Commission du budget ; sténographie du 25 janvier
rès, Sembat, Messimy, d'autres encore ont prétendu que jamais le Gouvernement n'avait marqué à la commission du budget qu'il existait un lien, fût ce un lien moral, entre le consortium congolais et la politique générale. Même si cette affirmation était exacte, on doit penser que les membres de la commission du budget, élus par leurs collègues à cause sans doute de leurs mérites, eussent pu le découvrir d'eux-mêmes. L'accord du 8 février 1909 n'était pas si loin dans le passé que l'élite du parlement dût en avoir perdu le souvenir et, quand il s'agissait d'associer dans une entreprise purement économique les intérêts français et les intérêts allemands, les moins attentifs eussent pu se rappeler que tel était précisément l'un des objets de cet accord. Au surplus, le gouvernement n'avait pas, on l'a vu, laissé à la commission le soin d'établir ce lien : il le lui avait explicitement indiqué. Le 14 décembre 1910, M. Pichon retraçant devant elle, l'histoire du consortium, avait précisé que l'idée de cette combinaison était née directement du souci de ne pas entraver la collaboration amicale définie le 8 février 1909 et d'en élargir le champ. A la séance suivante, celle du 19 décembre 1910, un des membres de la commission, M. Thierry, déclarait très nettement à M. Albert Thomas, qui s'étonnait qu'on eût fait le consortium, que cette association procédait des principes de collaboration adoptés par la France et l'Allemagne le 8 février 1909.
m. albert thomas. — Ce qui m'intéresse le plus dans la recherche de la vérité c'est l'apparition de l'idée du consortium...
La compagnie accepte cette idée du consortium comme une idé
toute naturelle. Quant à moi. j'aurais reçu cette proposition en pleine poitrine, j'aurais été étonné...
La commission du budget a été quelque peu surprise de cette proposition.
m. thierry. — J'aurais pu être étonné s'il n'y avait pas eu, après l'acte d'Algésiras, le précédent de l'exploitation en commun des ressources du Maroc (c'est-à-dire l'accord de 1909).
Mais cela ne m'a pas étonné, car c'était un courant d'idées existant depuis deux ans déjà qui consiste à associer des étrangers et particulièrement des Allemands à nos entreprises coloniales, d'autant plus qu'ici il s'agissait d'éviter le retour d'incidents sur une frontière commune.
Enfin le rapporteur de la commission chargé de la renseigner exactement avait eu en mains tout le dossier de PafTaire et il y avait trouvé de nombreux documents qui ne laissaient aucun doute sur le lien établi entre le consortium d'une part, notre politique générale, d'autre part. Les principaux de ces documents étaient :
1° La lettre de M. Pichon à M. Milliès-Lacroix du 5 juin 1909 rappelant explicitement l'accord du 8 février 1909 et signalant que le consortium devait être constitué « dans le même ordre d'idées d1.
2° La lettre de M. Pichon à M. Trouillot du 20 novembre 1909 transmettant l'avis favorable de l'ambassadeur de France à Berlin 2.
3° La lettre de MM. Pichon et Trouillot à la Compagnie de la N'Goko-Sangha du 5 février 1910 mentionnant, non seulement les avantages d'ordre pratique local, mais les avantages « d'ordre international » que le gouvernement attendait du consortium3.
4° La lettre des ministres des Affaires étrangères et des
î. Voir ci-dessus page 289.