Sénat, 6 février 1912. M. de Las Cases
Alger, il n'a pas offert à l'Angleterre de compensations. Quand, maîtresse de l'Inde, l'Angleterre a eu besoin de la Birmanie, elle l'a prise purement et simplement, en profitant des embarras des tiers sans consulter ni rémunérer aucun d'eux. Cette méthode aurait pu, en principe, être celle de la France et plusieurs orateurs ont légitimement regretté qu'elle n'ait pas prévalu.
On aurait pu aboutir à un protectorat de fait plus rapidement, avec beaucoup moins de sacrifices, surtout avec beaucoup moins de complications, si à Paris on avait considéré la question marocaine comme une question algérienne et non comme une question européenne et si, appuyés sur cette base de l'Algérie, nous avions progressé, à l'abri de la force militaire, parla protection des intérêts l.
Nous sommes loin du temps où la vieille monarchie française plantait le drapeau triomphant de la France sur la casbah d'Alger, malgré les colères de l'Europe frémissante 2.
Et M. de LamarzelJe, résumait la critique par ces mots : « Qu'avez-vous fait en 1904 ? Vous avez internationalisé la question. »
Par cette formule, l'honorable sénateur énonçait la réponse en même temps que la question. La méthode d'action directe et nationale eût été certainement possible avant 1900. Depuis, elle avait cessé de l'être. Car, le précédent créé, il ne dépendait pas de nous de le répudier. Dès lors que la France avait payé l'Italie, l'Angleterre et l'Espagne, il n'y avait point de raisons pour elle de ne pas payer l'Allemagne : car ce qu'elle avait payé à l'Italie, à l'Angleterre et à l'Espagne, ce n'était pas un titre juridique, c'était la possibilité qu'à des degrés divers et sous des formes diverses ces trois puissances