LA VEILLE D'AGADIR
I. — La Marche sur Fez. — Les fautes qui se paient. — L'anarchie à la fin de 1910. — La crise de 1911. — Dépêches annonciatrices. — Les craintes de la légation de Tanger. — Le péril de Fez. — La détresse de la mission militaire. — Les premières décisions du gouvernement. • — L'expédition. — Les instructions du général Moinier. • — Le succès du général Moinier. — La préparation du retour.
II. ■ — L'Attitude de l'Allemagne. — Une situation fausse. — Le mécontentement allemand. ■ — Les précautions du gouvernement français. — Les réserves du gouvernement allemand. — M. Jules Cambon et le kronprinz. — La presse allemande. — Protestations, exigences et menaces. « — Le partage du Maroc. — Les initiatives espagnoles et leur contre-coup en Allemagne. ■ — L'attitude de M. Cruppi. — La presse française. — M. Jaurès contre la France.
III. — Veille de Crise. — Les craintes du gouvernement français. — Éviter une demande de partage. — Le but : réveiller les négociations économiques. — Les chemins de fer macocains. — Les arrangements douaniers. — Les chemins de fer turcs. — Concessions du gouvernement français. — Silence obstiné de l'Allemagne. — Une attitude significative.
IV. — L'Entrevue de Kissingen. — Son origine. — L'état d'esprit de M. Jules Cambon. — L'état d'esprit de M. Cruppi. — Les instructions de l'ambassadeur de France. — L'entrevue. — La prise de contact. — La parade de M. Cambon. — La riposte de M. de Kiderlen. — La courbe du dialogue. — La demande de partage marocain évitée. — « Cherchons ailleurs ». — De Kissingen à Agadir.
V. — Conclusion. — La logique de l'histoire. — Fez, Kissingen, Agadir. — La double faute de la France. — L'arrière pensée de l'Allemagne.
Le printemps de 1911 a vu mûrir et éclater la crise dont les chapitres précédents ont marqué l'origine et retracé la genèse. Cette crise est la conséquence d'une double série d'erreurs et d'échecs, — erreurs d'ordre local et d'ordre européen, échecs de la collaboration, politique franco-marocaine et de la collaboration économique franco-allemande.
Au Maroc, l'inapplication des mesures que notre intérêt spécial nous commandait de prendre pour la consolidation de l'ordre aboutissait nécessairement au triomphe de l'anarchie. Sans argent, le sultan devait razzier ses sujets. Sans soldats, il était incapable de leur tenir tête. L'insuffisance de notre aide financière et de notre aide militaire avait la révolte pour sanction; et la révolte, c'était l'intervention. Pour avoir négligé l'action indirecte, la France était acculée à l'action directe.
En Europe, l'Allemagne, déçue par la stérilité marocaine de l'accord de 1909 autant que par la faillite des négociations congolaises, sans indulgence pour nos méthodes, sans confiance pour nos intentions, trouvait dans ses déconvenues l'aliment de ses espérances. Mais ces espérances l'entraînaient à l'inverse d'une association qu'elle jugeait désormais impraticable. L'alliance de î'audace allemande et du capital français succombait sous le scepticisme. On rêvait de projets plus tangibles en guettant l'occasion propice.
En résumé, l'échec de la collaboration franco-marocaine rendait inévitable une intervention militaire de la France, que l'accord de 1909 ne prévoyait pas explicitement et l'échec de la collaboration franco-allemande suggérait à l'Allemagne le désir de s'affranchir de cet accord. La France se trouvait ainsi au confluent de deux séries de fautes, les unes, qui lui imposaient une initiative pour laquelle elle avait besoin du bon vouloir de l'Allemagne, les autres, qui lui interdisaient de compter sur ce bon vouloir : partie difficile à jouer et sans doute impossible à gagner.