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LE CHEMIN DE FER CONGO-CAMEROUN

C'est, on l'a vu, le 29 mars 1910 que M. Messimy, ministre des Colonies du cabinet Monis, informa la commission du budget que le Gouvernement avait décidé de renoncer à la constitution du consortium francoallemand dont les bases avaient été arrêtées, sous réserve (du côté français) d'une approbation parlementaire, entre M. Pichon, ministre des Affaires étrangères du cabinet Briand, et le baron de Schoen, ambassadeur d'Allemagne. Si l'on se reporte à la situation générale

1. M. Caillaux tout en maintenant, pour des raisons d'ordre colonial, son hostilité à l'égard du consortium, a dit à la Commission du Sénat le 9 janvier 1912 : « Je ne conteste pas que l'échec du consortium n'ait eu des conséquences diplomatiques. »

des relations franco-allemandes à cette date, on conçoit que le ministère, ou du moins les plus avisés de ses membres, aient souhaité conjurer autant que possible les effets de la mauvaise humeur qu'ils prévoyaient à Berlin et que la note de M. Gonty leur avait annoncée le 13 mars comme infiniment vraisemblable.

Au Maroc, la collaboration économique francoallemande avait donné les médiocres résultats que l'on sait. La négociation sur les chemins de fer venait d'entrer dans une phase difficile. Le 14 mars, l'Angleterre avait exprimé son opposition aux demandes formulées par l'Allemagne le 3 mars. Le 28 mars, le gouvernement impérial nous avait fait savoir qu'il subordonnait la continuation de ces pourparlers à la réalisation de l'accord financier. Le 8 avril, M. de Kiderlen allait encore outrer ses exigences en les étendant au personnel. Les lettres de M. Cruppi à M. Jules Gambon des 17 et 20 avril témoignaient du grave embarras où se trouvait le gouvernement français. Le 28 avril, M. de Kiderlen se montrait irrité et brutal. Le contact, visiblement, se perdait. Or, au même moment (21 avril), l'expédition de Fez était commencée et, déjà, il était clair que l'Allemagne se réservait d'en tirer parti. C'est le 8 avril que, répondant à M. Jules Gambon, M. de Kiderlen avait formulé à ce propos « les réserves que comportait l'opinion publique en Allemagne ». C'est le 19 avril que le chancelier avait dit : « Si vous allez à Fez, vous n'en sortirez pas. C'est la question du Maroc qui se pose tout entière. » C'est le 28 enfin, que M. de Kiderlen avait dit : « Si l'acte d'Algésiras disparaît, chacun reprendra sa liberté. »

En présence de cette situation, ceux-là mêmes des

membres du Gouvernement qui s'étaient associés à la campagne contre le consortium franco-allemand, peutêtre sans en connaître les origines particulières, à coup sûr sans en concevoir les conséquences internationales, commencèrent à se demander s'ils n'avaient pas commis une erreur et à souhaiter de la réparer. Aussi bien, dan^ le courant d'avril, l'ambassadeur d'Allemagne vint voir M. Gruppi et lui dit en substance :

— Vous avez écarté la N'Goko-Sangha. Je le comprends parfaitement, car vous n'auriez pas eu six voix à la Chambre, mais nous avons de votre prédécesseur un engagement qui implique le dépôt d'un projet de loi relatif à la N'Goko-Sangha, de sorte qu'aujourd'hui, nous nous mettons à dos M. Semler, ce qui est fort grave,, car il a tout Hambourg derrière lui1.

M. de Schoen dit enfin :

— Il faudrait chercher à montrer que vous n'êtes pas disposés à exclure toute entente d'affaires entre Français et Allemands.

Quelques jours plus tard, le conseiller de l'ambassade d'Allemagne, le baron de Lancken, traduisant en acte les paroles de son chef, allait rendre visite à M. Caillauxr ministre des Finances, et au cours d'une conversation sur les difficultés douanières2 lui soumettait, en le lui recommandant, le projet d'un chemin de fer Congo-Cameroun. Le baron de Lancken estimait qu'il y avait quelque chose à faire dans cette voie et qu'on pourrait, en s'y engageant, affirmer la volonté commune des deux gouvernements de ne pas abandonner leur politique antérieure.

1. Commission du Sénat. Déposition de M. Caillaux, 9 janvier 1912.

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