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LE CONTACT

La période qui s'étend du 8 au 31 juillet a été d'abord et surtout une période d'incertitude. Le contact pris, les deux parties ont essayé, sans succès, de le resserrer. Une arrière-pensée pesait d'ailleurs sur le débat, c'est à savoir qu'en demandant le Congo l'Allemagne ne voulût, par une feinte, se réserver de revenir ensuite à des prétentions marocaines. Cette obscurité ne devait être dissipée que par l'intervention de l'Angleterre (21-27 juillet), qui marqua ainsi le début réel de la négociation à deux termes : Maroc à la France, Congo à V Allemagne.

La déclaration faite le 7 juillet par le baron de Schoen à M. de Serves précisait le but de l'Allemagne d'obtenir des compensations territoriales, c'est-à-dire celles qui, le plus péniblement, devaient impressionner le sentiment français. Il était naturel que le gouvernement cherchât d'abord à éviter cette nécessité en offrant, si possible, à l'Allemagne des avantages d'une autre sorte. Le 4 juillet, M. Caillaux, président du Conseil et ministre des Affaires étrangères par intérim, recevait la visite de M. de Gwinner, président de la Deutsche Bank, qui avait eu affaire à lui précédemment au ministère des Finances et qui, deux jours avant Agadir, lui avait demandé une audience. La conversation porta d'abord — c'était l'objet de la démarche de M. de Gwinner — ■

sur la question des obligations des chemins de fer lombards. Puis on passa à une vieille affaire, qui a donné lieu dans le passé à de nombreuses négociations, celle de la présidence de la Dette ottomane. On connaît la thèse allemande en cette matière : c'est que, par la proportion de titres qu'elle détient, l'Allemagne aurait droit, comme la France et l'Angleterre, à la présidence alternative. En même temps M. de Gwinner aborda un sujet qui lui est cher, celui du Bagdad, exprimant son désir de racheter les titres détenus par les banques françaises, puisque, disait-il, faute d'être cotés à Paris, ces titres étaient d'un placement impossible. M. Gaillaux répondit que, à son avis, il était inadmissible que les banques françaises abandonnassent la part à elles attribuée dans le Bagdad ; qu'au surplus, toutes ces questions étaient de grosses questions, politiques autant qu'économiques et que, si l'on en voulait parler, il y avait à considérer tout un ensemble, l'ensemble des questions de même nature divisant la France et l'Allemagne.

— Mais je suis prêt à parler de tout, répliqua M. de Gwinner.

— Oui, dit M. Gaillaux en souriant, seulement je suis président du Conseil des ministres de France et vous n'êtes pas chancelier de l'Empire d'Allemagne.

M. de Gwinner se retira et la conversation n'eut pas d'autre suite.

Au surplus l'étude de la situation devait conduire bientôt le gouvernement français à constater qu'il n'était plus possible en 1911 d'offrir en Orient à l'Allemagne des compensations économiques. Depuis l'abandon par la France et l'Angleterre du projet éla-

boré par elles du chemin de fer Homs-Bagdad (1910) *, depuis surtout les conventions turco-allemandes et russo-allemandes relatives au Bagdad (1911-1912), l'Allemagne a, en Orient, partie gagnée et peut, avec le temps, considérer le succès comme certain. Il n'y a plus dans cette région de l'Asie de contre-partie à trouver pour une négociation de quelque importance avec elle. A la rigueur, la cotation des titres du Bagdad pourrait servir d'appoint dans un contrat plus large. Elle ne pouvait jouer dans l'affaire marocaine le rôle qu'elle y eût tenu en 1902. L'occasion était passée. Les erreurs de notre politique orientale avait déprécié notre concours en désarmant notre opposition. L'idée de M. Caillaux, juste dans son principe, était donc inapplicable. Le fait que l'Allemagne eût, dès le 7 juillet, parlé du Congo, n'avait du reste rien de surprenant et réveillait de vieux souvenirs. Dès 1905, M. de Kuhlmann, alors conseiller de la légation d'Allemagne à Tanger, avait dit à deux reprises à son collègue français, M. de Cherisey, que l'Allemagne se désintéresserait du Maroc si elle obtenait des satisfactions au Congo. La même année, il avait été question du Congo dans les négociations francoallemandes, antérieures à la conférence d'Algésiras, qui aboutirent aux deux accords des 8 juillet et 25 septembre. M. de Kiderlen a rappelé ainsi qu'il suit cet incident :

En 1905, après le voyage de l'empereur à Tanger, M. Delcassé avait fait une tentative de négociations directes, mais faute de propositions positives, cette tentative n'a pas abouti. Puis c'est M. Rouvier, aussi bien par la voie officieuse que par la voie oiïicielle, qui a exprimé le désir d'arriver à une entente. C'est alors que

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