JÉSUS ET SON ARRIÈRE-FOND HISTORIQUE
C'est dans la sagesse des Mystères qu'il faut chercher le terrain où germa le christianisme. Pour le faire éclore, une conviction fondamentale était nécessaire. Il fallait introduire l'esprit des Mystères dans la vie plus largement que ces Mystères eux-mêmes ne l'avaient permis jusqu'à ce jour. Or cette conviction avait de nombreux adhérents de par le monde. Il suffit d'observer à cet égard la discipline et l'attitude des Esséniens et des Thérapeutes qui existèrent longtemps avant le christianisme.
Les Esséniens constituaient en Palestine une secte fermée, dont le nombre, au temps du Christ, s'évalue à quatre mille. Ils formaient une communauté réclamant de ses membres une vie qui rapprochait l'homme de l'état divin.
L'aspirant à la communauté essénienne était soumis à un examen sévère, où Ton s'assurait s'il était mûr pour une vie supérieure. Celui qui était reçu devait traverser un temps d'épreuve. On l'obligeait à prêter un serment solennel de ne pas trahir à des étrangers les secrets relatifs au genre de vie des Esséniens. Cette vie avait pour but de refouler la nature inférieure afin que l'esprit dormant pût s'éveiller. Celui qui avait reconnu jusqu'à un certain point l'esprit caché en lui-même, montait à un degré plus élevé de l'ordre et jouissait de l'autorité naturelle qui ne découlait d'aucun signe extérieur mais de la seule valeur morale.
Les Thérapeutes d'Egypte étaient parents des Esséniens. Le philosophe alexandrin Philon donne tous les détails désirables sur leur discipline et leurs mœurs dans son traité : De la vie contemplative ^ Rappelons quelques passages de cet écrit, qui donnent une idée nette de ce que fut l'esprit des Thérapeutes. « Les demeures des membres de la communauté sont extrêmement simples ; elles ne donnent que l'abri nécessaire contre Textrême chaleur et l'extrême froid. Ces
1. La question surrauthenticité de cet écrit doit être con- :3id6iée aujourd'hui comme résolue affirmativement. Il esl indiscutable que Philon a décrit la vie d'une communauté qui existait longtemps avant le christianisme. Voir Mead, Fragments, of a lost faith.
maisons ne sont pas continues, car le voisinage n'est pas attirant pour quelqu'un qui cherche la solitude ; elles ne sont pas non plus très éloignées les unes des autres pour ne pas empêcher les rapports familiers qui sont chers à la communauté et pour qu'ils puissent se porter secours les uns aux autres dans une attaque de brigands. Dans chaque maison, il y a un lieu consacré, appelé temple ou monastère. Dans cette salle^ dans cette chambre ou dans cette cellule, ils poursuivent les secrets de la vie supérieure... Ils possèdent les livres d'anciens écrivains, qui ont jadis guidé leur école et qui leur ont laissé beaucoup d'explications sur la méthode en usage dans les écrits allégoriques... Leur interprétation s'attache au sens profond des récits allégoriques. .. On le voit, il s'agit ici de la généralisation d'une méthode cultivée dans le cercle plus étroit des Mystères. Mais naturellement, par cette vulgarisation, la sévérité des Mystères avait été affaiblie. — Les communautés des Esséniens et des Thérapeutes forment la transition naturelle des vieux Mystères au christianisme. Seulement la réforme dont les Thérapeutes et les Esséniens firent une question de secte, le christianisme voulut en faire une question d'humanité. Cette extension, nécessaire pour tout le développement humain, n'eu devait pas moin.s devenir,