‹ Le Mystère d'AgadirChapitre 137 sur 216 · L ENTREVUE DE KISSINGEN · texte numérisé non relu

L ENTREVUE DE KISSINGEN

— Allez-donc à Kissingen, vous y verrez Kiderlen.

Cet avis, donné le 11 juin 1911 par M. de Bethmann- Hollweg à M. Jules Cambon, ne pouvait pas ne pas apparaître à l'incertitude anxieuse du gouvernement français comme une indication à retenir. Dans le cercle de silence où il était enfermé, devant le refus de causer qui lui était opposé sur toutes les questions : chemins de fer marocains, relations douanières, chemins de fer turcs, pouvait-il négliger une possibilité de conversation, un moyen, comme disait M. Cruppi, de « savoir ce que l'Allemagne avait dans le ventre »? C'est dans ces conditions que M. Jules Cambon fut autorisé à se rendre à Kissingen,

Il y allait, on l'a vu, dominé par une appréhension. M. de Kiderlen lui avait un jour parlé de Mogador. Le kronprinz lui avait dit :

■ — Vous nous ferez notre part au Maroc.

La presse tout entière répétait : « L'acte d'Algésiras n'existe plus. Il faut trouver autre chose, autre chose qui donne à l'Allemagne un morceau de l'empire chérifien. » Une conversation ainsi orientée eût été la répudiation pure et simple de dix ans de politique française. Quel était, en effet, depuis le premier jour, le but essentiel de la France? Empêcher l'Allemagne de prendre pied au Maroc. C'est pour cela qu'en 1905, M. Rouvier avait envisagé de larges compensations économiques

en Orient, financières en Europe, voire même territoriales au Congo l. C'est pour cela qu'à Algésiras, par une manœuvre supérieurement conduite, les plénipotentiaires français avaient, dès la première séance, posé le triple principe de l'intégrité du Maroc, de la souveraineté du sultan et de l'égalité économique. De ce principe, nous avions de bon cœur accepté les charges, parce qu'il nous valait une sûreté capitale contre un réveil éventuel des prétentions allemandes. Tant de peines et d'efforts allaient-ils être compromis? Faudrait-il, en présence d'une demande positive, risquer, en résistant, une rupture avec ses conséquences? Céder, d'autre part, était impossible pour les motifs français qui viennent d'être exposés ; impossible, aussi, pour des raisons internationales: car, sila France, par aventure, eût accepté de faire à l'Allemagne sa part dans l'empire chérifien, c'eût été la fin de l'entente cordiale. Donc le premier de nos devoirs était de ne pas permettre que le dialogue francoallemand s'engageât dans cette voie. Ce fut le souci dominant de M. Jules Cambon.

Pour les mêmes raisons, d'ailleurs, l'ambassadeur de France, — ceux qui l'ont vu de près en 1911 en pourraient témoigner, — n'était pas opposé à l'idée d'une explication franco-allemande, dès lors que cette explication ne mettrait pas en question le partage du Maroc. A ses yeux, le Maroc était et devait être le grand objectif de la politique française. De cette opinion, toute sa correspondance témoigne.

La solution de la question marocaine, écrit-il. a, pour nous, un caractère vital, car notre situation européenne en dépend.

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