LA NEGOCIATION DU CONSORTIUM
En présence de la situation, qui a été exposée cidessus, M. Pichon estima que, seule, une transaction lui permettrait de résoudre à la fois la difficulté francoallemande et la difficulté franco-anglaise. Quelle serait la base de cette transaction? Le ministre pensa la trouver dans la dernière clause de l'accord francoallemand du 8 février 1909 applicable au Maroc, mais susceptible évidemment d'être étendue à d'autres terrains.
Les deux gouvernements chercheront à associer leurs nationaux dans les affaires dont ceux-ci pourront obtenir l'entreprise.
Le 15 mai 1909, le baron de Lancken, chargé d'affaires d'Allemagne, et M. Pichon abordèrent la question. Depuis dix ans, des contestations se produisaient au Congo entre Français et Allemands. Au lieu de les éterniser par des réclamations controversées, ne pouvait-on pas y mettre un terme par une collaboration d'avenir ? On était alors à quelques semaines de l'accord du 8 février. On n'en avait pas encore discerné les difficultés. On ne voyait, surtout en Allemagne, que des avantages à lui donner économiquement tout son sens. D'autre part, le gouvernement allemand n'ignorait pas que le dossier français fortement constitué eût été difficile à réfuter, s'il eût été sérieusement soutenu. Enfin, la pensée que les commerçants allemands pourraient.
par une association légale, participer à l'exploitation de territoires dont, mieux que personne, par suite de nos faiblesses gouvernementales, ils connaissaient la richesse, ne devait pas le laisser insensible.
Dans l'esprit de M. Pichon, ce projet nouveau avait des avantages de divers ordres. D'abord, il lui apparaissait, d'un point de vue général, comme l'application logique de sa diplomatie antérieure, comme le corollaire d'un succès dont il était à cette date légitimement fier. Cette diplomatie, on l'a vu1, se définissait par un double caractère. Les questions politiques ne se prêtant pas à des accords franco-allemands et ces accords étant cependant rendus nécessaires par l'état général du inonde, c'est dans l'ordre économique qu'il convenait d'assurer le contact. Ainsi, les Allemands, recevant de nous des profits tangibles, seraient disposés, pour les conserver, à renoncer à ces méthodes de chicanes qui, depuis tant d'années, au Maroc et ailleurs, avaient si gravement troublé l'existence internationale de la France. C'était ce que nous avions fait au Maroc. C'était ce que nous pouvions faire au Congo. Dès le 5 juin 1909, M. Pichon le marquait avec une netteté parfaite en communiquant son projet à M. Milliès-Lacroix, ministre des Colonies et en soulignant le lien établi par lui entre l'accord ar térieur du 8 février et l'accord nouveau qu'il s'agissait de négocier :
Les nationaux des deux pays devront s'inspirer dans leurs rapports des principes d'entente et de collaboration inscrits dans l'accord franco-allemand relatif au Maroc du 9 février 1909.
Dans cet ordre d'idées, on pourrait envisager la constitution d'une sorte de consortium franco-allemand qui exploiterait en