Sénat, 10 février 1(J12. M. Méline
sans limitation de durée, la porte ouverte, est une servitude économique pour le gouvernement marocain et pour le gouvernement français. Il n'est pas moins certain que cet engagement prive notre pays des bénéfices que lui a valus, dans d'autres colonies, l'établissement de tarifs préférentiels. Mais tandis que, pour d'autres clauses du traité, on garde le droit de penser que les négociateurs français auraient pu obtenir des conditions meilleures, il semble certain que jamais l'Allemagne n'aurait renoncé à la clause de l'égalité douanière. Le maintien de cette clause était, en effet, la justification, au regard de son opinion publique, de sa politique marocaine et elle se fût refusée, sans doute, à reconnaître à la France, en même temps que le protectorat, le droit d'établir au Maroc le régime protectionniste qui, appliqué dans d'autres colonies françaises, a provoqué à l'étranger tant et de si vives protestations. Au surplus, rien ne prouve que l'adhésion de l'Allemagne à un changement du régime douanier eût été imitée par les autres puissances. Comme l'a dit M. Deschanel, «pouvions-nous supprimer le passé, les grands intérêts commerciaux de l'Angleterre, nos engagements de 1904 ? »
L'égalité commerciale au Maroc est la résultante de l'histoire comme notre suprématie politique 1.
Ce régime, nous pouvons le regretter pour notre commerce et pour notre industrie. Mais il n'a rien de nouveau, puisqu'il n'est que la continuation d'un état de choses ancien. Il n'a rien non plus de spécial au traité actuel, puisque nous l'avons accepté au Congo. Et en définitive, il ne s'oppose pas à l'œuvre de la colonisation réelle, puisque c'est celui de toutes les colonies anglaises2.