‹ Le Mystère d'AgadirChapitre 151 sur 216 · Voir ci-dessous, page · texte numérisé non relu

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pressait d'amener l'Allemagne à s'expliquer. M. Jules Cambon était ainsi lancé, sans instructions positives, sans ordre de retraite convenu, au cœur de la négociation et, par la force des choses, c'est le Congo qui allait passer au premier plan, dès lors qu'on n'avait point songé à poser, dans des entretiens préalables, les conditions marocaines.

Le 9 juillet, M. Jules Cambon, ignorant et ce que nous entendions obtenir au Maroc et ce que nous consentions à abandonner au Congo, avait, avec M. de Kiderlen, une première conversation. Le ministre allemand reprit, dans la note particulière de son tempérament, le développement de M. de Schoen, le 1er juillet. Après quoi, suivant son ambassadeur sur le terrain où celui-ci s'était placé le 7, il dit plus brutalement que lui :

— Vous voulez que nous fassions notre deuil du Maroc, mais tout à fait, mais complètement. Soit ; moi, personnellement, je ne dis pas non. Mais il me faut des satisfactions coloniales, au Congo par exemple.

L'entretien, qui dura plus d'une heure, avait débuté sur un ton d'aigreur du côté allemand et, non moins, du côté français. Comment s'en étonner, si l'on songe que c'était la première fois depuis Kissingen que les deux interlocuteurs se retrouvaient en présence ? La conclusion parut à M. Jules Cambon meilleure que les prémisses. Il en rendit compte par un rapport officiel à M. de Selves et par une lettre particulière à M. Caillaux, en insistant sur la nécessité de faire vite. Au président du Conseil, il demandait si l'ambassadeur d'Allemagne à Paris pourrait être reçu par lui. M. Caillaux répondit que M. de Schoen devait, s'il avait quelque chose à dire, le dire à M. de Selves. Celui-ci décida de laisser se poursuivre

à Berlin la conversation. On croyait habile de continuer à sonder l'Allemagne sans prévoir que chaque coup de sonde créerait à notre charge un engagement moral et que nos réticences mêmes, fonction de notre indécision, nous livreraient mal défendus à la manœuvre de l'adversaire. On ne trouve en effet, dans la réponse adressée le 11 juillet parle ministre des Affaires étrangères à M. Jules Cambon, aucune trace d'un programme d'avenir marocain : rien qu'une offre de poursuivre, sous réserve des droits de l'Espagne, la négociation relative aux chemins de fer. Si l'on se souvient de ce qu'avait été cette négociation1, du souci qu'y avait marqué l'Allemagne de mêler l'action politique à l'action économique, on demeure confondu de l'imprudence que commettait le ministre en se plaçant sur ce terrain, au seuil d'une négociation qui ne pouvait se justifier qu'à condition de nous libérer des hypothèques de toutes sortes que l'accord de 1909, sous prétexte de collaboration, avait fait peser sur nous.

Dans les conversations suivantes, l'équivoque continue, voulue sans doute par l'Allemagne, en tout cas acceptée par la France. Le 13 juillet, on est encore sur le terrain de l'accord de 1909 — alors que, on ne saurait trop le redire, la négociation de 1911 n'avait pour la France, à côté de tant de charges, d'utilité réelle qu'à condition de constituer au Maroc un régime nettement différent du régime de 1909. Le gouvernement français ayant commis la faute de ne pas affirmer, dès le début, ce principe fondamental, M. de Kiderlen en prend avantage et, dans cette conversation du 13, c'est un développement

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