‹ Le Mystère d'AgadirChapitre 171 sur 216 · Sénat, 5 février 1912. M. Jenouvrier · texte numérisé non relu

Sénat, 5 février 1912. M. Jenouvrier

cession est le vainqueur de 1870. Et cependant, dès lors que nous acceptions de donner à l'Allemagne une compensation, cette compensation ne pouvait être que territoriale. Pourquoi ? Parce que nous n'avions rien d'autre à lui donner, ou mieux encore, parce qu'il y a des cas où mieux vaut encore céder de la terre qu'autre chose. A l'Angleterre, la France avait pu sacrifier les souvenirs et les espérances dont l'Egypte était l'objet. Un tel sacrifice — est-il besoin d'y insister ? — ne pouvait se concevoir à l'égard de l'Allemagne. Certes, si nous avions répondu à certaines suggestions, toute cession eût pu être évitée. Rappelons-nous ce qu'écrivait, le 18 juillet 1911, la Gazette de Francfort :

Nous pouvons imaginer une situation où nous accorderions le Maroc à la France au prix d'une petite concession coloniale ou même sans concession du tout ; ce serait au cas où la France renoncerait à son hostilité secrète contre l'Allemagne, prendrait la main que, depuis longtemps, nous lui tendons, et accepterait l'idée d'une sincère collaboration.

Bref, il dépendait de nous d'éviter le sacrifice territorial, en sacrifiant notre politique générale et la piété du souvenir. Quel Français y eût consenti ? Comme l'a dit M. Poincaré, « nous avons cédé de la terre, parce que nous n'avions pas de droits à céder ». L'histoire coloniale offre d'ailleurs des précédents de cessions territoriales analogues. Et, au total, c'est de la terre aussi que la France a gagné en mettant la main sur le Maroc.

Si, demain, le doux nom de la France ne se répercute plus sous les voûtes d'une partie de la forêt équatoriale, il sonnera bien haut dans la plaine marocaine et sur les sommets du Grand Atlas *.

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