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LA SECONDE CAPITULATION FRANÇAISE

Nous sommes au mois de juillet 1908. A cette date, le ministère des Affaires étrangères, qui, pas plus vis-à-vis de l'Angleterre que vis-à-vis de l'Allemagne, ne paraît soucieux de préserver diplomatiquement l'intégrité territoriale du Congo français, se heurte, sur ces deux terrains, à la résolution des concessionnaires d'assurer le respect de leurs droits privés, à défout du respect des droits publics que l'État sacrifie fâcheusement. Du côté anglais, la Compagnie de la N'Goko-Sangha, refuse énergiquement de renoncer au bénéfice de la saisie-arrêt de 603.000 francs que le tribunal de la Seine l'a autorisée à exercer le 28 novembre 1906. Du côté allemand, la même compagnie a saisi la commission des Affaires extérieures de la Chambre des Députés et, à la fin de juin 1908, cette commission a marqué nettement aux ministres compétents qu'elle n'admettrait pas une plus longue inaction des pouvoirs publics *. Dans l'un et l'autre cas, ce sont les rapports du capitaine Cottes, président de la commission de délimitation de 1906, qui ont principalement servi de base, soit à l'ordonnance du président Ditte, soit à l'appréciation de la commission des Affaires extérieures. Quelle était la précision de ces rapports, on l'a vu. Ce que valait l'autorité de leur signataire, ses

états de service en témoignent. Sorti de Saint-Cyr en 1892, le capitaine Cottes avait fait tour à tour la campagne du Haut-Tonkin (1894-1896), qui lui avait valu une citation à Tordre du jour, et la campagne du Soudan (1896), qui lui avait valu la croix. En 1897, on le retrouve au Moyen- Niger, chargé d'une mission topographique. De 1900 à 1903, une autre mission du même genre, dont les résultats attendent encore l'heure de leur publication, l'appelle en Indo-Chine. Entre temps, il fait de courts séjours au ministère de la Guerre et au ministère des Colonies. Après son voyage au Niger, il est promu capitaine, le plus jeune de sa promotion. Ses chefs sont unanimes à louer son énergie, son endurance, sa décision ; ses hommes à célébrer sa générosité et sa bonté. C'est le type accompli de l'officier civilisateur qu'a produit avec tant d'éclat notre armée coloniale.

Depuis son retour, d'ailleurs, le Gouvernement, en possession de tous ses rapports, ayant, par conséquent, toutes pièces en mains pour le juger, l'avait comblé de récompenses. Le 14 janvier 1907,1e ministre des Colonies communiquait à la presse une note des plus élogieuses sur les opérations de la mission. Dans le même mois, il écrivait à son collègue de la Guerre, pour lui demander la nomination immédiate du capitaine Cottes au grade de chef de bataillon et son inscription d'office au tableau pour la rosette de la Légion d'honneur. En juillet 1907, le capitaine Cottes recevait cette haute distinction, si rarement accordée aux officiers subalternes. En janvier 1908, il était désigné comme plénipotentiaire adjoint à la conférence franco-allemande de Berlin. Au mois d'avril suivant, à l'issue de cette conférence, le ministre des Colonies insistait de nouveau pour qu'il fût

nommé sans retard chef de bataillon. Entre temps, il avait reçu, outre la rosette d'officier de l'Instruction publique, une médaille d'or de la Société de Géographie, une médaille d'or de la Société de Géographie commerciale de Paris, une médaille d'or de la Société de Topographie de France. ,

Malgré tant de témoignages d'estime, au mois de juillet 1908, le capitaine Cottes devient le bouc émissaire. Ses constatations sont à l'origine des difficultés diverses que rencontre le quai d'Orsay : c'est à en détruire l'autorité qu'on va s'employer désormais et, le 22 juillet, le ministre des Affaires étrangères dénonce à son collègue des Colonies la conduite du capitaine.

Par une dépêche en date du 21 mai 1908, vous avez bien voulu me communiquer copie d'une lettre du capitaine Cottes et de deux dépêches qui s'y trouvaient annexées et qui avaient trait à la correspondance de cet officier avec les représentants de la Compagnie N'Goko-Sangha.

En prenant connaissance de ces documents, je n'ai pu m'empêcher de constater que M. Cottes paraissait avoir, involontairement tout au moins, encouragé la campagne que la société en question si entreprise contre le ministère des Colonies et le ministère des Affaires étrangères.

Je crois également devoir appeler tout particulièrement votre attention sur le passage suivant que je relève dans la lettre n° 102 datée de Minvoul 30 mai 1906 : « Les renseignements que je vous communiquerai à notre prochaine entrevue vous permettront de poursuivre des demandes de réparations légitimes qui reviennent à bon droit à votre société. »

M. Cottes, vous en conviendrez avec moi, n'avait, ni à apprécier la nature des réclamations en question, ni à les encourager. Il me paraît donc qu'en ces circonstances tout au moins, le capitaine Cottes est sorti de la réserve que lui imposaient ses fonctions de président de la Commission de délimitation du Sud-Cameroun. Dans le cas où vous partageriez mon avis, je vous laisse tout le soin d'apprécier la suite que comporte cette affaire, M. Cottes relevant à cette époque de votre département.

Ces diverses accusations sont insoutenables. Si le capitaine Cottes, par des lettres officielles, a avisé les concessionnaires français de la situation constatée par lui, c'est que toutes ses instructions le lui prescrivaient : d'abord les instructions générales de 1899 qui ont défini les devoirs des autorités à l'égard des concessionnaires * ; ensuite et, plus encore, les instructions particulières qu'il avait reçues du ministre au début de sa mission et qui le chargeaient, non seulement de fixer définitivement la frontière Congo-Cameroun, mais encore d'enquêter sur l'état commercial et économique de la région. Ces instructions portaient :

Je crois devoir ajouter que cette région doit être, de votre part, l'objet de sérieuses investigations et que vous devrez étendre vos recherches à la zone où la présence de factoreries françaises et allemandes pourrait rendre importantes ultérieurement des constatations sur le terrain, et où les intérêts économiques et commerciaux seraient éventuellement en jeu.

Votre expérience, sur ce point, mieux que toute instruction précise, vous dictera la ligne de conduite que vous aurez à tenir.

Malgré cela, le ministre des Colonies qui, semble-t-il, comme son collègue du quai d'Orsay, avait gardé quelque irritation de leur commune comparution devant la commission des Affaires extérieures2, s'engage dans la voie qu'on lui ouvre. Deux ans plus tard, devant la commission du budget 3, M. Milliès-Lacroix s'est efforcé de se justifier en disant que le capitaine Cottes avait dépassé ses instructions et lui était devenu suspect dès son retour en France en janvier 1907. En ce qui concerne les instructions, on a vu comment elles étaient conçues ;

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