‹ Le Mystère d'AgadirChapitre 144 sur 216 · AGADIR · texte numérisé non relu

AGADIR

Le 1er juillet à midi, le baron de Schoen, ambassadeur d'Allemagne, remettait à M. de Selves, ministre des Affaires étrangères, une note ainsi conçue :

Des maisons allemandes, qui ont des affaires dans le sud du Maroc et particulièrement dans les environs d'Agadir, se sont inquiétées d'une certaine agitation qui régnait parmi les tribus de cette région et qui semble avoir été provoquée par les derniers événements survenus dans d'autres parties du pays.

Ces maisons se sont adressées au gouvernement impôriai en lui demandant aide et protection pour leur vie et leurs biens.

Le Gouvernement a fait droit à cette demande en décidant d'envoyer un navire de guerre à Agadir pour aider et secourir, en cas de besoin, les sujets et protégés allemands et pour veiller en même temps aux intérêts allemands qui sont considérables dans ces régions.

Dès que l'ordre et la tranquillité seront revenus au Maroc, le navire chargé de cette mission protectrice quittera le port d'Agadir.

L'ambassadeur accompagna ce document d'un bref commentaire. Il expliqua que, par la force des choses, l'acte d'Algésiras avait perdu toute efficacité et que, pour la même raison, un retour au statu quo ante paraissait impossible. Les principes, posés en 1906, de l'intégrité du Maroc et de la souveraineté du sultan étaient incompatibles avec la situation de fait créée par les événements. Dans ces conditions, le désir de l'Allemagne était d'éliminer la question marocaine du domaine inter-

national. Elle espérait y réussir par une conversation amicale avec la France, qui permît d'aboutir à une solution également satisfaisante pour toutes les puissances intéressées. En conséquence, le gouvernement impérial examinerait dans un esprit de cordialité toutes propositions de nature à atteindre le but ainsi défini. M. de Schoen ajoutait qu'une note identique avait été remise au gouvernement espagnol.

Pris au dépourvu par cette communication, ignorant naturellement les complexes détails de l'histoire des mois précédents, M. de Selves, dans sa réponse, ne dit pas, — on le verra, — tout ce qu'il aurait pu dire, mais ne dit rien en revanche qu'il ne dût pas dire. Il rappela à l'ambassadeur qu'il était, par tempérament et par fonction, toujours prêt à causer amicalement avec les puissances étrangères ; qu'il restait prêt à causer, mais que l'envoi d'un vaisseau de guerre à Agadir, où aucun trouble n'avait été signalé, changeait singulièrement l'aspect de cette conversation. M. de Selves ajouta que ce changement lui inspirait un vif regret.

Le même jour, la note remise à M. de Selves par le baron de Schoen fut communiquée par l'Allemagne aux différentes puissances. Le comte Wolfî Metternich, ambassadeur à Londres, répondit à sir Arthur Nicolson, qui lui disait :

— Mais vous violez l'acte d'Algésiras.

— L'acte d'Algésiras n'a plus de valeur1.

Le Comte de Pourtalès tint à Saint-Pétersbourg an langage identique. A Berlin, où l'ambassadeur d'Espagne demandait combien de temps le Panther resterait

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