LE PRINCIPE DU TRAITE
Une question préalable a d'abord été posée : cet accord de liquidation, basé sur un échange et sur une « compensation », était-il légitime ? S'il était légitime, était-il nécessaire ou, au contraire, eût-il mieux valu laisser les choses en l'état ?
Avant de répondre à cette question, il convient de retenir que, de l'avis général, la France, maîtresse de
l'Algérie et de la Tunisie, avait besoin d'établir au Maroc sa prépondérance. Cette vérité a été affirmée par tous les gouvernements qui, depuis dix ans, se sont succédé au pouvoir, par MM. Delcassé, Rouvier, Léon Bourgeois, Pichon. Dans la phase récente de l'affaire, elle n'a été contestée par personne. Les orateurs de la droite ont rappelé l'admirable lettre du cardinal Lavigerie : « Tout cela — Algérie et Tunisie — sera incomplet et menacé, tant que le Maroc ne sera pas sous la domination de la France. » Rien de plus évident. Le protectorat marocain est une conséquence nécessaire de la domination de la France sur l'Algérie et l'achèvement de l'œuvre accomplie depuis quatre-vingts ans dans l'Afrique du Nord.
Oui, la France devait veiller à ce qu'une autre puissance ne s'installât pas au Maroc1.
Le Maroc a pour la France un intérêt spécial. Le Maroc, c'est la continuation de nos possessions algériennes, et à l'heure où nous sommes, l'Algérie et la France, il me semble que c'est la même chose 2.
Comme la question algérienne avait posé la question tunisienne, elle devait poser la question marocaine... Tous ceux de nos officiers qui ont pénétré au Maroc frémissaient à la pensée que pouvait nous échapper une terre dont ils connaissaient la fécondité, dont ils savaient que, aussi fertile que l'Algérie et la Tunisie, elle est à la fois riche en choses et riches en hommes 3.
Depuis que nous avons conquis l'Algérie, les yeux de la France ont toujours été tournés vers le Maroc. C'est qu'en effet ce pays, livré depuis des siècles à l'anarchie, pouvait devenir un danger pour nos possessions d'Algérie. Ce danger, c'était qu'une des puissances établies au Maroc, y ayant une influence, ne prît à Fez une autorité qui pourrait devenir hostile et inquiétante 4.