Sénat, 10 février 1912. M. Poincaré
imposée par la nécessité de la situation et la logique des événements.
Force est d'ailleurs de tenir compte, à ce sujet, de l'opinion de nos alliés et de nos amis énoncée soit par M. Sazonof, ministre des Affaires étrangères de Russie, soit par sir Edward Grey, ministre des Affaires étrangères d'Angleterre, et citée par plusieurs orateurs. M. de Selves,le premier avait invoqué devant la Chambre, le 14 décembre 1911, l'opinion de l'étranger :
Oui, de l'étranger qui nous juge quelquefois avec plus d'équité que nous ne nous jugeons nous-mêmes, si bien que quelquefois c'est là qu'il faut regarder si l'on veut savoir comment les choses doivent être appréciées l.
Sir Edward Grey, au Parlement anglais, et le ministre des Affaires étrangères de Russie, publiquement aussi, ont déclaré que ce traité, loin d'être une humiliation pour la France, était pour elle un succès... A l'étranger on juge en gros et quand on voit le chemin parcouru à dater de 1905, depuis que Guillaume II est allé de sa personne à Tanger annoncer à l'Europe qu'il serait le champion de l'indépendance du sultan jusqu'au moment où l'empire d'Allemagne a mis sa signature cinq ans après, au bas d'un acte pour nous reconnaître le protectorat aux yeux de l'Europe entière, personne, en Europe, ne considère que la République française ait été humiliée. Tout le monde estime, au contraire, que c'est un succès pour la France 2.
Au dehors et même chez nos amis, l'opinion s'attache surtout aux grandes lignes. Elle ne retient que le résultat général, qu'elle considère en définitive comme un succès pour la France... Pour réaliser le programme qu'elle s'était assigné, la France a eu à lutter contre les hommes et contre les choses. Elle a eu à triompher de l'opposition de plusieurs puissances. Elle a eu à dépenser du temps, des troupes et de l'argent. Peu à peu, elle a surmonté tous les obstacles, peu à peu elle est arrivée à son but et aujourd'hui le Maroc va tomber sous son protectorat... Ce résultat n'est pas fait, au total, pour diminuer le prestige de la France 3.