‹ Le Mystère d'AgadirChapitre 107 sur 216 · fr · texte numérisé non relu

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Ces sommes furent prélevées, sans aucune objection des ministres des Finances, ni de la commission du budget, sur les fonds de la colonie. Le 17 août 1911, M. Pierre Mille, président du comité international de la Ligue pour la défense des indigènes du bassin conventionnel du Congo, a soutenu le contraire, — comme s'il eût souhaité excuser l'opération approuvée l'année précédente par son collègue, M. Paix:

Des actionnaires français du chemin de fer de l'Afrique du sud (écrivait-il) se plaignaient d'avoir été dépossédés par le gouvernement anglais après la conquête du Transvaal. L'Angleterre versa une somme très considérable et l'on stipula quelle servirait à désintéresser, non seulement les actionnaires des chemins de fer de l'Afrique du Sud, mais encore les maisons étrangères du Gabon.

Cette excuse est sans valeur et inventée de toutes pièces pour les besoins de la cause. On a vu en effet que les sommes payées aux Anglais avaient été prélevées sur le fonds de réserve de la colonie. Au surplus, ni la convention, ni la négociation n'avaient lié les deux questions du Congo et du Transvaal. Le gouvernement français avait, aux frais du Congo, sans enquête et sans contrôle, consenti un cadeau d'un million et demi aux clients de M. Edmund Morel. Au total, les maisons anglaises recevaient une indemnité pour

faire ce à quoi elles avaient été condamnées et les sociétés françaises n'étaient délivrées de leur concurrence qu'en abandonnant, sur l'ordre du gouvernement, la défense d'un droit, dont le gouvernement même avait proclamé la légitimité. C'était une solution doublement onéreuse, juridiquement et financièrement.

LA RECIDIVE ANGLAISE

Il est rare, dans la vie publique aussi bien que dans la vie privée, qu'une capitulation procure à ceux qui y souscrivent la tranquillité qu'ils en attendent. La convention du 14 mai 1906 était à peine signée que de nouvelles réclamations anglaises, peu considérables d'ailleurs, étaient présentées par M. Paul Gambon en faveur des maisons Tayloret Dennetet que, mieux encore au Congo même, les maisons Holt, Hatton et Cookson, malgré le traitement d'étonnante faveur dont elles avaient été l'objet, apparaissaient non plus sur la côte du Congo, mais dans le haut-pays à l'état de récidive caractérisée.

Le 6 août 1906, le commissaire général du Congo français informait le ministre des Colonies que le capitaine Cottes avait trouvé, parmi les factoreries allemandes établies en territoire français, des factoreries anglaises appartenant précisément aux maisons Holt, Hatton et

Cookson1. Ces factoreries étaient au nombre de huit, occupant neuf agents blancs, douze agents noirs et de nombreux traitants. Le 7 janvier 1907, M. Milliès- Lacroix, ministre des Colonies, interrogé à ce sujet par la compagnie de la N'Goko-Sangha, l'informait que « le capitaine Cottes indiquait dans son rapport qu'il avait été amené à certaines constatations au cours de son narcours de Libreville à la Sangha, en ce qui concerne l'intrusion, en territoire français et dans la zone de concession octroyée à la société N'Goko-Sangha en particulier, d'un certain nombre de firmes du Cameroun allemandes et anglaises pour le plus grand détriment de nos intérêts commerciaux », et que parmi ces maisons figurait la maison Hatton et Cookson, — comme aussi, bien que le ministre ne l'indiquât point, la maison Holt. Dès l'année précédente, la compagnie N'Goko-Sangha qui, n'ayant pas participé à la convention du 14 mai 1906, gardait les mains libres pour agir judiciairement, avait introduit un référé et, le 28 novembre 1906, elle avait obtenu de M. Ditte, président du Tribunal de la Seine, une ordonnance l'autorisant à exercer une saisie-arrêt de 603.000 francs sur les sommes restant dues par l'État français aux maisons Holt, Hatton et Cookson. Le 15 décembre suivant, sur une assignation en mainlevée des maisons anglaises, le président du Tribunal avait confirmé la saisie-arrêt par mesure conservatoire. De ce fait, les maisons anglaises se trouvaient dans l'impossibilité de toucher l'intégralité de leur créance. De ce fait, leurs « intérêts pratiques », à défaut de la morale, étaient de nouveau lésés. On n'allait pas tarder

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