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De cette conversation il est résulté, comme le ministre l'a d'ailleurs écrit à la compagnie, à la date du 10 avril 1910, que la reprise auprès de l'Office impérial des Affaires étrangères de ses réclamations ne pourrait avoir d'autre effet que de réveiller inutilement des polémiques alors apaisées. La transmission, qui avait eu lieu en 1905, n'a donc pas été renouvelée.
Cependant les difficultés d'ordre international et local, qui s'étaient précédemment produites, n'avaient pas disparu.
Du côté de l'Angleterre, la situation était la suivante : les maisons, anglaises Hatton et Cookson avaient obtenu de la colonie du Congo une indemnité de 1.500.000 francs. Mais le président du tribunal de la Seine, à la requête de la Compagnie N'Goko-Sangha, avait accordé à cette compagnie, qui croyait avoir à se plaindre de déprédations commises sur le territoire de sa concession par les agents desdites maisons anglaises, une saisie-arrêt de 603.000 francs. A la suite de cette mesure conservatoire, le gouvernement britannique nous avait demandé d'intervenir, non sans ajouter que, si la question n'était point réglée, il pourrait être amené à réveiller au sujet du Congo les controverses juridiques qu'il a provoquées dans le passé.
Du côté de l'Allemagne, l'histoire des dernières années prouvait combien il était urgent de modifier l'état de choses existant. Sans parler du sanglant incident de Missoum-Missoum, qui éclatant en pleine crise marocaine, a risqué de compliquer encore la situation internationale, l'incertitude prolongée de la frontière avait créé des habitudes dont de nouveaux conflits pouvaient à chaque instant sortir. Les agents blancs et noirs des sociétés allemandes du Cameroun continuaient à se heurter à nos commerçants en territoire français. Nos relations avec l'Allemagne demeuraient exposées à subir le contre-coup d'incidents, secondaires en eux-mêmes, mais toujours susceptibles de s'envenimer. Les produits du Gabon sortaient en grand nombre en échappant à la douane française. La mise en valeur de cette partie de notre colonie était gravement entravée.
Les choses en étaient là, quand au mois juin 1909, au cours de conversations entre le département des Affaires étrangères, l'ambassade d'Allemagne et les représentants de la Compagnie N'Goko-Sangha, l'hypothèse a été envisagée de constituer, sur la frontière du Congo et du Cameroun, un consortium franco-allemand, qui substituât à un régime de difficultés constantes, le bon accord et la collaboration.
A la date du 2 juillet 1909, le ministre des Affaires étrangères a écrit à l'administrateur délégué de la Compagnie N'Goko-Sangha pour lui demander de faire connaître à quelles conditions sa société traiterait avec la Compagnie allemande du Sud-Cameroun, en vue de la constitution de ce consortium. Le 3 août suivant, l'administrateur délégué a répondu que son conseil d'administration était, en principe, disposé à entrer dans une combinaison de ce genre, en ajoutant toutefois qu'il était obligé de subordonner la réalisation du projet à la décision que prendrait le Gouvernement sur la question de l'indemnité que la commission des Affaires extérieures de la Chambre des Députés jugeait équitable d'accorder à la compagnie.
En considération de ces faits nouveaux, et dans le désir de mettre fin, pour des raisons d'ordre international et d'ordre pratique local, aux difficultés des dernières années, nous nous sommes préoccupés d'une solution qui paraissait devoir satisfaire équitablement aux intérêts en présence, et nous avons estimé qu'il y avait lieu de soumettre les réclamations de la compagnie à l'arbitrage que la commission que vous présidez avait été la première à envisager.
Le 5 février, nous avons fait tenir à l'administrateur délégué de la Compagnie la lettre suivante 1 :
La Compagnie nous a répondu le 17 février qu'elle aurait, en principe, préféré à un arbitre unique trois arbitres dont l'un, représenterait le Gouvernement, l'autre, la compagnie, le troisième les départageant en qualité de surarbitre. Elle a ajouté cependant, qu'en raison de la haute personnalité de M. Hérault, elle acceptait la solution à laquelle nous nous étions arrêtés
Suivait le récit de la procédure d'arbitrage puis les ministres concluaient :
La situation est donc la suivante :
En dehors de la procédure d'arbitrage qui avait été envisagée par la commission des affaires extérieures et coloniales, le gouvernement a pu, par les conditions qu'il a mises à cet arbitrage, assurer à la colonie du Congo et à la politique française, tant dans l'ordre local que dans l'ordre international, des avantages que la commission n'avait pas eu l'occasion de considérer.