Rapport Baudin, pages
le prévoyant, il eût voulu quand même tenter l'aventure, il se vouait par là à d'inévitables attaques. Dès le lendemain d'ailleurs de la signature, ces attaques se dessinaient et les socialistes, sans attendre les actes, dénonçaient « les deux bandes de loups qui soudent leurs obus..., les financiers qui tiennent au bout de leurs dents l'honneur de la France x ». Fâcheux présage pour l'action prochaine, à qui le texte même, qui la définissait, imposait le devoir de « faire des affaires », ces affaires devant être la mesure des facilités politiques que la France trouverait au Maroc de la part de l'Allemagne.
Ces facilités politiques étant ainsi soumises à réserve, il importait du moins d'en tirer un parti immédiat en réalisant le maximum de ce- qu'autorisait sans conteste l'accord du 8 février. Cet accord, en échange des obligations économiques que nous souscrivions, nous reconnaissait des intérêts spéciaux. Il nous appartenait de les faire valoir et, n'étant pas assurés, pour l'avenir, de la persistance de la bonne grâce allemande, de faire au plus tôt tout ce que l'accord permettait certainement, pour éviter ainsi d'être obligés de faire plus tard ce qu'il ne permettait pas aussi nettement, — en d'autres termes, de porter au maximum notre action indirecte dans l'empire chérifien et de limiter au minimum notre action directe. Il convenait, d'abord, pour nous épargner les risques d'intervention, de fortifier aussi vite que possible l'autorité du sultan ; de le mettre en mesure, militairement et financièrement, d'assurer l'ordre par ses propres moyens, de lui donner, sous le