‹ Le Mystère d'AgadirChapitre 119 sur 216 · Voir ci-dessus, pages 263 et suivantes · texte numérisé non relu

Voir ci-dessus, pages 263 et suivantes

la justice française, le gouvernement britannique protestera sans doute au nom du droit international contre le préjudice résultant pour ses nationaux du fait de cette condamnation.

D'autre part, cette condamnation entraînerait l'attribution à la N'Goko-Sangha des sommes saisies-arrêtées qui sont dues aux maisons anglaises, en vertu de l'arrangement de 1906.

En fait donc, ces maisons anglaises ne parviendraient pas à toucher la totalité de la somme qui leur a été ainsi allouée, et le gouvernement britannique ne manquera pas de soutenir que l'arrangement de 1906 n'est pas exécuté, et, qu'en conséquence, les maisons intéressées seront libres de faire de nouveau valoir leurs griefs contre le régime des concessions instituées dans notre colonie.

Je crois devoir vous signaler une fois de plus, en me référant à mes précédentes communications et notamment à mes lettres du 30 novembre 1906, 19 décembre 1907, 29 février 1908, les conséquences qui peuvent résulter de l'action actuellement intentée par la JN 'Goko-Sangha contre MM. Holt et Cie et Hatton et Gookson.

Un moyen nous est suggéré d'y mettre fin. C'est à votre département qu'incombe le soin d'examiner cette solution, comme la responsabilité de l'accepter ou de la repousser.

Je vous saurais gré de bien vouloir me faire connaître la décision que vous aurez prise à ce sujet.

C'est la même idée que devait, dix mois plus tard, exprimer M. Pichon en disant à la commission du budget le 14 décembre 1910 :

A la suite de la saisie exercée par la Compagnie de la N'Goko- Sangha, le gouvernement britannique nous avait demandé d'intervenir, non sans ajouter que, si la question n'était pas réglée, il pourrait être amené à réveiller, au sujet du Congo, les controverses juridiques du passé.

En outre, le ministre attendait de l'accord deux autres avantages, conséquence des premiers. Conscient des fautes commises antérieurement, M. Pichon avait lieu de se demander si l'usurpation tolérée au profit des Aile-

mands ne les conduirait pas à manifester quelque jour des convoitises sur le morceau de terre française trop longtemps livré à leurs prises. Il avait dans ses dossiers le récit de cette curieuse conversation de 1905, dans laquelle le conseiller de la légation d'Allemagne à Tanger avait dit à son collègue français :

— Donnez-nous quelque chose au Congo. Nous vous laisserons tranquilles au Maroc.

Il savait qu'au cours de cette même année 1905, pendant les âpres négociations qui suivirent la démission de M. Delcassé, le mot de Congo avait été plusieurs fois prononcé. Il pouvait donc être opportun de prendre une garantie contre un risque possible en obtenant de l'Allemagne une confirmation explicite de la frontière existante. La négociation du consortium envisagé le 15 mai 1909 offrait une occasion naturelle de s'assurer cette garantie .

Enfin, l'association franco-allemande, en rendant solidaires, sur un point de l'Afrique équatoriale, les intérêts commerciaux jusqu'alors concurrents de la France et de l'Allemagne, permettait d'espérer que la politique économique des deux pays deviendrait, dans la même région, concordante. Cet espoir avait son prix. Car, d'une part, le régime d'exploitation du Cameroun allemand est complètement différent do celui du Congo français. D'autre part, M. Edmund 1). Morel cl ses amis, ont souvent cherché à entraîner l'Allemagne dans leur campagne « morale et pratique » contre le Congo belge et le Congo français. Et, à diverses reprises, le ministère français des Affaires étrangères a redouté qu'ils n'y réussissent1 : raison

Page 1