‹ Le Mystère d'AgadirChapitre 193 sur 216 · Chambre des députés, 18 décembre 1911. M. Long · texte numérisé non relu

Chambre des députés, 18 décembre 1911. M. Long

La France en effet et d'autres pays aussi, se sont accommodés de la porte ouverte. En Egypte, l'Angleterre s'est engagée envers nous à respecter l'égalité économique. Sa situation, son influence, son œuvre en ont-elles été diminuées? La porte ouverte existe aussi au Congo français. Elle existe également dans une partie de nos colonies de la côte occidentale d'Afrique, notamment à la Côte d'Ivoire et au Dahomey, où elle est, il est vrai, limitée à trente ans. Au Maroc même, la France détient actuellement 45 % du chiffre du trafic total. Or ce tantième de 45 % est exactement le chiffre moyen du commerce français dans l'ensemble de nos colonies. Ne peut-on espérer, dans ces conditions, malgré les réserves formulées par M. Méline sur le sens de cette moyenne, que notre prépondérance politique au Maroc accroîtra pour nous dans l'avenir, même avec la porte ouverte, les résultats déjà obtenus?

Au surplus, s'il est juste de dire que la France, placée au Maroc sur le même pied que les autres puissances dans l'ordre économique, aura, dans l'ordre politique, des charges qui ne pèseront que sur elle seule, il est équitable d'ajouter que, si la France a accepté et même sollicité ces charges, c'est beaucoup moins pour satisfaire à de légitimes ambitions économiques que pour sauvegarder l'intérêt général de sa politique, tant africaine qu'européenne. Il ne saurait donc être question pour elle d'un marché de dupes, dès lors que cet intérêt, qui fut son guide, trouve dans le protectorat une garantie même onéreuse.

Prétendre que la prépondérance politique n'est qu'un leurre sans la protection douanière est une vue inexacte. Quelle que s"it l'importance des questions douanières, l'essentiel c'est (prune

puissance européenne étant à Alger et à Tunis, une autre puissance européenne ne soit pas à Fez1.

Toutefois, l'égalité économique au Maroc ne se borne pas à l'égalité douanière. Elle va plus loin, et le traité du 4 novembre 1911 en spécifie avec soin les modalités. L'excès même de ce soin a quelque chose de déplaisant et, à cet égard, le rapporteur de la Chambre des députés, M. Long, donnait, tout en défendant le traité, cause gagnée à ses adversaires, lorsqu'il disait :

Je suis le premier à reconnaître que les stipulations de garanties ont été précisées avec une insistance peut-être excessive. Le traité offre quelque ressemblance avec ces contrats de régime dotal que la prévoyance des parents impose aux époux qui ne s'unissent que par intérêt2.

Il y a d'abord la clause relative aux adjudications, dont l'obligation est maintenue pour tous les marchés de travaux et de fournitures de l'État marocain. Il est certain que cette obligation est un paradoxe et qu'il est absurde de lier aussi étroitement les mains au gouvernement protecteur et au gouvernement protégé.

Demain, les fournitures de bureau de vos fonctionnaires, de votre résident général seront soumises au principe de l'adjudication internationale 3...

Ce régime implique des délais formidables et refuse à notre industrie des bénéfices légitimes, c'est évident.

J. Sénat, 9 février 1912. M. Ribot.

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