‹ Le Mystère d'AgadirChapitre 116 sur 216 · Voir ci-dessus, page · texte numérisé non relu

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commun une partie des concessions situées sur les deux côtes de la frontière.

M. Pichon n'a jamais changé d'avis à cet égard. Un an plus tard, c'est dans les mêmes termes qu'il présentait son idée à la commission des Affaires extérieures de la Chambre des Députés en écrivant le 22 mai 1910 au président de cette commission, à propos de cet accord :

Dans un ordre d'idées plus général, il s'agit d'une application nouvelle d'une politique que la commission a déjà consacrée de son vote à diverses reprises et qui s'applique, sur tous les points de friction où des conflits pourraient éclater avec des puissances étrangères, à prévenir ces conflits par des arrangements honorables et par des ententes nettement définies.

Le 14 décembre 1910, à la Commission du budget, M. Pichon, disait dans le même sens :

Cela (les premiers pourparlers relatifs au consortium du 15 mai 1909) se produisait au lendemain du jour où nous avions réglé avec l'Allemagne la question de nos rapports économiques au Maroc.

Le chargé d'affaires d'Allemagne me fit observer à ce moment que si nous introduisions une instance diplomatique pour l'affaire de la N'Goko, nous risquions de mettre gravement en cause l'accord qui venait d'intervenir.

Deux ans après au Sénat, le 30 juin 1911, M. Pichon tombé du pouvoir n'était pas moins catégorique et s'exprimait comme il suit :

Nous étions au lendemain du jour où l'accord franco-allemand avait été signé avec l'Allemagne, accord du mois de février 1909.

Il est impossible, Messieurs, de méconnaître l'importance de cet accord ; si nous ne l'avions pas aujourd'hui, nous serions, au point de vue de notre politique marocaine, dans une situation

beaucoup moins bonne ; il constitue l'un de nos titres principaux pour notre intervention au Maroc. Nous avons pour cela le droit pour nous vis-à-vis de l'Allemagne comme vis-à-vis de toutes les autres puissances.

l'amiral de cuverville. — C'est vrai !

m. stefhen picuoN. — Nous étions donc au lendemain de l'accord marocain de 1909. On me fit observer que les demandes des deux compagnies allaient se heurter sans aucune chance de réussite, que des polémiques s'engageraient, que les deux gouvernements se trouveraient aux prises avec des difficultés peu conciliables et qu'il semblerait opportun de demander aux nationaux des deux pays de s'inspirer, dans leurs rapports, des principes de collaboration économique qui venaient d'être consentis dans l'on ord de février 1909.

Que disait cet accord ?

« Les deux gouvernements chercheront à associer leurs natio- » naux dans les affaires économiques dont ceux-ci pourront obte- » nir l'entreprise. »

Une association des intérêts commerciaux pouvait amener, semblait-il, une conciliation entre colons rivaux... '

Laisser les choses en l'état sur la frontière ? On ne devait pas y penser. Outre que c'était aller à rencontre du vœu d'une grande commission parlementaire, c'était risquer de très graves difficultés.

Nous avions le souvenir de l'incident de Missoum-Missoum, incident sanglant qui, éclatant au mois de mai 1905, je le rappelle au Sénat, avait failli provoquer les plus graves complications. Les versions diffèrent sur les clauses de cet incident

Quoi qu'il en soit, à la suite de la rencontre de Missoum-Missoum et delà lutte entre soldats allemands et soldats français, il y avait eu huit morts et cinq prisonniers du côté français. L'impression fut très vive en France et en Allemagne et il était nécessaire, à mon avis, de prévenir le retour de pareils faits.

D'autre part, l'entente ainsi conçue, par l'appel qu'elle impliquait aux concessionnaires français limitrophes du Cameroun, conduisait à négocier avec eux la transaction que la commission des Affaires extérieures avait

réclamée le 21 décembre 1908 1 à l'unanimité, dont elle avait, depuis lors, pressé à diverses reprises la conclusion et dont, devant cette même commission, M. Pichon s'était déclaré partisan le 1er juillet 1908 2. Dès lors que le gouvernement français prenait l'initiative d'un rapprochement entre ceux que M. Milliès- Lacroix appelait au Sénat « les voleurs et les volés » ; dès lors que ce rapprochement, par sa conclusion même, rendait impossible le réveil des griefs respectifs; dès lors, en un mot, que le gouvernement français, non seulement négligeait de les soutenir, mais encore exigeait qu'ils fussent abandonnés, le bon sens indiquait qu'il lui appartenait de les évaluer et de les compenser. Cela était d'autant plus naturel que, pour réaliser le projet d'association franco-allemande, le gouvernement français avait besoin d'obtenir des concessionnaires, non seulement, pour le passé, l'abandon de leurs plaintes, mais aussi, pour l'avenir, l'abandon d'une partie du territoire concédé. L'idée de la compensation n'avait d'ailleurs en soi rien d'inacceptable, puisque tout le monde était d'accord sur la réalité des dommages subis; puisque d'autre part, par le décret du 30 mars 1905, le Gouvernement avait déjà accordé à la Compagnie une indemnité dans des conditions de tous points identiques 3. C'est pourquoi, dans sa lettre du 5 juin, dont on a lu plus haut un extrait, M. Pichon signalait à M. Milliès-Lacroix la nécessité d'engager une conversation avec la compagnie concessionnaire sur la double base du vœu de la Commission des affaires extérieures et de l'accord franco-

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