‹ Le Mystère d'AgadirChapitre 161 sur 216 · Voir ci-dessous, page · texte numérisé non relu

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cultes de l'entreprise. M. de Selves estimait que les négociations étaient «dures» et le succès douteux. Il se plaignait, d'autre part, que M. Cambon eût été trop loin et trop vite dans la voie des concessions — mais les instructions incohérentes que l'ambassadeur avait reçues y étaient pour quelque chose. Le 12, M. de Selves accusait une dépression plus marquée et ajoutait que les ambassadeurs étrangers doutaient que l'Allemagne acceptât nos demandes marocaines. Dans une lettre suivante, il laissait voir, d'autre part, que ces demandes étaient aussi flottantes qu'au premier jour: car il parlait de « préciser nos vues sur le Maroc sauf à les modifier plus ou moins suivant les avis de Berlin ou d'autres puissances » . Le 13 août enfin, le ministre des Affaires étrangères semblait tout à fait alarmé par la nouvelle que l'état-major allemand étudiait un projet de débarquement au Maroc. Il établissait un lien entre ce projet et la lenteur de la négociation et envisageait les mesures à prendre avec une visible émotion.

Le lendemain, en conséquence, il convoquait les chefs d'état-major de l'armée et de la marine. M. Jules Cambon, d'autre part, tout en ne croyant plus, comme au début, à une entente rapide, parlait avec amertume de « l'esprit large » qu'il eût souhaité voir apporter dans les négociations. Il s'élevait contre la vivacité, cependant explicable, de la presse française. Il n'avait aucune confiance dans le projet de conférence tenu en réserve par le quai d'Orsay d'accord avec l'Angleterre. Il était physiquement et moralement abattu. Visiblement, un défaut de coordination s'accusait entre les principaux rouages. Constamment, nos alliés et nos amis avaient été informés — notamment après le 17 août — du sérieux de la

situation. L'Angleterre se tenait prête, en cas de rupture, à proposer une conférence. La Russie ne cachait pas son désir de voir l'entente s'établir. On redoutait un échec et l'on ne savait pas ce qui en résulterait. On voyait ce qu'on avait cédé depuis six semaines et l'on ne discernait pas ce que l'on avait gagné.

Cette situation ne pouvait durer. Il était essentiel de fixer une méthode, de tracer un programme, de restaurer l'harmonie, de définir enfin la politique française. C'est pour préparer cette définition que le président du Conseil interrompit ses vacances et réunit en conseil les ministres compétents.

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