‹ Le Mystère d'AgadirChapitre 160 sur 216 · Voir ci-dessous page 498 et suivantes · texte numérisé non relu

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principe, subie d'un côté, voulue de l'autre, s'était traduite par la multiplicité et l'incohérence des offres. Récapitulons. De proposition ferme sur le Maroc, pas trace. En revanche, nous ne comptons pas moins, en six semaines, de sept propositions allemandes et six propositions françaises sur le Congo. Entre certaines d'entre elles, les différences intrinsèques sont minimes. Mais grâce au petit jeu du Togo, tantôt offert par l'Allemagne et refusé par la France, tantôt demandé par la France et refusé par l'Allemagne, on avait pu réunir sur la palette toutes les nuances de l'arcen-ciel.

A qui la faute ? La diplomatie allemande avait été brutale et capricieuse, la diplomatie française inerte et à la suite. Mauvaises instructions initiales, qui avaient négligé l'essentiel; mauvaises instructions ultérieures, qui, en faisant durer l'erreur initiale, l'avaient aggravée de flottements incompréhensibles. Au surplus, la raison se refusait à concevoir que tant et de si diverses cessions fussent pour nous également admissibles ; que les propositions allemandes fussent tantôt négligeables et tantôt appréciables. L'exécution de tels ordres ne pouvait être que médiocre et paraît l'avoir été. M. Jules Cambon s'est plaint assez haut du rôle ingrat qu'on lui imposait pour que l'équité veuille qu'on enregistre ses plaintes. Est-il vrai, comme il l'a déclaré, qu'il ait dû « soutenir la lutte, ayant derrière lui des gens qui n'eussent pas été fâchés de la lui voir perdre »? C'est une question qu'une enquête contradictoire pourrait seule trancher et cette enquête le Sénat ne l'a point tentée.

Considère-t-on les résultats? Ils apparaissent insignifiants. En ce qui touche le Maroc, la France, n'ayant

rien présenté de net, n'avait obtenu que des promesses générales et verbales dont il restait à savoir quelle serait la traduction écrite et l'extension même de certaines de ces promesses, n'avait, de ce fait, qu'une médiocre valeur. En ce qui touche le Congo, la demande allemande avait reculé au Gabon. Mais la France avait admis une cession qui, sur une longueur de plusieurs centaines de kilomètres, coupait l'unité terrestre de l'Afrique équatoriale. Rien d'ailleurs n'était conclu. Tout pouvait être remis en question. Moralement, la stérilité de tant d'efforts avait rempli d'amertume les interlocuteurs et l'opinion publique des deux pays d'abord patiente commençait à s'énerver.

La situation, au milieu d'août, était donc plus grave qu'au lendemain d'Agadir. La dernière semaine avait même ajouté certains éléments d'inquiétude à ceux qui se dégageaient de la lenteur des pourparlers. A Dinard où il se trouvait, le président du Conseil avait été informé des hauts et des bas de la négociation. De ses conversations avec la personnalité coloniale dont il a été ci-dessus question, il avait retenu que « l'Allemagne se montrerait beaucoup plus conciliante, si la France consentait à lui donner un chemin de fer de la mer à Marrakech » et il en avait gardé la crainte que, sous prétexte d'égalité économique, elle ne voulût établir au Maroc une sorte de condominium à la mode de 1909. Il avait attiré sur ce point l'attention de M. de Selves qui lui avait répondu le 10 sans paraître prévoir les difficultés qui allaient se préciser en septembre l et en lui signalant, non sans quelque découragement, les diffî-

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