‹ Le mystère chrétien et les mystères antiques [microform]Chapitre 24 sur 27 · DE L ESSENCE DU CHRISTIANISME · texte numérisé non relu

DE L ESSENCE DU CHRISTIANISME

ver en Jésus. Le myste avait à faire avec le degré de divinité qu'il trouvait en lui-même et avec sa personnalité terrestre, constituée par son être sensible. Le chrétien avait à faire avec cette même personnalité et avec un Dieu sublime élevé au-dessus de toutes les atteintes humaines. Si l'on s'en tient rigoureusement à ce point de vue, le sentiment mystique primordial devient à proprement parler impossible pourTâme. Car le mysticisme consiste dans le sentiment et dans la sensation immédiate du Divin au fond de notre propre âme. Mais un Dieu élevé au-dessus de toute humanité ne peut jamais habiter l'âme humaine dans le sens propre du mot. La Gnose et la mystique chrétienne représentent l'effort pour s'approprier d'une certaine manière ce Dieu inaccessible.

De là devait naître un conflit. On ne pouvait atteindre en réalité que son Dieu à soi. Or ce Dieu est toujours un mélange d'humain et de divin, un divin parvenu à une certaine étape de l'évolution. Mais le Dieu chrétien est à la fois inaccessible, immuable et parfait. On ne pouvait donc pas l'atteindre. De là l'abîme qui s'ouvrit entre ce que l'on pouvait trouver dans l'âme et ce que le christianisme désignait comme Divin. — C'est l'abîme entre la Science et la Foi, entre la Connaissance et le Sentiment religieux.

23<î LE MYSTÈRE CHRÉTIEN ET LES MYSTÈRES ANTIQUES

Pour le myste, cet abîme ne peut pas exister. Car il sait qu'on ne peut atteindre le Divin que par degrés, mais il sait aussi pourquoi il ne peut pas l'atteindre autrement. Il sait que la conquête graduelle du Divin n'en est pas moins la conquête du vrai Divin, du Divin vivant dans l'univers, et que philosophiquement on ne devrait jamais parler d'un Dieu achevé, parce que la perfection elle-même est une limite.

Le myste ne songe pas à connaître le Dieu parfait; mais il veut expérimenter la vie divine. Il veut se diviniser en lui-même : il ne veut pas conquérir un Dieu extérieur.

L'essence du christianisme fit que sa mystique reposa toujours sur un préjugé. Le mystique chrétien veut sans doute faire descendre la divinité en lui-même, mais il n'a'tend pas sans idée préconçue les phénomènes qui vont se produire dans son for intérieur ; d'avance il y cherche le Dieu chrétien. Il est vrai que les mystiques du moyen fige ^ sont allés aussi loin que possible avec cette méthode, mais eux aussi vécurent leur vie spirituelle sous Tempire de cette idée préconçue.

1. Voir l'ouvrage de Rudolf Steiner, la Mystique à l'aurore des temps nouveaux [Die Myslifî ini Aufgange des Neuzeitlichen Geistesteben).

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