. De ce cœur il engendre le Fils pour la seconde fois.

On peut apercevoir exactement dans ce mythe un processus qui s'accomplit au plus profond de l'âme humaine. Parlant dans le sens du prêtre égyptien qui enseignait à Solon le sens secret des mythes, on pourrait dire ceci : Ce qu'on raconte chez vous de Dionysos engendré par le Dieu et une mère mortelle, mis en pièces et enfanté une seconde fois, sonne comme une fable, mais la vérité qu'elle renferme c'est la naissance du Divin et sa destinée dans l'âme humaine. Le Divin se marie avec l'âme terrestre éphémère. Dès que l'élément divin et dionysiaque tressaille en elle, elle ressent une nostalgie violente de sa vraie figure. La conscience ordinaire, qui apparaît sous la figure d'une divinité féminine, devient jalouse de l'enfantement du Dieu par la conscience supérieure. Elle aiguillonne la basse nature de l'homme (les Titans). Le Dieu encore enfant est mis en pièces. Ainsi le Divin est présent dans l'homme avec les sens et la science morcelée. Mais si la sagesse supérieure (Zeus) est assez forte dans l'homme pour être active, alors elle veillera sur le frêle enfant qui renaîtra comme le second fils de Dieu (Dionysos). Ainsi, de la science, qui est le Divin

morcelé dnns l'homme, naît la sagesse, qui est le Logos, le f.Is de Dieu et dune mère mortelle, c est-à-dire de la partie périssable de l'Ame humaine qui aspire inconsciemment au Divin.

De même que la sagesse platonicienne s'enchaîne au mythe grec, de même le mythe s enchaîne à la sagesse des Mystères. Les dieux enfantés étaient l'objet de la religion populaire; I histoire de leur enfantement était le secret des Mystères. Il ne faut donc pas s'étonner que la divulgation d'un tel secret fat considérée comme suprêmement dangereuse. On trahissait par là 1 origine des Dieux du peuple.

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