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dans l'état actuel du monde, que la France et l'Allemagne s'ignorent purement et simplement. Il est impossible que, sur des points spéciaux, elles ne concluent pas des accords. L'idée, d'où procède l'accord de 1909, était inattaquable. Cet accord se bornait à considérer les manifestations locales d'un mal chronique — du mal inoculé par Bismarck à son pays en même temps qu'au nôtre. Il n'exigeait ni de l'une ni de l'autre des parties contractantes, le sacrifice de ses sentiments, de ses regrets ou de ses espoirs. Il se proposait uniquement d'assainir une lésion relativement récente et nettement localisée. Et rien n'interdisait de penser qu'il y dût réussir. Enfin, s'il nous engageait dans des voies peu connues de collaboration économique et de dialogue francoallemand, loin des regards de l'Europe, « il ne nous coûtait rien * », ni territoires, ni abdication.
Par contre, cet accord introduisait dans notre politique marocaine un élément si nouveau que toute sa valeur était d'avance subordonnée à la façon dont il serait mis en œuvre. Quelle serait cette pratique? A cette question l'histoire répond avec une lumineuse clarté par le récit des événements qui, d'un mouvement progressif, ont mené les deux signataires de la sécurité de 1909 à la crise de 1911.