‹ Le Mystère d'AgadirChapitre 168 sur 216 · Sénat, 10 février 1912. M. Poincaré · texte numérisé non relu

Sénat, 10 février 1912. M. Poincaré

M. Clemenceau lui-même, après avoir rappelé sa défiance à l'égard de l'expansion coloniale, ajoutait : « Mais j'ai toujours fait une exception pour le Maroc ». Sur ce point donc, l'unanimité est absolue. Elle n'implique pas, d'ailleurs, une appréciation favorable du traité de 1911. Le but est indiscuté, les moyens ne le sont pas.

Et d'abord, a-t-on dit, pourquoi traiter avec l'Allemagne ? Car l'Allemagne, en nous concédant le protectorat marocain, nous a donné ce qui ne lui appartenait point.

D'où vient la douloureuse abdication qui nous est demandée ? Comment l'Allemagne peut-elle nous donner un droit sur le Maroc, si elle-même n'a pas ce droit 1 ?

Une compensation sans titres, cela s'appelle une extorsion 2.

Et M. Clemenceau résumait la thèse avec son humour habituel en disant : « Le chancelier ne sera pas content ? Eh bien ! il ne sera pas content ! » En un mot, l'Allemagne étant sans droit, la France n'avait pas à payer l'abandon de ce droit. En l'achetant, elle a fait un marché de dupe et cédé la proie pour l'ombre.

Ce raisonnement, séduisant par sa simplicité, fait table rase de dix ans d'histoire. De droits, nul n'en avait sur le Maroc et, s'il s'agissait d'intérêts, ceux de la France étaient prépondérants. Il eût donc été légitime de procéder, à son égard, suivant la méthode coloniale classique, c'est-à-dire de créer le fait avant le droit, quitte à courir, après coup, le risque de certaines protestations. Quand Charles X a envoyé une expédition à

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